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LE NOUVEAU MINISTÈRE ET LES CHRÉTIENS DE SYRIE

M. LE GÉNÉRAL COMTE DE Spârre. Vous Evez bien tort.

M. LE COMTE DE MoNTALEMBERT Remonter notrccavalc-

rie et œmpléter en général la défense nationale.

Enfin, quant à Tintérieur, quant au déyeloppcment des mauvaises passions qu'on attribue au l^*" mars, j'avoue que ma perspicacité ne va pas jusqu'à découvrir l'immense différence qu'il y a entre l'état de la France sous le ministère du 1" mars, et l'état de la France sous les ministères du 12 mai et du 29 octobre. Je vois, il est vrai, beaucoup de mauvaises passions à vaincre, un esprit anarchique et de basses jalousies partout, des difficultés très- grandes pour toutes les personnes qui ont le courage et le talent de nous gouverner, et je suis persuadé que MM. les ministres actuels ne sont pas tentés de le nier; mais je ne vois pas que le 1^ mars les ait créées ou augmentées, et je ne vois pas surtout qu'elles aient disparu avec lui.

Je demande pardon à la Chambre d'avoir prolongé ce débat; mais j'avais besoin de profiter de cette occasion, d'abord pour appeler sa sollicitude sur des intérêts qui occuperont toujours la première place dans mon cœur, les intérêts catholiques, et ensuite pour lui prouver que les dissentiments consciencieux n'altéreraient pas ma fidélité aux amitiés politiques que je n'ai pas hésité à confesser autrefois devant elle.

(Extrait du Moniteur du 14 avril 1841.)

M. Villcmain, ministre de rinslruction publique, répondit à M. de Montalembert par un discours yivement applaudi, dans lequel il affirmait que le Gouvernement ne perdrait jamais de vue, dans les négociations, les droits des chrétiens d'Orient à sa sollicitude; que d'ailleurs la France n'avait pas besoin de se livrer à des saillies de jeunesse pour être puissante, invincible, et garder en Europe le rang qui lui appartient. Après une réplique de M. de Montalembert, la Chambre alla aux voix, et le projet fut voté à la majorité de 106 voix contre 8.

SITUATION GÉiNÉRALE DU PAYS

' CHAMBRE DES PAIRS Blftcnssion de l*Adresse an Roi.

Séance du H janvier 1842.

Le projet d'adresse de la Chambre des pairs contenait Texpression d'oDe adhésion complète donnée à la politique du cabinet dit du 29 octobre, et présidé par le maréchal duc de Dalmatie. M. de Montalembert combattit dans les termes suivants le projet d*adresse.

J'ai demandé la parole contre le projet d'adresse, non parce que je désapprouve ce document dans son intégrité, mais parce que la première phrase semble impliquer un sentiment de trop vive satisfaction à Tégard de la politique étrangère, et parce que sa dernière phrase exprime sur l'avenir de notre politique une sécurité cpie je ne saurais partager. C'est en lie plaçant à ce double point de vue que je désire présenter Vielques réflexions à la Chambre.

La session des Chambres britanniques a commencé par des félicitations unanimes sur la rentrée de la France dans l'alliance des grandes puissances européennes. Quelque partisan que j'aie toujours été et que je sois encore de l'alliance anglaise, j'avoue que je n'ai nulle envie de m'associer à ces félicitations d'outre-mer. Je sais qu'il y a des hommes heureusement doués qui, après avoir témoigné la plus grande indignation contre le traité du 15 juillet 1840, se sont mon-

très depuis animés d'un grand enthousiasme pour la conven tion du 13 juillet 1841 *. Pour moi, je n ai pas partagé leur ancienne indignation, je ne saurais pas non plus partager aujourd'hui un enthousiasme de fraîche date. La Chambre daignera peut-être se rappeler que je n'ai jamais été partisan du pacha d'Egypte; je ne l'ai jamais regardé comme un allié indispensable ou utile pour la France. Je n'ai donc pas regardé le traité du 15 juillet comme un cas de guerre; je n'ai fas partagé le courroux que ce traité a allumé dans une grande portion de la France ; je me suis borné aie regarder avec tout le monde comme un procédé blessant que l'on s'était attiré à soi-même; mais je ne me serais pas figuré qu'après un si court délai, on en fût venu à reconnaître l'urgence et la nécessité de rentrer dans ce concert européen dont nous nous sommes si mal trouvés.

