VJ ÉLOGE
qu'il jetait à la dérobée dans le public. Son instinct le porte vers les questions les plus sérieuses et les plus morales. C'est par la défense de la religion qu'il essaye ses armes novices. Il livre à l'Église constitutionnelle des assauts multipliés : ces premières marifestations de courage sont le présage de toute sa vie; vous ne le trouverez jamais dans les rangs des vainqueurs. Ces écrits où il commençait à s'élever aux principes qui fondent la liberté des cultes , et leur complète indépendance , ces écrits sont devenus très rares , et sans doute dépouillés de l'intérêt des circonstances qui les virent naître, ils n'auraient à présent d'autre importance que celle de montrer les premiers mouvemens d'un esprit élevé, d'une imagination vive, d'une âme profondément religieuse.
Cependant les temps deviennent de plus en plus terribles. Les journées les plus funestes se sont succédées, le trône de nos rois s'est écroulé au sein des orages, une république, violemment improvisée, est sortie de mille débris fumans , le plus grand crime était consommé, les destinées les plus fatales s'accomplissaient : qui pourra prévoir la suite et la fin de tant de maux? Ceux qui avaient salué l'aurore de la révolution, voyant toutes leurs généreuses
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espérances trompées, gémissaient plus que les auties au sein de tant de calamités. Ici Messieurs, j'aurais besoin de vous retracer le tableau de la France à cette époque désastreuse, pour expliquer le but et les motifs de la noble insurrection lyonnaise. Ce tableau, j'en suis certain, je pourrais le peindre avec l'âme même de Camille Jordan, car toutes les expériences qui m'ont éclairé depuis, me font comprendre mieux que jamais ce qui se remuait au fond de tous les cœurs; mais ce tableau, tracé dans de justes proportions, m'entraînerait trop loin , et une esquisse rapide serait insuffisante : ainsi , tout ce qu'il y a d'énergique et de passionné dans les opinions humaines, dans les instincts des partis, ne se ranimera pas encore à ma voix ; je ne veux que repor* ter votre pensée vers des souvenirs honorables, sans leur rendre cette vie terrible qui se nourrissait de sang et larmes. Qu'il me soit permis seulement de regretter que cette glorieuse insurrection lyonnaise, si pure au milieu du vertige de tant de crimes , n'ait pas éclaté quelques jouis plus tôt, Une grande ville au centre de la France, se soulevant spontanément pour ressaisir la liberté légale, sans rétrograder vers les institutions anciennes, aurait offert un spectacle qui eût prévenu, n'en doutons pas, la journéje
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du 5i mai, c'est-à-dire, le triomphe complet de l'anarchie à Paris. Dès-lors , le torrent de la révolution aurait pu couler dans un large lit, mais puissamment contenu par de fortes digues. Noble Camille, tu te trouvas à cette journée du 29 mai, tu t'y trouvas avec les courageux citoyens qui achetèrent de leur sang le triomphe de la plus juste des causes. Après la victoire, le peuple lyonnais se constitua lui-même, et chercha dans ce qui était, dans l'assentiment de tous , les élémens de l'ordre. Les assemblées sectionnaires furent organisées , et l'on y vit le jeune garde national déposer, à la barre même du lieu des séances , le mousquet avec lequel il venait de vaincre, pour s'élancer à la tribune , et, delà, faire entendre de magnanimes accens.
Ce n'était pas tout d'avoir obtenu la victoire par les armes, il fallait encore l'assurer; il fallait faire entendre dans toute la France une voix de conciliation , de paix, de salut. Il fallait protester contre le 3 1 mai. Camille Jordan ne fit point partie de l'autorité qui gouvernait; la vivacité de son enthousiasme, la nature même de son talent le portaient à .exercer une influence plus directe et plus animée sur les esprits ; il assistait aux assemblées où le peuple lui-même délibérait, non point sur ses intérêts ,