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TRAVAIL DES ENFANTS DANS LES MANUFACTURES

rindusirie domestique exercée sous le chaume, au coin du foyer paternel : celle-là est un bienfait. {Très-bien I) Mais ce que j'attaque et ce que je déplore, c'est Tindustrie casernée, pour ainsi dire, Tindustrio des filatures et autres usines de ce genre, qui arrache le pauvre, sa femme, ses enfants, aux habitudes de la famille, aux bienfaits de la vie des champs, pour les parquer dans des casernes malsaines, dans de véritables prisons, où tous les âges, tous les sexes sont condamnés à une dégradation systématique et progressive.

Voici un projet qui vous propose de sauver au moins l'enfance, de la dérober à une partie notable de ces dangers. Votre devoir est de l'adopter. Vous mettrez ainsi un frein nécessaire aux mauvaises passions, qui sont le fléau de toutes les choses de ce monde, et qui déshonorent l'industrie sans Tenrichir. La Chambre des pairs, qui s'est occupée la première de cet objet sacré, et dont le nom est inscrit en tête de tous les documents relatifs à cette question , par suite de l'examen et du renvoi qu'elle a fait de la pétition d'une société de Mulhouse , la Chambre des pairs a ici une occasion de remplir sa haute mission sociale, sa mission conservatrice. Nous vivons à une époque où il est difficile de faire le bien, mais je crois que nous pouvons encore empêcher beaucoup de mal. C'est là le but de la loi que vous offre votre commission, et c'est pourquoi je supplie la Chambre de l'adopter. [Nouvelles marques d approbation.)

(Extrait du Moniteur da 5 mars 1840.)

L'ensemble du projet de loi fut adopté par 9i voix contre 35. I^ projet porté à la Chambre des députés et amendé par elle fut discuté de nouveau à la Chambre des pairs dans les séances des 22 et 23 février 1841.

CHAMBRE DES PAIRS

Séance du 6 avril 1840.

Deux pétitions avaient été adressées à la Chambre des pairs par les commissions administratives des hospices civils de Moulins et de Lisieuxy pour réclamer contre une mesure ministérielle qui prescrivait un système uniforme d'économat applicable à tous les hospices du royaume, et qui substituait la gestion d'économes institués par l'administration à celle des congrégations religieuses de fenmies qui en étaient précédemment chargées. A la suite du rapport présenté sur ces pétitions par M. le comte de Tascher, M. le comte de Montalembert prit la parole en ces termes.

Je demande le renvoi de cette pétition nouvelle du bureau de Lisieux au ministre de Tintérieur, parce que je ne crois pas que les concessions de la circulaire du 6 août 1839, dont a parlé M. le comte de Tascher, soient suffisantes pour réparer le mal dont on s'est plaint Tannée dernière, et qui a donné lieu dans cette enceinte à une discussion si belle et si utile.

U y a peu de jours. Messieurs, nous avons terminé une

discussion qui a fixé Tattention publique, et où nous nous efforcions de défendre les entants des pauvres. Aujourd'hui, le même ordre d'idées et d'intérêts nous appelle à défendre les malades pauvres. H y a peu de jours vous défendiez les enfants contre la cupidité individuelle ; aujourd'hui il s'agit de défendre les malades et les pauvres contre l'esprit d'uniformité, et, je ne crains pas de le dire, de despotisme administratif. Seulement, tandis que nous invoquions, dans la dernière discussion, le secours de l'autorité contre les excès de l'individualisme, aujourd'hui nous sommes obligés de réclamer le maintien, l'indépendance de la charité contre les abus du pouvoir.

Deux choses me frappent comme particulièrement répréhensibles dans les mesures qui ont été prises par les derniers ministres de l'intérieur, et dans lesquelles j'espère que le ministre actuel ne persévérera pas : la première, c'est un esprit de défiance et de suspicion contre les sœurs de Charité ; la seconde, c'est cet esprit d'uniformité absolue si funeste à toutes institutions locales et charitables. Et voyez quel contraste fâcheux pour nous! Dans toute l'Europe, les sœurs de Charité sont enviées à la France; elles sont considérées comme une sorte de produit national , car, il faut le dire, elles ne sont pas seulement un produit de la religion catholique , elles sont encore une des gloires spéciales de la France. De Rome même, si je ne me trompe, c'est à la France qu'on est venu emprunter ces congrégations. En Pnisse, pays qui n'est pas suspect d'une grande prédilection pour les institutions catholiques, on est venu demander précisément les sœurs de Saint- Charles, qu'on veut déposséder à Nancy, pour les mettre dans les villes des provinces rhénanes. A Prague , par une négociation dont je m'honore d'avoir été l'intermédiaire, on est venu chercher toujoui*s ces mêmes sœurs pour diriger