L'année dernière, dans la discussion des fonds secrets, j'exprimais d'avance quelques craintes à ce sujet. M. le ministre de rinstruction publique me répondit qu'il n'y avait encore rien de fait, et promit, quant au vœu que j'avais exprimé que la France protégeât les populations chrétiennes en Orient, de ne rentrer dans le concert européen qu'à cette condition. Je comptais donc sur la prolongation de cette réserve, de cet isolement, si l'on veut, que le sentiment le moins excessif de la dignité nationale exigeait, et qui pouvait, je n'en doute pas, se concilier avec le désarmement modéré, tel que M. le maréchal Soult l'a conçu et exécuté sans porter atteinte à notre organisation militaire. Je cherche en vain la liaison nécessaire entre ce désarmement qu'exigeaient nos finances et la convention du 13 juillet que réproijvait notre dignité. L'armement extraordinaire avait été motivé par le traité du 15 juillet; comment ce désarmement serait-il justifié par la

Voir plus haat, page 358.

amvantioD des Détroit», qui n*e$t aotn? dK>$e qu'une jiUitnii àœ traité.

En eflM, oetlp coiiTcntîoo de$ Détrat5 a n?iru lie )l. le piii^ de Mettemidi une définhîoo bien 5Î:niifiiratiTe t:i bien cnielle pour noas, dans sa àéfèfhe àa 23 avril au prince E^lerhazy, où il dit : « Lecoocoorsde b France dans Tafbire des Détroits D a par lui-même diantre valeur que celle d*un complément de la grande oeime du 13 juillet. * Ainsi un traité est £iit contre nous, et nous armons: ce 'raite reçoit son e\tVution, et nous désarmons : toilà b position qu*on nous a faite.

SU fallait absolument rentrer dans la solidarité des grandes puissances, il y avait assurément d*autr^s conditions à leur imposer. Je cfaercfae en vain dans cette convention une condition satisfaisante pour Tbonneur ou la puissance du pays. Pas un mot sur b Svrie. sur le maintien de notre ancienne position dans ce pays: pas un mot pour les populations chrétiennes, ncB-seulement de cette partie de lempire ottoman, mais pour celles de toutes 1rs autres provinces de cet empire où ils sont opprimés et oii ils tournent leurs regards et leurs cœurs vers nous. Ah ! %\ nous étions rentrés dans le concert européen avec cette belle et noble mission de protéger les peuples chrétiens de l'Orient, c eût été vraiment là une œuvre grande et réparatrice dont le pouvoir et le pays pourraient à lenvi se féliciter! Mais, au contraire, ou n'en parle pas; on n'annonce rien qui puisse nous maintenir dans cet espoir.

La convention des Détroits, qu'on nous donne pour réparation de notre injure, n*est autre chose qu'un renouvellement du fameux traité d'Unkiar-Skelessi, qui expirait le 8 juillet de cette année, et que la convention du i 3 remplace parfaitement.

Voici, en effet, l'article de la convention :

« Sa Hautesse déclare qu'elle a la ferme résolution de main-

tenir à Tavenir le principe invariablement établi comme ancienne règle de son empire, et en vertu duquel il a été de tout temps défendu aux bâtiments de guerre des puissances étrangères d'entrer dans les déti*oits des Dardanelles et du Bosphore, et que, tant que la Porte se trouve en paix, Sa Hautesse n'admette aucun bâtiment de guerre étranger dans lesdits détroits.»

