ÉMIGRÉS POLONAIS
CHAMBRE DES PAIRS Projet de loi sur les retables étrangers.
Séance du 5 mai 1838.
La Chambre des pairs avait à discuter, dans la séance du 5 mai 1 838, un projet de loi sur les étrangers réfugiés, ainsi conçu :
« Les lois des 21 avril 1832 et 1*^^ mai 1834, relatives aux étran- « gers réfugiés, sont prorogées jusqu'à la fin de 1839. »
M. le comte d'Harcourt ayant présenté un amendement destiné à modifier les deux lois citées dans le projet, et à supprimer les pénalités qu'elles édictaient contre tout réfugié qui n'obéirait pas à Tordre de quitter le royaume, M. le comte de Montalembert appuya dans les termes suivants cet amendement, qui ne fut pas adopté.
Je suis porté aujourd'hui à réclamer la parole par un sentiment en quelque sorte personnel.
Fils et petit-fils d'émigré, né moi-même au sein d'un exil politique , je dois éprouver une sympathie personnelle pour le malheur actuel des émigrés polonais, sympathie que vient naturellement accroître la part bien plus vive encore que je prends à leur cause, à leurs espérances, à leurs efforts, pour secouer un joug, selon moi, abominable. Il semble que ce sentiment de sympathie devrait être général à une époque où les vicissitudes politiques sont si fréquentes et si terribles, où
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il suffît de quelques années pour bouleverser les trônes et les partis en apparence le mieux établis, où il n'est personne qui , une fois mêlé à la vie politique , ne puisse courir les chances de la proscription , de Texil , de la pauvreté. Parmi vous-mêmes, Messieurs, quel est celui qui, soit par lui-même, soit par ses proches , n'a pas été victime , dans les diverses phases de nos discordes civiles, de son attachement à tel .parti, à telle opinion? Une compassion tendre et généreuse pour le malheur devrait donc animer tout le monde dans cette enceinte , et certes il n'est point de malheur qui en soit plus digne que celui des Polonais. Ils ne sont pas, en eflet , un parti vaincu dans des luttes intérieures, comme Tétait Témigration française , comme Test en ce moment l'émigration espagnole; c'est une nation tout entière qui a sucxx)mbé, et dont les débris couverts de gloire, formés de tous les rangs et de toutes les opinions, sont venus transporter en quelque sorte leur existence nationale au sein de notre patrie.
La loi que l'amendement de M. d'Harcourt vient si justement modifier peut être considérée en elle-même d'abord, et ensuite dans son application. En elle-même, on peut croire qu'elle a été utile lorsqu'elle a été votée pour la première fois ; mais certes, elle a fait son temps. Elle était bonne pour un temps où le Gouvernement était, pour ainsi dire, sur le pied de guerre ; mais aujourd'hui nous pouvons nous remettre sur le pied de paix. Le Gouvernement s'est débarrassé de tous les mauvais sujets qui pouvaient troubler la paix du royaume. On veut d'ailleurs lui laisser le droit d'expulser les réfugiés qui l'inquiéteraient : on demande seulement qu'il n'ait plus la faculté arbitraire de gêner la circulation et l'établissement des réfugiés dans l'intérieur du pays. Ils se sont montrés dignes de cette confiance ; car on ne les a jamais vus mêlés à nos troubles civils : parmi les 3 à 400 accusés pris