la nouvelle maison des aveugles. Enfin , il n*y a pas jusqu'en Algérie, comme le disait fort bien M. le comte de Tascher, Tannée dernière, alors peut-être plus partial que cette année pour la eause des sœurs et des pauvres , il n y a pas jusqu'en Algérie , où , dans nos armées , les filles de Saint-Vincentrde-Paul ne soient à l'avant-garde de la civilisation. Mais, tandis que le monde entier les admire et nous les envie, c'est en France, c'est sur le sol nourricier de cette belle institution qu'on s'est senti saisi tout à coup d'une grande défiance envers elle, et qu'on a établi, en vertu de certaines dispositions plus ou moins légales, un système oppres- »f par lequel les sœurs sont dépouillées de la gestion économique des maisons qu'elles maintiennent par leur charité.

C'est contre cette mesure que plusieurs villes importantes sont venues protester devant vous ou ailleurs. Parmi elles, je citerai : Nancy, Moulins, Beaune^ Mirecourt, Versailles, Montpellier, et enfin Lisieux, dont nous discutons les péti- ' fions ; vous voyez qu'il y en a de toutes les provinces de la France. Beaucoup d'autres, sans se plaindre publiquement, nont pas exécuté les nouvelles dispositions. Je pourrais en nommer plusieurs , mais ce serait peut-être les dénoncer au ininistère, et j'aime mieux m'abstenir jusqu'à ce qu'elles se dénoncent elles-mêmes par leur résistance. Je crois que ces ^es ont eu tous les droits possibles à protester contre cette uniformité. Remarquez bien que, comme vous le disait tout à l'heure M. le marquis Barthélémy, nous ne prétendons pas, de notre côté, réclamer pour toutes les localités de la France la gestion des sœurs. Nous disons que là où l'économat laïque ^ existé de tout temps et a produit quelque bien, on doit le respecter et le maintenir ; mais nous disons en même temps îue là où la gestion des sœurs a produit des résultats satis- 'îiisants, on doit aussi la respecter, et ne pas établir partout

un esprit d'uniformité qui détruira la charité comme il a déjà détruit tant d'autres choses vitales en France.

Cette question a plus de gravité qu'on ne pense ; je crois y reconnaître ce funeste esprit de centralisation absolue qui, après avoir tué en France la vie intellectuelle et la vie politique des provinces, finira par y tuer aussi la vie charitable. Vous n'aurez bientôt plus en France qu'un certain nombre d'établissements plus ou moins' réguliers, plus ou moins alignés, et qui seront moralement ce que sont matériellement les affreuses constructions nouvelles du ministère de l'intérieur où s'élaborent toutes ces belles circulaires et ces règlements oppressifs. On ne peut pas mieux aligner, sans doute, mais voilà tout : votre charité sera comme votre architectiure, étroite, mesquine, pitoyable et sans vie. {Mouvement.) Croyez bien, Messieurs, que ce n'est pas ici une question de religion ou d'imagination; c'est une question d'économie «et de bonne gestion. Voilà le vrai terrain de la discussion. Soyez assurés que si l'on avait trouvé , dans les maisons oii les sœurs ont jusqu'ici obtenu de si heureux résultats, quelques moyens de faire du bien à un plus grand nombre de pauvres malades avec les mêmes ressources, on n'aurait pas hésité un instant à sacrifier la gestion des sœurs. Mais ce qui est constaté par l'expérience, c'est que les sœurs n'ont pas seulement le génie du dévouement et des soins les plus tendres et les plus paternels pour les malades, elles ont aussi le génie de la bonne gestion; les chiffres sont là pour le prouver. Vous avez entendu le vote si remarquable du conseil général des Vosges sur cet hospice des aliénés de Maréville, qui fait la consolation de nos provinces de l'Est; vous avez entendu les chiffres si concluants que la commission administrative de Nancy a cités, et contre lesquels M. le ministre n'a élevé aucune objection. Croyez bien qu'il y a

une grande difiërence entre Téconomie et cet économat qu*on vous propose. L'économie est une yertu et l'économat n'est qa'une fonction. (On rit.)

