‹ DiscoursChapitre 17 sur 100 · XXXVI AVANT.PROPOS · texte numérisé non relu

XXXVI AVANT.PROPOS

blait leur promettre une domination future. Us ont montré qu'ils aimaient trop le despotisme quand il peut les servir, pour ne pas l'accepter même quand il les gêne. Parce que j'ai refusé de m'associer à ce revirement effronté, parce que je n'ai négligé aucune occasion de protester contre c^tte trahison, parce que je suis resté fidèle à la liberté dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, ces mêmes hommes ont osé prétendre que j'avais quitté mon ancienne voie, que j'avais voulu changer l'assiette et les couleurs du camp catholique. Ils ont osé m'accuser de mobilité, de défaillance et de défection. Ma réponse est dans ces pages. Ce sont les actes de ma vie que j'oppose sans crainte à ces calomniateurs. Qu'on ouvre au hasard ces volumes où je n'ai rien retranché, rien ajouté , rien altéré , ou qu'on les parcoure d'un bout à l'autre, on verra si c'est d'aujourd'hui que j'ai imaginé d'invoquer et de servir la liberté; si je n'ai pas toujours, depuis les premiers balbutiements de ma parole, associé la défense des institutions libres à celle de l'Ëglise; si jamais j'ai revendiqué pour celle-ci le privilège de la domination ou les faveurs éphémères du pouvoir absolu ; si je n'ai pas toujours eu horreur de la contrainte, de la violence, de la censure, de Tadulation et de l'apostasie, de celle-là surtout, la plus lâche de toutes, qui attend la défaite des causes qu'on a courtisées et servies pour les accabler sous des insultes posthumes. J'ai toujours dit ce que je voulais et toujours voulu ce que j'ai dit. J'ai le droit d'ajouter que, si d'autres

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qui naguère m'approuvaient et m'excitaient voulaient autre chose, ils auraient dû m'en prévenir plus tôt. Aux yeux de mes pieux détracteurs, mon vrai crime, mon crime impardonnable est de n'avoir pas suivi l'exemple de ceux qui ont jeté le masque. Mais ma défense est toute simple : je n'ai pas pu jeter de masque, parce que je n'en ai jamais porté. J'ai gardé mon visage : et j'ai même le tort de le vouloir montrer sans autres variations que celles de l'âge, afin de bien constater à quel point Tunité et la droiture de ma vie m'autorisent à repousser les palinodies dont je suis condamné à être le témoin indigné.

En achevant cette revue rétrospective d'une carrière publique, commencée d'assez bonne heure pour^ avoir pu finir à l'âge où bien d'autres ont à peine entamé la leur, je crois comprendre pourquoi elle a rencontré des juges si prévenus et des critiques si sévères. Comme l'a dit, en me défendant, un grand orateur et un grand homme de bien, dans une occasion solennelle pour moi, mais dont le régime actuel de la presse m'interdit de parler, la mobilité de nos contemporains pardonne volontiers la fidélité, les regrets, le dévouement à des princes et à des pouvoirs tombés ; mais elle ne comprend pas celui qui, n'étant inféodé à aucune dynastie et à aucun parti, s'attache uniquement à des idées , à des institutions, à des croyances, à la cause idéale qu'il a embrassée dès sa jeunesse et lui sacrifie tout le reste. Aucune animosité n'égale celle qui enflamme les rené-

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