Que dit maintenant Tarticle secret et le plus important du traité d'Unkiar-Skelessi, exigé et obtenu par la Russie, alors à peu près maîtresse de (lonslantinople? Cet article est ainsi conçu :

« La Sublime Porte ottomane, à la place du secours qu'elle doit prêter au besoin, d'après le princiiie de récipix)cité du traité patent, devra borner son action en faveur de la cour impériale de Russie à fermer le détroit des Dardanelles, c'est-àdire à ne permettre à aucun bâtiment de guerre étranger d'y entrer sous aucun prétexte quelconque. »

Ainsi, c'est précisément le vœu de l'ambition de la Russie qui se trouve en quelque sorte placé sous la garantie de l'Europe. Ce cas extrême de guerre se trouve changé en concession gratuite de toutes les puissances; on stipule comme si la. Russie n'était pas maîtresse de la mer Noire et par conséquenL du Bosphore; on s'interdit la faculté d'aller voir ce qu'elle y fait; on lui livre aveuglément les côtes de Circassie et les bouches du Danube.

Je ne sais pas ce que l'Angleterre y a gagné ; je vois que l'Allemagne y perd la libre disposition du Danube, de cette grande artère de sa vie commerciale et politique. La France y laisse les derniers restes de son crédit en Orient. Et c'est là ce qu'jon appelle un succès ! En vérité, il faut que la diplomatie de notre temps soit une science bien mystérieuse pour que ses adeptes se contentent de pareilles jouissances.

ou PAYS. 304

Pour moi, je ne puis voir dans* cette convention que l'ambition, selon moi, à jamais regrettable, d'apposer encore une fois le nom de la France parmi ceux des grandes puissances où Ton a pas encore trouvé un ami sincère. J'y vois le sceau mis à cette déplorable politique qui préside depuis dix années à notre système extérieur ; qui a fait du déclin de notre grandeur et de l'annulation de notre influence un lieu commun de la politique européenne.

Ce système, Je l'ai toujours attaqué et je persiste à l'attaquer encore. Il n'y a plus besoin d'ailleurs de longs discours pour le juger; un fait seul suffit.

Je défie M. le ministre des affaires étrangères de se lever dans cette enceinte ou dans une autre assemblée, et de nommer une nation quelconque de l'Europe sur laquelle la France puisse compter, grande ou petite, puissante ou faible ; je le défie de nommer dans le monde un peuple qui soit notre ^, qui compte sur nous, à qui nous inspirions, soit de la crainte, soit de la confiance. [Bruits divet^s.) J'ai beau retourner toutes les pages des annales de la patrie; j'y cherche en ^ain une situation pareille.

Mais, savez-vous. Messieurs, quel est le reproche le plus Rrave que j'adresse à cette politique envers l'étranger? c'est ^'afbiblir la force conservatrice du Gouvernement contre les actions; c'est de détendre les ressorts intérieurs du pouvoir par son affaiblissement extérieur; c'est de donner un prétexte aux ennemis irréconciliables de l'ordre et du pouvoir. Non, non, la paix n'est pas l'unique, le plus grand bien du pays, comme le dit l'adresse; et ce qui le prouve bien, c'est la condition déplorable du nôtre en ce moment, condition qui, pour la première fois, excite ma sollicitude encore plus que sa positicii extérieure. Croyez-le bien. Messieurs, si je suis partisan d'une sorte de mouvement à l'extérieur, je suis aussi partisan.

et partisan très-^ardent de la résistance à rintérieur, et je désire en ce moment apporter ici mon humble et sincère appui, non pas à tel ou tel ministère, mais à Tordre social tout entier si cruellement menacé parmi nous, si scandaleusement outragé pendant Tannée qui vient de s*écouler. En présence des événements de Toulouse, des événements de Clcrmont, de cette insurrection qui a éclaté dans tant d'endroits à la fois contre la mesure parfaitement légale et naturelle du recensement; à la vue de tous ces désordres.fomentés et justifiés par la presse, il me parait impossible de ne pas croire que Tétat social du pays est en proie à de graves ds»igers. A la liberté de la presse à peu près illimitée, garantie, du reste, par nos lois et par nos mœurs, est venue se joindre la liberté de Témeute garantie par la déplorable indulgence du jury. (Mouvement). C'est trop. Messieurs, de ces deux libertés. (Asse)itiment.) C*en est bien assez d'une seule. Dans un pays où la presse est libre comme chez nous, Témeute doit être plus sévèrement réprimée que partout. Je ne demande pas, croyez-le bien, des lois nouvelles; je ne crois i)as qu'on fasse des lois toujours efficaces contre la corruption et les passions brutales des partis ; je crois d'ailleurs que nos lois actuelles peuvent suffire; mais ce que je demande, c'est que les bon — nêtes gens de tous les partis sentent le danger, le proclamen*^ et s'unissent pour le combattre. La Chambre a montré un^ grande susceptibilité lorsqu'on a indiqué tout à Theure queâ — ques partis extrêmes en dehors de la constitution; j'espèfc? qu'elle voudra bien cependant me permettre de lui dire à cet égard toute ma pensée. Il faut bien reconnaître, ce me semble, que la citadelle sociale est attaquée, et qu'elle est attaquée avec autant de perfidie que d'acharnement.