On TOUS a dit que la circulaire du 10 août 1839, émanée du dernier ministre de Tintérieur comme conséquence de la discussion qui a été soutenue dans cette enceinte avec tant d'éclat , aTait apporté des concessions importantes, et le noble rapporteur les a fait valoir comme motif pour ne pas attacher la même importance aux nouvelles réclamations qui arriyent. Je me permettrai de n'être pas de son avis ; il me semble que cette circulaire maintient en principe l'exclusion des sœurs de la gestion économique, ou que, si elle ne la maintint pas absolument (car M. le ministre peut venir nous dire tout à l'heure qu'il tolérera l'exercice de l'économat

pour les sœurs), elle maintient néanmoins la création de cette

fonction d'économat dont on n'avait aucun besoin. On accorde, il est vrai, que l'économe ne sera pas obligé de demeurer sous le même toit que les malades et les religieuses, et, pour la moralité des établissements, cette concession est importante. Mais conçoit-on que, comme dernière et grande concession, la circulaire autorise les maisons hospitalières, qui ne dépensent pas vingt mille francs par an, à se passer d'économe. Elle dit qu'il y aura lieu à réunir les fonctions de réconomat, dans un établissement où les dépenses ne s'élèvent pas à vingt mille francs par an, avec celles du secrétaire <wi du receveur, ou du préposé au mouvement! Voilà ce que c'est, Messieurs, que de vouloir faire dans la rue de Grenelle des circulaires obligatoires pour toute la France sur des matières dont on n'a aucune expérience pratique.

Eh bien, moi, je vais répondre à ces savants administrateurs par un argument tiré de mon village, si je puis m'exprimer ainsi ; oui, j'habite souvent un village ou un bourg

Œuvres l. — Diseourt. i. 14

OÙ il existe un hôpital fondé par une famille à laquelle je tiens de près '. Cet établissement possède vingt-quatre lits, presque toujours remplis. Je ne sais pas s'il dépense vingt mille francs par an ; tout ce que je puis dire , c'est qu'il est la consolation et la ressource de tout le pays. Mais, jamais de la vie, on n'a su ce que c'était, dans cette humble et utile maison, que tout cet attirail de receveur, de préposé au mouvement, de secrétaire, que l'on veut bien nous accorder |X)ur nous dédommager de l'absence d'un économe.

Pour moi , je ne connais d'autres fonctionnaires dans cet hospice que les trois sœurs qui soignent les malades , et une fille qui garde la volaille. {On ril.) Cela suffit à tout depuis cent ans.

i )ii voulez-vous donc trouver de la place pour les économes, les secrétaires et les percepteurs dans des établissements pai'cils ? et heureusement la France en a beaucoup.

Messieurs , vous voyez quel danger il y a à vouloir réglementer la charité. La charité est une chose qui échappe nécessairement à des règlements minutieux et despotiques ; elle peut éii*e soumise à des mesures générales qui existent depuis la loi de messidor, mais elle doit échapper à cette manie déplorable de réglementer tout, quand on sait fort peu et qu'on ne peut rien voir par soi-même. La règle et la pratique des sœurs a été de faire beaucoup avec peu de chose ; la règle et la pratique du système qu'on veut établir serait, je crois, de faire très-peu avec beaucoup.

J'adjure M. le ministre de l'intérieur actuel, qui n'est responsable en rien des mesures proposées par son prédécesseur^ de ne pas assumer sur lui cette responsabilité , et de ne

> A Villersexel (Haute-Sa(!ine), où la maison de Grammont a^ait fondé un h<^pital an di\-huitiômo siècle.

pas s'engager dans un système qui excite déjà de nombreux mécontentements, et qui produirait un grand mal s*il voulait y persévérer. {Approbation.)

(Extrait du MonUeur du 7 avril 1840.)

M. de Rémusat , ministre de l'intérieur , répondit en citant des pétitions et des rapports de petits hôpitaux de plusieurs villes qui faisaient Téloge de Féconomat et demandaient avec instance que ce système leur fût étendu. Il soutint que, avant déjuger la mise en pratique du système de l'économat, il fallait en attendre les résultats.

La pétition fut renvoyée au bureau des renseignements.

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