‹ DiscoursChapitre 37 sur 100 · DU ROULAGE · texte numérisé non relu

DU ROULAGE

et chaussées , auxquels je Tai communiquée , rapprouvent quant au fond. Mais la seule objection importante , c'est que cette mesure n'appartient pas à la loi que nous discutons. Je sens bien tout ce que cette objection a de dangereux pour mon projet. Je crois cependant qu'il n'est pas impossible de la réfuter. Dans un gouyemement qui aurait la pleine et entière liberté de faire des lois et des règlements quand il le veut, l'objection aurait une force yéritable; dans im gouyemement, par exemple, où une demande de fonds secrets n'absorberait pas tous les ministres, jusqu'à celui qui, pour la discussion de cette loi, nous a constamment honorés de sa présence. Dans im gouyemement absolu, où tous les fonds sont des fonds secrets , comme sous l'empire ou l'ancien régime, alors on peut faire des lois méthodiques, mettre à l'écart toutes les dispositions qui ne se coordonnent pas parfaitement ayec la matière principale d'une loi. Mais dans un gouyemement comme le nôtre, où faire passer une loi de cinquante articles comme celle-ci^ à trayers les discussions des deux Chambres, dans une même session, est une immense affaire, où rien n'est plus douteux que de sayoir, par exemple, si la loi que vous venez de discuter ayec tant de conscience, de soins et de talent, pourra être yotée dans l'autre Chambre et vous en revenir avec des amendements, il faut, passezmoi l'expression, saisir la balle au bond, et lorsque l'on trouve ime place comme celle-ci pour la disposition que je propose, il faut profiter de cette occasion pour doter le pays d'une amélioration généralement demandée. Une loi qui porte pour titre : Loi sur la police du roulage et des voitures publiques^ comporte parfaitement une disposition comme celle que je propose. La justice est à sa place partout. J'espère que la Chambre , à cause de

la jeunesse et de rinexpérience de Fauteur de Tamendemcnt, ne méconnaîtra pas les avantages qu'il préscute.

(Extrait du Moniteur du 8 et 14 mars 1838.)

M. Legrand, commissaire du roi, directeur général des ponts et chaussées, tout en s'associant aux intentions de l'auteur de la proposition, la repoussa comme n'étant pas à sa place dans une loi sur le roulage. — L'amendement , soutenu par M. le baron Brun de Villeret, et combattu par M. le baron Pelet de la Lozère, M. Girod de l'Ain et M. le comte d'Argout, ne fut pas adopté.

CHAMBRE DES PAIRS MscasftioM de la loi sur rEinpr«Mt iprec.

Séance da 21 avril 1838.

Ce discours fut prononcé à Toccasion d'un projet de loi rclatir à l'emprunt contracté par le gouyernement grec, conformément ^ traité du 7 mai 1832, sous les garanties de la Russie, de l'Angleterre et de la France. La présentation de ce projet de loi et le i^pport fait sur ce sujet par M. le duc de Broglie donnèrent nais- ^ceà une discussion sur l'état financier et politique de la Grèce» et sur la conduite de la France à l'égard de ce royaume.

Cette question peut se présenter sous deux points de vue : '^ point de vue financier et le point de Tue politique.

Je n'ai pas l'intention d*embrasser le point de Tue financier,

^Hune l'a fait un honorable orateur qui m'a précédé ; c'est

^^ la partie politique de la question que je compte faire

P^^r le petit nombre d'observations que je veux vous sou-

^tre.

Je crois que la Grèce est un des points par lesquels la po- '*tique du gouvernement français touche le plus vivement ^ Tensemble des intérêts européens et au présent comme à ^ avenir de notre influence. Je crois, par conséquent, que toutes

liO LA GRÈCE.

les fois qu on vous demande , soit à propos de flnances, soit à propos de toute autre mesure, de renouveler en quelque sorte votre adhésion à cette politique, on a le droit de Tenvisager de nouveau : c'est ce droit que j'invoque.

