‹ Discours de combat (volume 4)Chapitre 13 sur 17 · Conférence faite à Lyon, le 24 novembre · texte numérisé non relu

Conférence faite à Lyon, le 24 novembre

2. A cette constatation, dont je croyais que les phrases qui suivent expliquaient assez l'optimisme relatif, quelqu'un m'a répondu par Bonaparte et la paix d'Amiens. Il est difficile de se faire comprendre!

que nous ayons de nous en plaindre, à plus d'un égard. La religion n'est pas proscrite, les églises ne sont pas fermées, ni le culte interdit... Mais la situation intellectuelle ne diffère pas beaucoup de ce qu'elle était alors. Aujourd'hui comme alors, dans les milieux « intellectuels », c'est la superstition d'une fausse science qui fait toujours le principal obstacle à la vérité de la religion. Aujourd'hui comme alors, et par les mômes moyens, c'est le même antagonisme que l'on s'efforce d'entretenir ou d'exaspérer, pour mieux dire, entre le progrès et le christianisme. Et, aujourd'hui comme alors, pour les mêmes motifs, ce sont bien les mêmes ennemis qui s'acharnent à la même œuvre de haine et de destruction. Je m'attends donc aussi qu'à vous parler des « motifs d'espérer », je vais provoquer les mêmes ironies. Mais je suis de ceux qui ne s'en soucient guère! L'ironie, qui ne tue personne, quoi qu'on en puisse dire, n'a jamais intimidé que ceux qui ne savent pas, à qui l'on n'a pas assez dit que l'ironie n'était le plus souvent qu'une forme de l'inintelligence. Un peu partout, — mais surtout en France, — nous commençons par nous moquer de ce que nous n'entendons pas; et Voltaire lui-même, cet homme de tant d'esprit, quand il ne comprend pas, c'est alors qu'il se tire d'affaire par une arlequinade. S'il comprenait, il essaierait de répondre, il discute-

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rait, — et c'est ce qu'il fait quand il comprend, — mais, au lieu de répondre, s'il fait de l'ironie, c'est qu'il n'a rien à dire. Son ironie n'est que le masque ou le déguisement de son impuissance. Il ne ricane que de ne pouvoir mieux faire ! Et voilà pourquoi, Messieurs, si l'ironie de Voltaire n'a jadis empêché d'être eux-mêmes ni Chateaubriand, ni Joseph de Maistre, ni le premier Lamennais, ce n'est sans doute pas celle du pharmacien Homais qui nous découragera de nos motifs d'espérer.

Nous ne nous laisserons pas davantage émouvoir ni détourner de nos espérances, par la violence des haines que nous sentons gronder autour de nous ; et, au contraire, nous y trouverons, j'y trouverais volontiers, pour ma part, un premier motif d'espérer. Gomment cela, me demanderez-vous? C'est que. Messieurs, si nous pouvions jamais douter de la solidité de notre cause, les assauts qu'on nous donne suffiraient à nous rassurer. On nous attaque, donc nous sommes ! et si nous n'existions pas, on nous laisserait assurément tranquilles! Condition de la vie, la lutte en est aussi la preuve. Et il est possible. Messieurs, que la paix nous fût plus agréable! Nous aspirons tous au repos. Mais le repos n'est pas de ce monde ; et, en réalité, quand la paix se fait autour de nous ou des idées qui nous furent chères, c'est le commencement de la mort. Ubi solitudineyn faciunt^ pacem

appellant. On ne se sentirait pas vivre, si Ton n'avait pas d'adversaires!

Ne nous effrayons donc ni du nombre ni de l'acharnement de ceux qui nous attaquent, et plutôt osons nous en féliciter! ils savent ce qu'ils font, et que nous sommes ce qu'on appelle « une force ». Leur fureur ne procède que de ce qu'ils ne peuvent ni nous mépriser, ni nous dédaigner, ni surtout nous ignorer. Nous nous imposons à eux, nous, notre nombre, nos doctrines, nos idées, le progrès qu'elles font tous les jours, la peur qu'ils ont de leur en voir faire davantage, notre confiance et nos espérances. Bien loin que ce soit leur colère, c'est leur indifférence qu'il nous faudrait redouter! Née dans les persécutions, grandie parmi les hérésies, consolidée par les controverses, ce serait si TEglise n'avait plus d'adversaires qu'il nous faudrait désespérer des promesses de son fondateur. Mais aussi longtemps que durera la lutte, elle vivra; et nous vivrons! nous vivrons de la seule vie qui soit digne d'être vécue : c'est celle qui se subordonne, qui se dépense, qui se sacrifie, s'il le faut, à des fins plus élevées qu'ellemême ! C'est, Messieurs, ce que je veux dire, en vous signalant, dans la violence même des haines qui nous assaillent, un premier motif d'espérer.

