SUR LA LIBERTÉ DES JOURNAUX
restreinte, cette liberté des écrits ne devient - elle pas illusoire? Oui, on pourrait le craindre, sous une loi du 29 octobre, avec toutes ses rigueurs-, mais quand ce droit d'arrêter est aujourd'hui si concentré , si régularisé , qu'il ne doit s'appliquer qu'à des hommes prévenus de véritables crimes; lors même que le gouvernement voudrait abuser, pourrait -il abuser ainsi? Une corrélation si grossière entre un écrit et l'arrestation qui suivrait, ne frapperait-elle pas tous les yeux? On n'hésite pas à le penser, tel serait le tour de l'opinion, telle serait sa singulière énergie; un écrit imprudent défendrait plutôt son auteur d'une arrestation méritée d'ailleurs , qu'il ne l'exposerait à une arrestation injuste.
Mais toute cette garantie n'est-elle pas appuyée d'ailleurs sur la plus haute des garanties : l'existence de cette chambre, qui, soit par la nature de son institution , soit par les dispositions de ses membres , fera sans cesse de cette liberté des écrits et des personnes , le principal sujet de sa sollicitude ; qui, si des écrits ou des journaux se taisent, pourra parler; qui n'aura pas seulement la faculté de publication dans de simples écrits ; mais dans les journaux euxmêmes , quoique soumis au Gouvernement , comme le bon sens l'indique, comme le Rapporteur l'annonce, comme le commissaire du roi l'a encore ce matin expressément répété ? Car s'il pouvait exister l'ombre d'un doute sur ce droit imprescriptible de la Chambre, à faire insérer au moins dans le journal officiel , les opinions entières de ses membres, ce se-
go DISCOURS
rait le juste sujet d'un amendement à la loi. Nous devrions unanimement le proposer et l'adopter.
Objectera-t-on qu'au moins cette Chambre ne sera pas toujours assemblée? Mais n'est-ce pas assez qu'elle le soit la plus grande partie de cette année , pour que son image supplée à sa présence, pour que la crainte des reproches futurs contienne autant que les reproches présens?
Porterait-on l'inquiétude , comme l'ont fait deux préopinans, jusqu'à supposer qu'on pourrait, par une dissolution de la chambre, échapper à ses réclamations ?
Mais , sans m'arréter à faire sentir la chimère d'une telle prévoyance, que signifierait aujourd'hui une dissolution anti-nationale, avec une loi d'élection si profondément nationale , qui ne ferait que remplacer une assemblée populaire, par une assemblée plus populaire encore? Ne serait-ce pas le géant terrassé;, qui, touchant la terre dont il est né, se relèverait de son sein , avec ses forces vitales toutes régénérées et redoublées ?
Voilà les premières garanties contre les abus supposés du pouvoir.
Mais ces abus eux-rnémes ont-ils, pendant le cours de cette année, de la part d'un tel Gouvernement, l'ombre de probabilité ?
Il ne s'agit point ici de se confier dans de vagues dispositions morales.
H s'agit des bases les plus sûres qui puissent fon-