U LE MINISTÈRE
 côté de ce premier cpouvantail , on nous en montre un second : c'est Tavénement de la gauche avec ses hommes, a\ec ses principes, avec ses journaux, avec tout ce qu'on vient d'énumérer.
Je me permettrai ici une entière franchise : je ne suis pas de la gauche, excepté en ce qui touche la politique extérieure. Je ne partage ni ses goûts pour le présent , ni ses vœux pour l'avenir. Si la gauche n'existait pas, j'avoue que je ne voudrais pas l'inventer ; mais enfin elle existe , personne ne peut le nier; et non-seulement elle existe, mais elle occupe dans le pays une position extrêmement imposante, imposante nonseulement par le nombre , mais par l'énergie , par l'esprit d'action, par l'esprit politique qui distingue ce parti. Or, qu'en voulez vous faire? Voulez-vous le reléguer à tout jamais dans une opposition permanente sans autre issue qu'une victoire trop absolue pour ne pas être désastreuse? ce serait, à mon sens, la politique la plus imprudente et la plus fâcheuse qu'on pût arborer.
Quant à moi, j'ai vu sans crainte et même avec satisGEKS tion arriver un moment où ce parti , auquel je n'appartiens pas, pouvait s'approcher du pouvoir, s'approcher au moins des hommes qui étaient dépositaires de ce pouvoir. J'ai espéré, et j'espère encore du fond de mon cœur que ce rapprochement dissipera certains préjugés de ce parti. Je suis persuadé que, lorsqu'il verra le pouvoir entre des mains qu'il ne pourra soupçonner, plusieurs des fautes que j'ai déplorées dans sa conduite disparaîtront. Je signalerai surtout i>armi mes espérances celle de lui voir effacer dans son programme, dans sa conduite parlementaire, ce que j'ai souvent blâmé sous le nom de lésinerie législative, ce qui lui fait t-onsidérer de mauvaises petites économies, des réductions de traitements , comme des victoires. J'espère encore que nous
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ne Terrons plus ce parti , rassuré qu*il sera sur les intentions des hommes du pouvoir, se livrer encore, se livrer toujours à cet esprit de critique jalouse qui démonte un à un tous les ressorts du Gouvernement.
Cela étant , bien loin de m'inquiéter de cette bonne intelligence qui règne aujourd'hui entre cette partie notable de la nation et le Gouvernement, ce que je redoute, c'est qu'elle ne dure pas assez longtemps. D'un autre côté, je crois que les hommes qui composent le Gouvernement actuel ont donné bien assez de gages au principe conservateur. Je ne saurais oublier que la première fois où j'^eus l'honneur d'être admis à parler devant vous, Messieurs, c'était pour combattre les lois de septembre, que M. le président actuel du conseil proposait et défendait. L'expérience, je l'avoue franchement, a démenti la plupart des objections que je me permettais alors de faire valoir contre ces lois, mais je ne crois pas qu'elle tH démenti l'énergie que M. le président du conseil avait déjà déj^oyée contre les factions et les désordres. Les occasions lui <ttt manqué , Dieu merci ! mais rien ne nous dit qu'il eût manqué aux occasions.
Je salue donc l'avènement d'un état de choses qui permet à la gauche de s'approcher du pouvoir, parce que je suis persuadé que ce rapprochement aidera à démêler les esprits traiment politiques qui existent dans ce parti de l'élément radical, de l'élément dangereux qui l'a trop souvent compromis.
Du reste, si j'avais eu l'honneur de faire partie de votre commission, je n'aurais pas tant fait rouler la discussion sur les antécédents du Ministère et sur ses auxiliaires que sur ses intentions ; car enfm , un vote de confiance ne doit pas porter seulement sur le passé ; il doit porter au moins autant sur l'avenir. J'avoue que je ne me serais pas cru sa-