SUR «NE PROPOSITION DE M. LAISNÉ DE VILLEVEQUE
savez l'ombrageuse et singulière nature, qui, en même temps qu'il peut résister à l'aspect des plus grands embarras lorsqu'il en a mesuré l'étendue, s'effraie soudain , et disparaît devant l'inconnu, l'indéfini.... Or, voilà précisément le grave inconvénient de la mesure proposée; elle menace d'introduire au milieu de nos budgets un principe fotal d'indétermination, d'obscurité, par l'éveil qu'elle donne à toutes les espérances, avec toutes les inquiétudes; et je ne doute pas que sa seule adoption ne fût l)ientôt dans toutes les ramifications de ce crédit, un signal de resserrement et d'alarme. — Du côté de notre politique intérieure, dangers d'un autre genre : — malgré une tendance générale au repos, malgré les progrès de l'esprit public, qui peut méconnaître cependant que l'esprit de parti n'est pas éteint; que trop de préventions séparent encore les classes diverses; que la misère d'une portion du peuple la dispose trop souvent à l'amertume et l'aigreur ? Ne risquons-nous pas de fortifier encore une telle disposition par les nouveaux sacrifices qu'exigeraient ces nouvelles faveurs? Est-il sage de commettre ainsi les souvenirs de l'émigration avec les ressentimens de l'indigence? Est-ce là servir la patrie : est-ce servir les émigrés eux-mêmes? et tout ce qui les fera pour le moment oublier , tout ce qui achèvera l'intime réunion des esprits et des cœurs , ne leur ménage-t-il pas pour l'avenir de plus véritables ressources, que toutes ces partielles et indiscrètes tentatives?
:i38 DISC. SUR UNE PROPOS. DE M. L AISNE DE VILLEVÉQUE.
C'est ainsi, Messieurs , qu'au nom de la convenance comme au nom du droite tout s'accorde pour nous conseiller le rejet de la proposition qui nous occupe.
Et pour des motifs semblables , je voterais également le rejet, ou tout au moins l'ajournement, de l'autre proposition, quoique plus sagement limitée, faite par le collègue qui a ouvert la séance , si elle pouvait devenir l'objet de la délibération actuelle.
En repoussant ainsi publiquement. Messieurs, toutes ces demandes qu'ont inspirées les plus touchans motifs, en risquant d'affliger, peut-être de blesser nos cœurs, je sens vivement tout ce qu'un tel devoir a de pénible à remplir. Mais il m'a semblé qu'il était plus spécialement imposé à ceux d'entre nous qui ont, à toutes les époques, résisté aux excès de la révolution, qui ont non-seulement déploré, mais partagé les malheurs de l'émigration; que nul homme de bonne foi ne pourra soupçonner d'obéir ici à une autre impulsion qu'à la voix de la conscience, aune active sollicitude pour tous ces intérêts publics, dans lesquels sont aussi renfermés les premiers intérêts de cette classe si respectable et si malheureuse.
Je vote pour la question préalable.