A Dieu ne plaise que je confonde avec ces ennemis acharnés de Tordre social , du pouvoir établi, de la tranquillité

publique tous les hommes honorables qui attaquent, conmie je Tai sans cesse attaquée moi-même, la politique du Gouvernonent; à Dieu ne plaise que je confonde avec eux tous les hommes de la gauche dont le patriotisme, le zèle, le dévouement aux libertés nationales ont souvent excité mes vives sympathies; et ces hommes d* une autre fraction du pays qui, par leur affection pour la religion, pour Tordre, pour la propriété, pour les traditions héréditaires, ont aussi tant de droits à ma sympathie et à mon estime. Mais, tout en les mettant à part, je crois pouvoir les accuser de se laisser trop souvent aveugler sur le rôle qu'on leur prête, de ne pas avoir le courage de désavouer suffisamment ceux qui se servent de leur nom, de leurs actes pour leur infliger la responsabilité des malheurs que Ton espère attirer sur ce pays.

C'est surtout. Messieurs, au parti qu'indiquait tout à l'heure M. de Boissy, au parti légitimiste, qu'il me semble nécessaire et juste d'indiquer et de signaler, dans l'intérêt de la paix publique comme dans celui de l'honneur de ce parti, le danger qu'il court et la déconsidération qu'il s'attire en se laissant conduire par certains organes qui se montrent les complices si volontaires et si empressés de l'anarchie et du désordre et détruisent précisément dans les âmes le bien auçid ce parti veut arriver ; par ces hommes dont la politique ^îonsiste à ne s'occuper du pouvoir que pour l'injurier et le calomnier, à se taire sur le bien lorsqu'il est plus clair que le jour, à le nier et à le travestir quand il est moins évident, et à envenimer le mal lorsqu'il existe, ce mal qui est insépa- Rible des choses humaines, et que leurs ministres et leurs champions favoris ont fait si largement lorsque le pays et la royauté ont eu le malheur d'être livrés à leurs mains. User des bienfaits de l'ordre et de l'autorité en les minant chaque jour, profiter de toutes nos luttes et de tous nos succès en

travailiant à toutes nos défaites, profiter des conquêtes de la liberté dont on a toujours été Tennemi pour faire croire au pays qu'il est sous le joug du despotisme et de la spoliation : telle est la tactique de ces écrivains.

L'histoire offre peu d'exemples d'une politique aussi indigne et d'une immoralité aussi flagrante. [Assentiment.) Et dans quel pays, Messieurs, ces choses se passent -elles? dans le pays qui jouit au fond de la constitution la plus libérale du monde; dans un pays où l'exercice du pouvoir, quelles (jue soient ses fautes, et assurément je les ai assese souvent signalées pour avoir le droit de le dire, où l'exercice du pouvoir est le plus modéré qui se soit jamais vu dans 1^ monde ! Eh bien. Messieurs, c'est dans ce pays-là que la vîi politique est devenue comme un murmure perpétuel ; c'e« dans ce pays que d\Hre ennemi du gouvernement est uii< espèce de carrière pour la jeunesse, une profession libérale [très -bien!)] c'est dans ce pays qu'un système d'insuïle continuelle, de calomnies odieuses, est spécialement organisé contre ceux qui refusent d'être les complices passifs ou actifs des ennemis de l'ordre social et du gouvernement établi. ( Vive adhésion.) Et qu'on ne dise pas que je dénonce ici des dangers chimériques.

