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LE MINISTÈRE DU T* MARS

CHAMBRE DES PAIRS Dlscuftslon sur les fonds secrets.

Séance du 14 avril 1840.

Le ministère présidé par le maréchal duc de Dalmatie s'était retiré à la suite du rejet par la Chambre des députés de la dotation demandée pour M. le duc de Nemours au moment du mariage de ce prince. Un cabinet nouveau avait été formé le i*' mars 1840 sous la présidence de M. Thiers. Le premier acte de ce ministère fut de provoquer un acte de confiance dans les deux Chambres par la présentation d*un projet de loi portant demande d*un crédit extraordinaire d'un million pour complément de dépenses secrètes sur Texercice de 1840. Ce projet^ adopté par la Chambre des députés, fut porté le 31 mars à la Chambre des pairs. La discussion s'ouvrit le 14 avril, après un rapport de M. le duc de Broglie qui concluait à Tadoption. Dans la séance du 15» M. Viennet exprima le regret d'avoir vu succomber le dernier ministère devant la coalition de ses divers adversaires, et la crainte de voir les droits de la couronne amoindris par les prétentions excessives du Parlement. M. le comte de Montalembert lui succéda à la tribune.

Messieurs, tout en m*associant à plusieurs des idées qui viennent de vous être exposées avec tant d'éloquence et d'esprit, je ne puis admettre l'un des principes fondamentaux de l'honorable préopinanl, par lequel il conteste, en thèse gêné-

LE MINISTERE DU i«r MARS 1840. SU

raie, ropportunilé des discussions de confiance. II me semble que si jamais une discussion, un vote de confiance a été nécessaire, opportun, c'est assurément lorsqu'un nouveau ministère, qui n'existait pas lors de la discussion de l'adresse, vient vous expliquer sa politique et vous demander votre appui.

D'un autre côté, je ne puis non plus me rendre à l'avis du spirituel préopinant sur les inconvénients et les dangers du gouvernement parlementaire. Je suis persuadé que luimême ne va pas dans son âme aussi loin que ses paroles. J ai écouté avec attention et avec intérêt la leçon qu'il nous a faite sur l'histoire anglaise en 1640 ; mais je ne puis oublier que nous sommes en 1840, et qu'à propos de gouvernement parlementaire, s'il fallait aller chercher toutes ses règles de conduite en Angleterre, certainement on irait bien plus loin que les craintes les plus exagérées de M. Viennet.

Quanta moi, ce gouyememeiA parlementaire qui effraye tant d'honorables orateurs ne m'inquiète pas. Si c'est l'idée, je trouve que c'est au fond l'idée modérée, raisonnable, l'idée honnête de la révolution de Juillet, c'est-à-dire la prépondérance des vœux légitimes du pays , exprimés d'une manière légale , dans ses propres affaires. Voilà, il me semble , ce que tout le monde entend par gouvernement parlementaire.

Si c'est le mot qui effraye, je rappellerai que ce mot a été adopté, a été inséré à peu près sans contestation dans la dernière adresse de la Chambre des députés , qui a été votée à une très-grande majorité, et adoptée certainement par beaucoup de votes conservateurs. Et, d'ailleurs, en supposant même que ce mot renferme tant de dangers inconnus, j'oserai dire à la Chambre des pairs qu'en l'adoptant, elle lui ôtera beaucoup de sa force et peut-être tout son danger. {Approbation sur quelques bancs.)

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