Je dois avouer que je n ai jamais approuvé la politique du Gouvernement à Tétranger, et non pas seulement la politique de ce ininistère-K:i , mais la politique générale suivie par le Gouvernement depuis quelques années. Dussé-jc m*exposer au reproche adressé par M. le comte Mole à mon éloquent ami M. Villemain, d*étre dans une opposition systématique, j exprimerai encore aujourdliui ce blâme. Je ne fais nullement de Topposition systématique, malgré le séduisant voisinage de M. Villemain, si la sienne est de cette nature; mais j*avoue que sur les questions de politique étrangère je me trouve habituellement en opposition non pas avec tel ou tel ministcTc, mais avec la tendance générale du pouvoir. Dans la question actuelle je ne pense pas, comme Thonorable M. Bignon, qu'il y ait lieu à déplorer toutes les dépenses qui ont été faites, ni même celles qui pourront devoir être faites dans Tavenir, si ces dépenses devaient nous acquérir la portion d'influence qui nous revient légitimement. Jamais je ne déplorerai les dépenses que fera la France lorsqu'elle devra en retirer pour son honneur et sa puissance nationale un résultat positif et satisfaisant. Si je pouvais espérer une influence politique bien garantie , je ne la trouverais jamais trop payée ; mais je ne crois pas que ce résultat ait été obtenu en ce qui touche la Grèce.

Je sais qu'il est très-facile et en même temps très-stérile de critiquer ce qui s'est fait dans le passé : aussi n'est ce pas du tout mon intention en ce moment. Je ne m'étendrai pas longuement sur les embarras , les fautes du gouvernement grec ; sa position a été tellement cruelle , tellement difficile

qu*on peut et qu'on doit lui beaucoup pardonner. Je ne déplorerai nullement, comme on l'a fait ailleurs, le choix de la dynastie placée sur le trône de la Grèce par le traité de 4832. Je crois que cette dynastie, bien loin de devoir être hostile à la France, est encore son alliée naturelle, comme elle Ta toujours été; et j admire le dévouement et rintelligence avec lesquels le jeune souverain de la Grèce a, jusqu'à présent, rempli sa pénible mission : il en a été récompensé par une popularité que personne ne peut nier.

Mais en même temps il est impossible de ne pas déplorer au moins la série non interrompue de malheurs , pour ne pas me servir d'une autre expression, qui ont signalé l'admioistration de la Grèce depuis son affranchissement. Ce gouvernement, qui avait été inauguré, comme vous vous le rappelez, avec tant de solennité, sous les auspices des plus grandes puissances de l'Europe, au milieu des applaudissements d'une nation qui lui demandait à grands cris la paix , l'ordre, tous les bienfaits dont elle n'avait pas joui , il s'en fallait de beaucoup, depuis son affranchissement, n'a pas offert à l'Europe , ni particulièrement aux puissances qui l'ont garantie et fondée, la satisfaction qu'on avait le droit de lui demander sous certains rapports. On a déploré surtout la prédominance de l'esprit de parti , qui semble d autant plus extraordinaire dans un gouvernement dont le chef et les principaux agents sont étrangers. On conçoit que si un des partis trop nombreux qui se sont partagé la Grèce s'était emparé du gouvernement, alors cet esprit de parti, si déplorable dans un pays conmie celui-là, eût pu avoir le dessus. Mais lorsqu'un roi étranger vient , avec toute l'impartialité que comporte sa position, pour pacifier et organiser le pays , on peut s'étonner <iue l'esprit de parti ait pris l'ascendant que nous lui avons

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VU prendre jusqu'à présent , et qui a produit tant de révolutions ministérielles et de fautes administratives.

