‹ Discours de Camill Jordan, précédés de son élogeChapitre 2 sur 63 · JJ ELOGE · texte numérisé non relu

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pendant, je puis affirmer sur ma conscience, que je n'ai point de tort réel. Oui , noble Camille , je le sens, il me sera toujours impossible de mériter avec justice l'accusation du plus léger manquement à ta mémoire. Néanmoins, Messieurs, soyez-en bien prévenus , cet éloge quoique tardif, ne sera point complet; et l'amitié, aussi bien que la religion de vos usages seront loin d'être satisfaites. Elles le seront plus tard; c'est un engagement que j'ai pris avec moi-même, et que je ne crains point de prendre avec vous. Messieurs. Quant à présent, deux r<aisons puissantes contribuent à contenir dans d'étroites limites l'ensemble de ce discours. La première, c'est que la vie de Camille Jordan est pleine de faits qui demandent à être traités avec de certains développemens , pour caractériser l'homme excellent que nous avons perdu , et que ces développemens ne peuvent entrer dans le cadre resserré d'un éloge académique; la seconde , c'est que je parle à des opinions opposées qui sont toutes vivantes au milieu de nous, et au-dessus desquelles j'aimerais àm'élever,s'il ne s'agissait pas de respecter pour vous d'autres convenances. Je ne voudrais ici , ni condescendre à celles de ces opinions qui ne sont pas les miennes, ni les contrister en les attaquant face à face. Je voudrais

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être vrai sans faiblesse , être fidèle à l'amitié sans réveiller des haines. Et surtout, en parlant d'un généreux citoyen, de mœurs si douces, si indulgentes, qui eut tant de vertus publiques et privées, tant de nobles sentimens, tant de tolérance pour tous, n'être point une triste occasion du réveil de ces passions toujours violentes , souvent aveugles, que suscitent au fond des âmes les grands changemens dans les institutions humaines. Tous ces ménagemens que je suis forcé d'employer, et dont on me saura sans doute quelque gré, ne seront un jour considérés que comme de vaines précautions oratoires; car, il faut le dire dès à présent, la postérité qui met toujours à leur place les hommes et les choses , fera une part très grande à celui que nous voulons honorer aujourd'hui , et elle lui décernera le nom d'irréprochable. Quoi qu'il en soit, je commence par mettre la mémoire de notre Camille sous ia protection de tous les honnêtes gens, qui jamais ne doutèrent de son cœur; qui jamais ne soupçonnèrent ia sincérité de ses convictions ; je la mettrai , de plus , cette mémoire qui nous est si chère sous la protection même de notre Roi, sous celle de deux princes à qui Camille Jordan fut particulièrement, et j'oserai dire intimement connu.

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Camille Jordan naquit dans cette ville, ïe 1 1 jari* vier 1771. Il appartenait à une famille honorable dans le commerce , où s'étaient perpétuées toutes les bonnes traditions de la plus sévère probité et des mœurs antiques , dans une famille dont la plus grande partie existe encore , fidèle à ces mêmes traditions. En 1788, il se trouva chez son oncle, Claude Perrier, à cette célèbre assemblée des états du Dauphiné, de Vizille, d'où partit le premier cri de rénovation qui devait retentir sitôt et se prolonger si long-temps dans le monde. Il était bien jeune alors, et déjà son cœur battit pour l'avenir , et déjà sa pensée entrevit des destinées nouvelles, et déjà il put être en sympathie avec Mounier , caractère loyal et austère, citoyen courageux et sujet .fidèle qu'aucun entraînement , qu'aucun danger ne feront sortir d'une ligne de devoir tracée d'avance. Ces deux hommes sont destinés à être bientôt réunis par les liens d'une longue amitié que rien ne pourra briser; car, ainsi que toutes les amitiés de Camille , elle reposera sur l'accord des plus nobles sentimens , sur l'analogie des pensées les plus généreuses.

En 1790, il fit le voyage de Paris avec son excellente et vénérable mère, qui a laissé, après sa mort," de précieux souvenirs dont la trace est loin d'être

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perdue parmi nous. Ainsi Camilie Jordan put assister à ces premières lices qui n'étaient pas de simples débats parlementaires, puisqu'il s'agissait, non point d'appliquer les conséquences d'institutions faites mais de , créer des institutions, chose toute nouvelle dans l'histoire des peuples. N'attendez pas, Messieurs, que je remette sous vos yeux le spectacle qui s'offrit à ceux du jeune néophite , ardent , plein de force, d'énergie, d'espérance, plein surtout de cette sorte d'enthousiasme que j'oserai appeler poétique , méconnaissant les périls des routes nouvelles , et de toutes les émotions qui agitaient les esprits n'entrant en partage que des émotions généreuses. Il venait , dans ses études , de se livrer à sa vive admiration pour les prodiges de l'éloquence antique, et voilà que l'éloquence antique renaît, parmi nous. Le Forum qui, pendant plusieurs siècles, ne fut qu'une tradition classique, dont notre barreau venait toutefois de ressaisir quelques préiogatives, le Forum était devenu tout-à-coup une conquête du peuple français. Sans doute, le jeune Camille sentit dès-lors qu'il était appelé à entrer un jour dans cette noble carrière.

En effet, dès qu'il fut revenu à Lyon, on le vit préluder aux combats de la tribune, par des écrits

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