J'espère que la Chambre ne trouvera pas inconvenant que j'indique, pour me justifier de ce reproche, l'exemple d'un de nos collègues les plus distingués, qui, je crois, n'est pa5 présent en ce moment , mais dont certes notre attention à tous a été occupée, je veux parler de M. Bourdeau. Certainenement, s'il est un homme digne de l'estime et de la considération de tous les partis, c'est lui : il a été ministre de h Restauration et l'ami dévoué de l'ancienne royauté ; il a été patriote sincère, ami de la liberté; il en a donné des gages éclatants pendant toute sa carrrière. Eh bien! parce quil

s'est prononcé, dans l'exercice obligé de ses fonctions et de ses devoirs, pour cette mesure du recensement dont je parlais tout à rheure, Torgane légitimiste et Torgane libérâtre de sa province se sont aussitôt unis pour Tabreuver de ces insultes douloureuses qui blessent le cœur, qui découragent la Tertu, et pour lesquelles les réparations judiciaires, quelque édatantes qu'elles soient, sont toujours insuffisantes. {Non-' tmu mouvement dadhésion,)

D'où vient. Messieurs, un état social tellement contraire à la nature, et je dirai même tellement contraire à tous les antécédents du genre humain? Ce me paraît, en vérité, une grande pitié de voir de grands politiques se figurer qu'en adjoignant à la liste électorale quelques notaires et ipiclques avocats de plus, en excluant quelques procureurs généraux de la Chambre élective, et en remplaçant quelques-uns des nûnistres qui sont là devant moi par d'autres notabilités parlementaires, le mal sera déraciné ou considérablement diminué. Je me permets, quant à moi, de croire que la cause de ce mal est beaucoup plus haut et beaucoup plus bas que dans <îette petite sphère de prétendues réformes et de bouleversenients ministériels. Beaucoup plus haut! parce que Tabsence d'une moralité supérieure, l'absence de grands caracieres, basés sur d'autres fondements que sur les passions [ politiques, sur les discussions quotidiennes, sur les petites SOerres périodiques entre les hommes du pouvoir, est une cause incontestable d'infirmité pour le pays. Quand je parle <l*une moralité supérieure, vous entendez bien que je n'ai pas la prétention de descendre dans la vie privée : mais je regrette dans nos hommes publics l'absence visible de ces principes supérieurs, sacrés, immortels, sans lesquels il n'est point de grandeur réelle pour les individus ni pour les peuples. Beaucoup plus bas! parce qu'il se forme de plus en

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plus dans notre pays une masse nombreuse douée d'énergie, de courage, du mépris de la vie, et qui ne croit à rien, qui n'aime rien et qui surtout ne respecte rien. [Marques (fapprobation.)

Or, comment veut-on gouverner sans respect? dans un pays où le respect devient en quelque sorte inconnu? On ne l'a jamais fait, on ne le fera jamais! {Nouvelle approbation.)

Et à ce sujet permettez-moi d'entrer dans un ordre d'idées qui me préoccupe toujours, mais qui n'est peut-être point placé au même rang dans vos sympathies. Comment peut-on respecter quelque chose dans un pays où l'on respecte si peu Dieu? Oui, quand je vois que la France, le royaume et le pays de l'Europe qui fut toujours à la tète de la chrétienté, en est venue à ce point d'être le pays de l'Europe où la religion chrétienne est le moins respectée et le moins pratiquée, je ne puis plus m'étonner de rien. {Légère rumeur.) Je me trompe cependant, car je m'étonne encore et c'est de voir les hommes dépositaires passagers du pouvoir si indifférents, et quelquefois si hostiles à l'égard du seul remède efficace au désordre qui nous ronge. Ne peut-on pas s'étonner, en effet, quand on voit dans un tel pays un ministre de l'intérieur (qui n'est pas celui qui siège devant moi] faire une circulaire contre l'observation légale du dimanche, alors que la légalité de cette observation est reconnue par la cour suprême? Ne peut-on pisis s'étonner que dans ce palais même, pendant tout le cours des travaux qui y ont été faits, cette loi du dimanche, loi primitive de toutes les communions chrétiennes, soit scandaleusement violée comme elle l'a été? Ne peut-on pas s'étonner de voir un ministre de Tinstruction publique défendre avec acharnement le monopole de l'Université contre l'intervention féconde et bienfaisante de la religion dans Féducation, alors peut-être qu'il n'y a pas de question plus