Ce triste résultat aurait pu être épargné à la Grèce et à l'Europe, s'il s'était établi en Grèce une prépondérance plus légitime, plus naturelle, la prépondérance française, la France ayant fait plus que personne pour la Grèce, nonseulement par ses anciennes et puissantes sympathies , que rappelait tout à l'heure M. le rapporteur, mais par son expédition de Morée. Elle seule a envoyé ses troupes pour nettoyer définitivement la Morée des Turcs. Elle avait aussi des droits antérieurs et supérieurs à ceux des autres puissances; ces droits sont encore dans son désintéressement, car personne ne peut soupçonner la France de vouloir s'agrandir au préjudice de la Grèce : ce soupçon pourrait mieux se porter sur l'Angleterre, quand on la voit, avec les îles Ioniennes, à la porte de la Grèce. Ce soupçon se porte bien plus naturellement encore sur la Russie ; quand on la voit toujours aux aguets pour profiter des fautes de l'emiûre turc, pour lui arracher pièce à pièce sa succession, oo peut se figurer raisonnablement qu'elle attend avec impatience le moment où la Grèce tombera aussi entre ses mains comme une proie facile.

Quant à moi. Messieurs, je ne puis me défendre d'une vive et permanente inquiétude, en songeant à cette prépondérance russe qui tend non-seulement à se substituer en Grèce à la prépondérance française, (et Dieu me garde d'avoir jamais voulu réclamer pour la France une influence pareille à celle qu'exerce la Russie dans les pays qui subissent son action 1) mais encore à absorber à son profit la nationalité grecque. On ne saurait oublier que jusqu'à présent le traité sur lequel nous délibérons n'a porté de fruits bien positifs que pour la Russie ; car enfin, comme l'a rappelé M. Bignon, c'est la Rus-

sie qui a touché ce qu'il y a de plus net dans ce qui a été versé par les trois puissances, puisqu'elle s'est fait \erser par la Turquie à titre d'indemnité les onze millions que celle-ci iiTait dû recevoir de la Grèce , et qui furent prélevés sur les fonds de l'emprunt.

M. le rapporteur. Il y a eu remise de la part du gouvernement rosse au gouvemement turc.

M. LE COMTE DE MoNTALEMBERT. — C'cst contcstable : cependant je m'incline devant l'assertion du noble rapporteur, qui a été ministre des affaires étrangères. Mais en remontant plus haut, on reconnaît dans toute la conduite de la Russie à l'égard de la Grèce, pour ne pas adoucir les termes, une duplicité qui permet de concevoir les plus grandes craintes pour l'avenir. Ainsi on voit qu'en 1820, lorsque l'insurrection grecque a commencé, elle a été principalement fomentée par l'influence russe; que plus tard, en 1824, cette même Russie a dénoncé à l'Europe cette insurrection conune un événement révolutionnaire qu'il fallait dompter à tout prix ; puis en 1 826, la Russie, à la convention d'Akermann, promet solennellement à la Turquie, pour mieux la leurrer, la séduire, qu'elle abandonnera à tout jamais les intérêts grecs , et au moment même , ou peut-être un peu avant , elle avait déjà signé un protocole avec la France et l'Angleterre , par lequel elle s'engageait, au contraire, à fonder définitivement l'indépendance delà Grèce.

Nous avons vu ensuite, sous le gouvernement du comte Capo-d'lstria, l'agent de la Russie, les formes représentatives presque anéanties en Grèce. Ce n'est pas du tout que je désire pour la Grèce un costume représentatif au grand complet comme celui de la France et de l'Angleterre; mais il y avait oeriaioerocnt en Grèce le germe d'une excellente représenta-

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tion nationale dans ses institutions municipales, qui ont si merveilleusement survécu au joug ottoman. Eh bien! ces institutions ont été compromises sous le gouvernement de M. le comte Capo-d'Istria : on ne les a pas vues renaître depuis.

L'affaire de TÉglise grecque peut encore donner quelques . lumières sur les intentions de la Russie. Elle a voulu rendre cette Église indépendante du patriarche de Constantinople, parce qu'elle a pensé que cette Église se rattacherait à l'Église grecque-russe.

