‹ Discours de Camill Jordan, précédés de son élogeChapitre 14 sur 63 · XXXIJ ÉLOGE · texte numérisé non relu

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ia civilisation. Ses affections domesticpies , qui tenaient tant de place dans son cœur aimant, ne suffisaient point à son âme près de s'échapper; il continuait de s'occuper des grands intérêts de la société. Il avait commencé un travail sur les établissemens ecclésiastiques , et la mort Ta surpris dictant sur ce sujet élevé quelques pages éloquentes qui, sans doute, ne seront pas perdues pour l'avenir. L'Eglise de France se trouvait alors dans cette position singulière, qui ne pouvait subsister, celle d'un concordat abrogé et d'un concordat resté sans exécution. C'est par la religion qu'il était entré dans la carrière politique, c'est par la religion qu'il la termine en même temps que sa noble vie.

C'est le 19 mai 1 82 1 que Camille Jordan s'est éteint au milieu de ses pensées toutes vivantes. Sa mort fut généreuse comme l'avait été sa vie tout entière. Jamais funérailles plus solennelles n'avaient attesté un deuil public. Ce fut im spectacle sublime que celui d'un cortège immense, traversant un peuple immense, au sein du silence le plus religieux, pour accomplir les derniers devoirs de l'amour et de la piété. Et j'ose le dire , l'esprit de parti ne fut pour rien dans cette manifestation unanime des sentimens de tous, car des hommes honorables de toutes les opinions

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étaient réunis autour du cercueiK Les uns pleuraient un grand citoyen , les autres un ami dévoué , tous un homme sincère et loyal, tous l'homme de bien par excellence. M. de Saint-Aulaire , son collègue à la Chambre des Députés, prononça un discours sur sa tombe; M. Royer- Collard , son collègue aussi, et, de plus, son ancien ami dans la carrière politique, fit entendre quelques paroles pleines d'émotion; enfin, le maire de la ville de Lyon , M. Rambaud, vint à son tour exprimer les regrets de la ville qui avait vu naître Camille Jordan, car il fallait bien que sa tombe fût honorée et par la France , et par la patrie lyonnaise et par l'amitié courageuse et fidèle.*

Il a laissé une veuve dont l'affection fut loujourssi douce pour lui, et qui, dans les derniers temps , n'a cessé de lui vouer tous ses soins, une fille qui est sa vivante image, deux fils fort jeunes, et qui sans doute un jour nous rendront notre Camille.

Ses traits sont reproduits dans un tableau plein de vérité, exécuté par Mademoiselle Godefroy, sous les yeux de M. Gérard, et ont été multipliés par une très belle gravure de M. MuUer. Un monument a été élevé pour lui, au cimetière du Père Lachaise,

* Les deux premiers morceaux sont imprimés à la fin de ce volume.

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sur les dessins de M. Mazois, et par les soins de ses collègues à la Chambre des Députés.

La plupart de ses écrits existent dans divers recueils politiques, d'autres sont devenus fort rares, quelques-uns sont encore inédits. Ils Seront religieusement recueillis pour perpétuer celles de ses pensées qui ont pu Itii survivre, et qui ne sont pas rentrées avec lui dans le silence du tombeau.

Permettez-moi , Messieurs , d'ajouter quelques mots. Vous vous êtes facilement aperçus de la contrainte qui a nui à l'expression de mes sentimens : cette contrainte pèse, pour ainsi dire, sur chaque mot. J'ai même omis des faits importans , tels que les faveurs qui sont venues chercher Camille, et les disgrâces qui l'ont ensuite frappé. Je me suis abstenu de peindre les tetïips , de caractériser le-s circonstances; je ne voulais pas renouveler, dans cette paisible assemblée , les débats passionnés de la tribune : ce n'est point ici que s'agitent les destinées des peuples.

Ainsi, noble Camille, je suis loin d'avoir acquitté l'hommage que je t'ai voué. Un jour, et ce jour n'est pas éloigné , j'accomplirai ce devoir de mon cœur, je l'accomplirai dans toute sa plénitude; je descendrai le plus avant que je pourrai dans ton âme, j'ex-

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pliquerai tes pensées généreuses. Tu seras pour moi ce que fut le vertueux Agricola poiir l'historien des temps mauvais, un modèle de candeur antique, un type de yrai patriotisme. Je dirai ce que tu tus, ce que tu aurais pu être: je dirai tes vertus publiques. Oui,jerespère,je réussirai à faire de toi un portrait dont tes contemporains sentiront la ressemblance, et que la postérité ne pourra refuser d'adopter.*

* Ou a cru devoir donner, à la suite de cet Eloge , une lettre de M. Degérando à M. Ballanche.

Les amis de Camille Jordan avaient, en effet, lieu de regret ter que l'Eloge fût contenu dans certaines limites par-los conditions mêmes de la circonstance pour laquelle il fut fait; et ils s< sont estimes heureux de pouvoir le compléter, du moins en partie, par une lettre écrite dans tout l'abandon de l'intimiff-.

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