YÎtale et plus importante à examiner que celle de savoir si rUniversîté, qui est depuis près de quarante ans exclusivement investie du soin de former rintelligencc des jeunes Français, si cette Université n'a point été, je ne dis pas la cause unique, mais Tune des causes qui ont contribué à former dans le pays des dispositions au désordre et à 1 absence de ce respect que nous déplorons. {Vives réclamations.) N'est-on pas fondé à dire que les hommes qui gouvernent ce pays ont encore plus peur du remède que du mal?

Et cependant, croyez-le bien, en relevant chez eux de telles anomalies, je les trouve plus à plaindre qu'à blâmer, car je ne conçois que trop la difficulté qu'il y a de faire le bien dans un pays où, lorsque ce ministère que je viens de blâmer et que je vais louer maintenant avec la même sincérité et la même impartialité, lorsque ce ministère a eu l'idée salutaire et généreuse de rétablir le siège immortalisé par Fénelon et d'attribuer à cet objet une misérable augmentation de 5,000 francs, il s'est élevé d'un bout à l'autre de la France une clameur universelle dans la presse soi-disant patriote et libérale. Je sais bien que de grands politiques, ooDune ceux dont je parlais tout à l'heure, traitent tout cela de minuties, et de minuties de sacristie; mais pour moi, Messieurs, je ne pourrai jamais m'habituer à ne pas donner le premier rang à tout ce qui touche aux croyances religieuses chez un peuple qui depuis quatorze siècles a marché en tète de la chrétienté. Si j'en parle du reste aujourd'hui, c'est que parmi les hommes les plus dangereux, à mon sens, de notre pays, il y a certains hommes, vous les connaissez, <[ui se font de la religion même une arme quotidienne de hsûne et de guerre; qui, au mépris de l'exemple donné par le chef de l'Église et les premiers pasteurs, ont déclaré une hostilité acharnée au pouvoir établi ; qui exploitent les senti-

ments et les intérêts religieux dont ils voudraient avoir le monopole au profit de leur haine, de leurs mensonges et de leurs calomnies. Il est bon de leur montrer que, parmi les défenseurs et les partisans sincères de la constitution et du régime actuel, il y a des hommes qui font de la religion l'objet de leur sollicitude suprême.

Ce gouvernement , pour deux raisons, me comptera toujours parmi ses défenseurs, à cause de son origine et à cause de sa durée.

Par son origine il a prouvé qu'on ne pouvait pas fouler aux pieds impunément la foi jurée, qu'on ne pouvait pas rayer d'un trait de plume des institutions solennellement garanties à un peuple : par sa durée, il a montré qu'on pouvait maintcnhr debout la barrière entre la liberté et l'anarchie, et que cette logique outrée, qui est l'arme désespérée des méchants et des fous, ne suffisait pas pour conduire forcément une nation insurgée pour la défense de ses droits aux abîmes de l'anarchie. [Très-bien!) Quelle que soit sa destinée , ce sera là une grande et double gloire ; c'est pourquoi, malgré ses imperfections nombreuses, malgré les mécomptes de tant de ses amis et des miens, il a droit, je ne crains pas de le dire, au zèle, au dévouement, au courage de tous les honnêtes gens ; et lorsque cette citadelle dont je parlais tout à l'heure est attaquée de toutes parts avec tant de persévérance et de perfidie, la tâche des gens de cœur me semble non pas de discuter des noms et les personnalités des chefs de la défense, mais d'être sur les remparts et de revendiquer chacun sa part dans les dangers, dans les calomnies, les haines et les injures de l'ennemi. [Nouvelles marques d^ approbation.)