Mais quand l'Église grecque s'est détachée de Constantinople , pour se constituer indépendante chez elle , alors la Russie a voulu réclamer en faveur du patriarche qu'elle peut si bien espérer de compter un jour parmi ses sujets. On connaît, du reste, le système suivi par la Russie , l'histoire est là pour le démontrer ; on la voit à l'œuvre aujourd'hui en Yalachie et en Moldavie , où elle détruit une à une toutes les garanties qu'elle avait elle-même stipulées : c'est le sort de tous les pays qui ont passé sous sa dépendance ; c'est l'histoire de la Pologne et de la Turquie ; ce sera ceDe de la Grèce. On commence par protéger, et l'on finit par spolier; on encourage le désordre jusqu'à ce qu'il devienne insupportable, et alors on en profite.

Je prévois avec douleur le jour où la Grèce aura été artificieusement conduite au rang de province russe. Elle regrettera alors le joug ottoman ; car cette massue de barbare avec laquelle la Turquie écrasait la Grèce est encore plus douce, plus supportable , que le despotisme civilisé , éclairé et corrupteur par lequel la Russie anéantit jusqu'aux derniers vestiges de nationalité.

Je livre ces pensées à la méditation des amis de la Grèce et de la liberté européenne ; mais je ne puis me défendre ,

comme Français, d'un rapprochement pénible : c'est celui de la position de la France aujourd'hui en Orient et en Grèce, aTec ce qu'elle était sous la Restauration. Je ne suis pas suspect en faisant ce rapprochement , car chacun sait que toutes mes paroles sont dictées par une sollicitude sincère pour le gouvernement que la révolution de Juillet a fondé. Mais on ne peut nier que la France jouait alors en Orient un rôle plus imposant que celui qu'elle a joué depuis. Voici en deux mots ma pensée à ce sujet. Sous la Restauration , le pays était humilié par le souvenir des désastres qui avaient ramené la dynastie d'alors ; mais le Gouvernement ne Tétait pas ; il était au contraire dans une bonne position à l'étranger par ses alliances et ses sympathies ; et il faut avouer .qu'il en a souvent profité, et notamment dans la question d'Orient, où la bataille de Navarin et l'expédition de Morée lui ont fait le plus grand honneur. A la révolution de Juillet, le pays lui-même s'est redressé ; mais, par une fâcheuse contradiction, le gouvernement nouveau a paru s'abaisser, se rapetisser, en proportion de l'élévation, du juste orgueil du pays, tout pénétré oamme il l'était de la fierté d'un peuple qui a remporté une grande victoire. La France s'est dressée en face de l'Europe après ces trois grandes journées : elle a déployé devant l'Europe l'ancien drapeau de ses conquêtes, elle lui a montré œtte redoutable épée qui venait de briser une couronne , et puis elle l'a remise lentement et dignement dans le fourreau, jusqu'à ce qu'on la provoquât à s'en servir de nouveau; mais elle n'entendait pas, je pense, que son gouvernement la conduisit de complaisance en complaisance à cet état d'apathie et d'hiunilité par trop chrétienne où nous l'avons vue depuis.

Jeneveuxpasrécriminer sur le passé; je veux bien admetlre que pendant nos luttes intérieures , quand la monarchie de Juillet était attaquée par des partis acharnés , on n'ait

pu faire face partout à la fois ; mais depuis lors la politique intérieure a subi d'heureuses modifications, et j'avais encore l'espoir, qui n'est plus qu'un vœu inutile , que le ministère qui avait donné l'amnistie aurait voulu amnistier aussi notre honneur national quelque peu compromis.

Si M. le ministre des affaires étrangères me fait l'honneur de me répondre, ce sera, je le sais bien, avec un certain nombre de phrases sur la dignité et l'honneur de la France , qui datent , si je ne me trompe , de son premier ministère , qui ont toujours servi depuis, et qu'il a dû retrouver intactes à son second avènement au pouvoir. Le système que ces phrases renferment n'est pas le mien : reste à savoir si , en dernière analyse, le pays et l'avenir l'approuveront.

(Extrait da MoniUur du 22 avril 1838.)

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