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jours d'épouvante et de crime, éloignez-vous de tma pensée, et n'y laissez subsister que la gloire de ma ville natale! Un grand nombre de victimes, dévouées à une mort certaine, purent s'échapper. Camille Jordan se réfugia en Suisse, où il demeura six mois; delà, il passa en Angleterre, où il put étudier les ressources du gouvernement représentatif. Ce fut alors que le culte de la liberté qui, dans sa jeune imagination et dans son esprit sans expérience , n'avait été qu'un culte instinctif, devint pour lui le culte de la raison, mûrie par l'expérience et la méditation.
Après le 9 thermidor, les proscrits de Lyon rentrèrent successivement dans leiu's foyers.
Camille Jordan revint en France, en 1796. Il assista , à Grenoble , aux derniers momens de sa mère, cette femme forte qui fut si bien la digne mère d'un tel fils , comme il fut le digne fils d'une telle mère.
Au commencement de 1797, à peine âgé de 26 ans, il fut élu à Lyon pour le renouvellement du second cinquième du Conseil des Cinq -Cents. Vous vous rappelez , Messieurs , de quel éclat il brilla dans ces jours qui ressemblaient si bien à des jours de renaissance. Mais on était toujours sur le
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bord d'un abîme, et il fallait encore du courage pour faire cesser toutes les proscriptions , pour faire cesser la plus immorale de toutes, celle de la religion. Déjà Camille Jordan avait contribué à faire révoquer la déportation et les lois pénales contre les prêtres. Le rapport que , peu de temps après , il fit sur la police des cultes lui acquit une sorte de popularité immense, qui commençait à être de la célébrité. Tous ses écrits politiques sont tellement empreints du mouvement des esprits au moment où ils ont été faits, qu'il est impossible de les en séparer. Ce sont de vives improvisations inspirées toujours par une circonstance pressante et passagère. Ses discours sont de véritables actions. On retrouve dans celui dont nous nous occupons ici toute cette jeunesse de l'âme, toute cette véhémence d'un noble cœur qui s'indigne de l'injustice. Ce qu'il réclamait pour les cultes n'était autre chose que la liberté , le droit commun , l'exercice des devoirs les plus chers à l'homme. Il voulait que nul ne fût troublé dans l'asile intime de la conscience, que tous pussent manifester leur foi par la pratique extérieure de la religion. ïl ne demandait ni des privilèges, ni des prérogatives pour le clergé. Ah! les temps n'eussent pas été favorables à de telles prétentions. Les
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habitudes de la persécution ne se perdent pas tout-àcoup, et le triomphe de la vertu n'était encore qu'une capitulation que l'on discutait article par article, que même l'on discutait en frémissant. Le sarcasme et les plaisanteries n'épargnèrent pas le député homme de bien, en attendant qu'il fut l'objet d'injustes allégations et de persécutions ouvertes, ce qui ne tardera pas d'arriver.
Peu de temps après, la ville de Lyon fut solennellement accusée au sein des conseils , par le Directoire exécutif, qui aurait dû réprimer des désordres particuliers et empêcher des vengeances, au lieu d'appeler l'animadversion sur une cité dont les souffrances avaient été si grandes. Les réactions, il faut l'avouer, qui, dans cette ville malheureuse, furent si affreuses , se prolongèrent trop long-temps. Camille Jordan crut devoir réduire à sa juste valeur l'accusation du Directoire; peut-être alla-t-il trop loin dans sa défense , entraîné qu'il fut par la méfiance qu'il portait avec raison à l'autorité accusatrice. Nous ne discuterons point ici de tels faits qui eussent dû être éclaircis par une enquête impartiale. Lorsque je me serai investi de la fonction d'historien, je me ferai un devoir d'apprécier les témoignages d'après les documens du temps. Quoi qu'il en
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soit , j'adopte d'avance les motifs généreux qui animèrent notre loyal député. J'ai une telle confiance en la htiutèur de ses sentimens que je n'ai aucun doute à cet égard, et je pense, Messieurs, que je n'aurai nulle peine à vous faire partager toute ma sécurité.
Les orages étaient loin d'être apaisés. Les conseils législatifs sont menacés dans la liberté de leurs discussions. Des malintentionnés inondent Paris, une force militaire s'approche. Camille Jordan élève la voix pour signaler les symptômes graves qui donnent de justes alarmes. Il était temps, pour le pouvoir éphémère , à-la-fois faible et violent , du Directoire , de sortir d'une situation où l'avait placé son impéritie. Il frappe le coup d'état du i8 fructidor. Le règne des proscriptions et des mesures révolutionnaires recommence. Des Français qui étaient à peine revenus de l'exil sont obligés d'y retourner, pendant que d'autres Français dont le retour était prochain, voient leur cruel bannissement indéfiniment prolongé. Des députés fidèles s'ont chassés comme des séditieux. Camille Jordan ne pouvait manquer d'être inscrit sur la fatale e't honorable liste. Cependant il parvient à échapper à l'odieuse police du Directoire, et du moins il pourra choisir le lieu
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de son exil. Les dévorantes solitudes de Sinnamary ne l'engloutiront pas avec tant d'autres nobles victimes. M. Degérando, l'ancien ami de son enfance, j et M. Tabarié , parviennent à le soustraire à toutes les recherches. C'est du milieu de ces dangers , dans une retraite enveloppée de mystère, où il ne cessa de recevoir les soins de quelques amis , de mesdames de Grimaldy et de Sivry, que Camille Jordan écrit un premier avis à ses commettans. Il dévoilait tout ce que la révolution qui venait de s'opérer avait d'illégal et de menaçant pour la liberté. Toujours secondé par l'infatigable dévoûment de M. Degérando, de M. Tabarié , de madame de Sivry, il parvient à sortir de France. M. Degérando ne le laissera point partir seul ; cet ami généreux veut l'accompagner dans l'exil. Ils se rendirent l'un et l'autre à Baie, d'où Camille écrivit et publia sa protestation contre le i8 fructidor, philippique éloquente qui caractérise la calamité nouvelle dont la patrie venait d'être frappée et dont les suites devaient être si funestes. Les deux amis, qui reçurent alors, à si juste titre, les noms d'Oreste et de Pilade, allèrent ensuite en Souabe, àTubingen, à Weimar. Ç'est-là qu'ils acquirent des connaissances profondes dans la littérature allemande. La philosophie et la poésie y feront de riches