Quant à moi, je me rejouis de pouvoir donner cette adhésion à l'ordre et au pouvoir de mon pays en présence d'un

ministère auquel ne m^attache aucune amitié personnelle , aucune sympathie particulière, aucune reconnaissance quelconque; je maintiens toutes mes protestations contre sa politique étrangère, mes remontrances contre ses inconséquences religieuses. J'aurais encore bien d'autres reproches à lui faire et au premier rang celui d'affaiblir cette Chambre par des promotions sans mesure et sans raison le lendemain d'une bataille électorale ; mais à Dieu ne plaise qu'en usant de mon droit de blâme (blâme toujours sincère, toujours utile même parce qu'il n'a pour but que la durée, l'honneur et le progrès du gouvernement), à Dieu ne plaise que je sois jamais confondu avec les ennemis systématiques de la paix publique, avec ces fauteurs de boulcverscmcnls ministériels dont la France est si profondément fatiguée! [Très-bien I)

Vous connaissez, Messieurs, le vulgaire proverbe : « Dismoi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. » Il me semble qu'on peut, en le modifiant, l'appliquer à un gouvernement : * Ois-moi qui t'attaque, je te dirai ce que tu vaux. » [Noiwelle (approbation.) Or, quand je vois un gouvernement attaqué pir toutes les ambitions présomptueuses, par toutes les rancunes implacables, par toutes les convoitises, par toutes les inauvaises passions du pays, je me dis qu'il ne s'agit pas seulement de sept ou huit hommes qui sont là devant moi ; Diais que derrière eux, comme derrière leurs prédécesseurs d'hier et leurs successeurs de demain, il y a quelque chose <feplu8 sacré, de plus élevé auquel les passions en veulent; et ce quelque chose, c'est le principe même de l'autorité sociale. [Adhésion.)

Eh bien, Messieurs, c'est à ce principe si cruellement affaibli en France que je viens apporter aujourd'hui un humble et sincère appui, un humble témoignage de dévouement : et cela, non pas seulement, croyez-le bien, dans Vintérét du

pouvoir, mais encore dans Tintérét de la liberté, si compromise, si profanée par d'indignes défenseurs, par d*indignes plagiaires ; dans l'intérêt de la liberté de la presse surtout, menacée de périr bien plus sûrement que par les lois préventives ou répressives, menacée de périr à jamais dans l'estime des honnêtes gens; enfin dans l'intérêt du gouvernement représentatif tout entier, de cette forme excellente, si ardemment désirée par nos pères, si chèrement achetée par eux, si bonne à garder par nous, et qui court risque, grâce à la détestable ingratitude des uns, à l'incroyable aveuglement des autres, d'être atteinte et convaincue à la fois de désordre et d'impuissance. (Vif mouvement d'approbation.)

(Extrait du Moniteur du 12 janvier IMi.)

M. Villemain, ministre de rinstruction publique , répondit au discours précédent par une apologie de TUniversité, qu'il représenta comme une création destinée par l'empereur Napoléon à favoriser l'esprit monarchique et religieux , et depuis défendue et dirigée par les hommes les plus honorés, tels que M. de Fontanes et M. Royer-Collard.

M. de Montalembert répliqua qu'il n'avait pas prétendu que l'Université était la cause unique des maux de la société française, mais que s'il était vrai qu'elle eût été instituée dans une pensée essentiellement monarchique et religieuse, elle avait bien peu répondu à ce programme.

M. Guizot, ministre des affaires étrangères, répondit dans la séance du lendemain 12 janvier à M. le comte de Montalembert. Il déclara que le gouvernement tenait à honneur de maintenir le protectorat de la France sur les chrétiens d'Orient.

