‹ Discours de Camill Jordan, précédés de son élogeChapitre 12 sur 63 · DE CAMILLE JORDAN. XXVIJ · texte numérisé non relu

DE CAMILLE JORDAN. XXVIJ

confusion où notre ville fut plongée. Il me suffira de vous rappeler la conduite de Camille à cette époque désastreuse. Il fut au nombre des personnes dévouées que, soit leurs propres affections, soit la confiance du prince, appelèrent auprès de S. A. R. Monsieur, venu dans nos murs pour conjurer l'orage. Il demeura constamment avec ce prince malheureux, et il fut le dernier à se séparer de lui jusqu'à des temps meilleurs. 11 fallait bien que Camille Jordan eût donné des marques plus particulières que d'autres , de son zèle et de ses sentimens, puisque la haine le distingua entre tous, et qu'un tumulte populaire le menaça jusque dans sa maison.

Enfin cet interrègne qui ramena, une seconde fois, l'étranger dans notre pays, qui devait ébranler toutes les croyances politiques des peuples et des rois, cet interrègne était passé. Le météore terrible avait brillé pour s'éteindre après une courte et immense calamité, dont les effets durent encore. Camille Jordan n'eut rien à expier ; il n'eut pas non plus le bonheur qui suit un grand triomphe , car le triomphe de la cause qu'il aimait n'avait pu s'accomplir qu'à UTÎ prix bien douloureux.

C'est maintenant qu'il va réellement entrer dans la carrière politique ; c'est maintenant que les

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belles facultés dont il fut éminemment doué, et qui furent si long-temps condamnées au silence, vont se déployer en liberté. Mais auparavant ses compatriotes exigent de lui un service que ses relations en Angleterre lui rendent plus facile qu'à tout autre. Il va donc à Londres, député avec M. Regny notre confrère, pour faire reconnaître et réclamer un legs considérable qu'avait fait à la ville de Lyon le major-général Martin, mort aux Indes. Les fonds provenant de ce legs avaient été séquestrés durant les longues guerres de la révolution. Par les soins de Camille et de son collègue, la dette fut reconnue, et elle ne devra plus éprouver que les inévitables lenteurs des formalités.

Je vous ai annoncé. Messieurs, que je m'abstiendrais d'entrer dans le détail des différens travaux qui signalèrent la courte et honorable carrière de Camille Jordan, et qui lui assigneront un jour un rang si élevé dans nos fastes parlementaires. Ainsi, je n'aurai point, pour le moment^ à vous peindre Camille au sein de nos débats législatifs les plus vifs et les plus passionnés , tantôt prêtant l'appui de son noble talent au ministère , lorsqu'il le croyait à la tête des intérêts nationaux , tantôt luttant de toute l'énergie d'une grande conviction contre l'ascen-

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dant de doctrines qu'il avait de trop justes raisons de croire incompatibles avec les besoins de la société actuelle, toujours se plaçant nettement et sans hésitation dans le poste le plus menacé; impririiant à tous ses discours et à ses plus véhémentes improvisations le caractère de l'homme de bien; réunissant tous les partis, au moins dans le sentiment de sa propre sincérité. Vous comprenez, Messieurs , que , pour un tel tableau, il faudrait discuter franchement le fond et l'essence de nos institutions , et ce n'est ni le moment ni le lieu. Qu'il me soit permis toutefois d'énumérer rapidement les faits principaux, pour faire apparaître à votre pensée toute la conduite de Camille.

La majorité de i8i5 avait été brisée par l'ordonnance du 5 septembre : Camille était resté étranger à cette session.

Sa présence aux sessions de 1816 et 18 17 fut le produit d'une première élection du département de l'Ain.

Sa présence aux sessions de 1818, 18 19 et 1820 fut le résultat du concours des élections de l'Ain et du Rhône : il dut adopter la réélection du département de l'Ain.

Pour Camille Jordan , nous pouvons séparer en

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deux époques bien distinctes ces cinq sessions successives. Dans celles de 1816, 181761 1 818, plein de confiance, il votait avec le ministère, et, faisant la part de la difficulté des temps, il ne craignit pas de livrer au gouvernement , même par des lois exceptionnelles , toutes les forces dont il pouvait avoir besoin pour défendre son existence. Dans les sessions de 1 819 et 1820, il fut tout naturellement à la tête de l'opposition , parce que les hommes et les choses ayant changé autour de lui, il était resté immobile. La session de 1818 avait été, pour lui, calme et sans éclat, et cela devait être , car deux grandes calamités venaient de finir, celle de l'occupation par les étrangers, et celle des raouvemens réactionnaires qui avaient affligé tous les amis de l'ordre constitu'ionnel, et qu'il avait vivement signalés, soit à la tribune, soit dans un écrit qui sans doute ne contribua pas peu à sa double réélection ; il ne restait donc plus qu'à affermir les institutions fondées par la Charte. La session de 1819, par la raison contraire, fut pleine d'orages, et jamais le beau talent et le noble caractère de Camille ne brillèrent d'un plus grand éclat. Jamais des paroles pleines d'entrailles n'émurent plus profondément les cœurs , n'ébranlèrent plus fortement les esprits, sans tou- ,

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