« Que l'honorable M. de Montalembert en soit bien convaincu, dit-il en terminant, nous avons cette question à cœur autant que lui ; nous croyons conmie lui que l'honneur de l'Europe occidentale y est engagé , mais nous croyons en môme temps que ce n'est pas en encourageant des insurrections qu'on peut réellement pro-

téger les chrétiens d'Orient. Ce n*est pas la voie dans laquelle nous Toulons nous engager. »

M. le comte de Montalembert lui répliqua :

Je prends la liberté de faire remarquer à la chambre et à M. le ministre des afEsiires étrangères que je ne sais pas, en vérité, pourquoi il s*est adressé spécialement à moi en réprouvant toute idée d'encouragement à Tinsurrection parmi les populations chrétiennes de TOricnt. Jamais cette idée n a été la mienne, et lorsque j'ai voulu réclamer pour la France le droit ancien et illustre dans son histoire de protéger ces populations , je n'ai jamais confondu la protection avec l'encouragement à l'insurrection. Je n'ai jamais voulu faire partie d'aucun des comités qui ont été plus ou moins publiquement organisés ici dans le but de s'occuper de cette question, et je m'associe complètement au point de vue où M. le ministre des affaires étrangères s'est placé et aux promesses qu'il nous a faites sur ce côté de la question orientale. Mais, en disant que la France tenait les yeux ouverts sur tous les besoins de ces populations chrétiennes, il me fournit une occasion toute naturelle de lui demander s'il s'est occupé de la nomination récente qui a eu lieu d'un évêque protestant à Jérusalem, au milieu des populations catholiques spécialement habituées à lappui et à la protection de la France.

Je crois qu'il me rendra la justice de reconnaître qu'aucun sentiment intolérant ni exclusif en matière religieuse ne peut m'animer quand je fais cette observation. Mais, je le demande, n'est-il pas à craindre que cet établissement, nullement appelé par les besoins religieux du pays, puisque ce nouvel évêque u'y trouvera pas un coreligionnaire, n'est-il pas à craindre que cet établissement tout politique ne doive froisser les sentiments traditionnels de cette portion nombreuse des habitants de Syrie qui, depuis Louis XIV, est

habituée à regarder la France comme sa protectrice naturelle, et qui verra dans cette création une atteinte à la fois au catholicisme et à l'influence de la France? Je voudrais obtenir du ministre, dans le cas où sa position lui permettrait de me la donner, l'assurance que la France pense, sinon à s'opposer à cet établissement, du moins à répondre par quelques garanties nouvelles qu'elle pourrait donner elle-même dans les saints lieux aux populations catholiques qui les habitent ou les entourent.

(Extrait du MonUeur da 13 janvier 1842.)

M. Guizot répondit qu'il n'avait pas songé à désigner M. de Montalembert lorsqu'il avait parlé des personnes qui encourageaient Tinsurrcetion parmi les populations chrétiennes de TOrient. Quant à rétablissement d'un évôcbé protestant à Jérusalem, c'était, dit-il, une question encore pendante, sur laquelle il ne pouvait donner aucune explication.

NATIONALITÉ POLONAISE

CHAMBRE DES PAIRS 0isca««ion de PAdre««e.

Séance du 12 janvier 1842.

Dans la séance du 12 janvier 4842^ M. le duc d'Harcourt proposa d'introduire dans l'adresse un paragraphe ainsi conçu :

« Nous faisons également des vœux pour que Votre Majesté, de « concert avec ses alliés, porte des regards amis sur une nation " blessée dans ses libertés et les droits qui lui ont été garantis par « les traités. »

M. le comte de Montalembert appuya Tamendement dans les tenues suivants.

Je crois, Messieurs, que j'ai été le premier à user de la liberté de cette tribune et de rindulgence de cette noble emblée pour élever la voix en faveur de la malheureuse Pologne. Je ne peux donc pas, et je ne veux pas manquer au- Jourd*hui à ce devoir, que je m'honore d'avoir spécialement rempli. Je ne crois pas qu'on puisse faire à cette démonstration périodique des deux Chambres françaises le reproche o'ètre une banalité sans conséquence. Tout au contraire, Messieurs, ces protestations, émanées des grands corps d'un Pand pays, consacrent essentiellement la distinction éternelle du droit et du fait. Si l'on contestait en principe l'utilité de ces protestations, même quand elles ne doivent pas

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