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Je dis : un premier, car, vous entendez bien qu'il y en a d'autres. Il y en a de moins généraux, de plus précis ; et, — quoi que de certains pessimistes en puissent dire, — nous n'avons en vérité, pour les apercevoir, ces motifs d'espérance, qu'à promener nos regards autour de nous. N'en est-ce pas un, que l'intérêt que nous voyons que l'on prend aux questions religieuses, l'ardeur de passion, Fâpreté même avec laquelle on les discute, l'importance qu'on est unanime à leur reconnaître dans l'histoire éternelle de l'humanité? J'en appelle aux hommes démon âge! On nous élevait, il y a trente-cinq ans, non pas précisément dans l'ifrr.orance, mais dans l'insouciance et dans l'incuriosité de ces sortes de questions^ Elles n'étaient

1. Je voudrais répondre, dans cette note, à ceux qui m'ont objecté qu'il y a trente-cinq ans, on apprenait le catéchisme (îans les écoles, et qui m'ont plaint là-dessus, très charitablement, d'avoir été bien mal élevé.

Si donc on essaie de distinguer les époques, plus soigneusement ou avec plus de précision que je ne le pouvais faire dans un discours dont ce n'était pas le principal objet, on s'apercevra, je crois, qu'après s'être posées comme « politiques » dans la première partie du dernier siècle — et notamment dans les écrits de Joseph de Maistre, de Bonald et de Lamennais, — les queslions religieuses ont surtout été traitées comme « historiques » dans la seconde, c'est-ù-dire de 1840 à 1875 ; et qu'enlla dans la troisième elles se sont posées comme « sociales ». Gela

pour nous, et pour nos maîtres, que des questions historiques, questions d'école, questions de cabinet, dont on se gardait bien de nous montrer le rapport avec la vie, et, au fait, si on ne nous le montrait pas, c'est probablement qu'on ne l'apercevait pas, on ne le soupçonnait pas, on l'avait oublié !

Que chacun dans sa foi cherche en paix la lumière !

Ce vers célèbre, — il est de Voltaire, dans ses Guèbres ou dans son Olyinpie^ — passait en ce temps-là pour le dernier mot de l'esprit critique et de la sagesse philosophique. Mais nous savons aujourd'hui l'importance de ces questions, et surtout nous en savons le rapport avec la vie. Nous savons qu'aucune croyance n'est indifférente ou

ne veut pas dire, on l'entend bien, que a question des «rapports de l'Eglise et de l'État », par exemple, ne soit toujours au premier chef et nécessairement une question politique ; et je ne prétends pas que la question des « rapports du quatrième Évangile avec les Synoptiques» ne continue d'être avant tout une question d'exégèse et d'histoire ; mais cela veut dire qu'au-delà de ces questions, et de quelque manière qu'on les décide, il y en a d'autres, auxquelles elles sont étroitement liées, qu'elles ne font en quelque façon q\ii7itrodinre, et qui tiennent elles-mêmes par toutes leurs racines à ce qu'il ya}de plus essentiel dans la constitution ou dans l'évolution des sociétés humaines. J'ai cité plus haut les paroles de D. F. Strauss : « C'est une prétention souvent exprimée par des théologiens de pensée libre, que de ne poursuivre dans leurs recherches qu'un intérêt purement historique » ; — et selon toute apparence, il songeait à Renan, — « 7nais, continue-t-il, je tiens cela pour impossible, et ne pourrais l'approuver, si Je le croyais possible. Quand on écrit sur les maîtres de Ninive ou sur les Pharaons

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étrangère à Faction. Nous le savons si bien que c'est môme un des points où se porte le plus vigoureux effort de nos adversaires quand, par exemple, nous les voyons chercher à la morale un autre fondement que celui de l'idée religieuse^. Eux et nous, tous ensemble, nous sentons qu'il

d'Egypte, on peut n'avoir qu'un intérêt historique , mais le ctiristianisme est une puissance tellement vivante, et la question de ses origines implique de si graves conséquences pour le présent le plus immédiat, qu'il faudrait plaindre rimbécillité des critiques qui ne porteraient à ces questions qu'un intérêt purement historique. » Si l'imbécilité de ces critiques a été celle de toute une génération, je considère comme un grand gain que l'on ose aujourdhui la nommer de son vrai nom! Historique ou politique, la pensée contemporaine s'est rendu compte qu'il n'y avait pas une question religieuse qui ne fût « fonction » d'une question sociale, ou réciproquement. Et, — puisque je la prenais pour exemple, — on ne saurait proposer une solution de la question des « rapports de l'Église et de l'État », qui n'implique une opinion sur la fonction de l'Eglise, et donc sur l'objet même de la religion.

Que si maintenant le courant est de ceux que Ton ne remonte point, et, depuis qu'on a commencé de la discerner, si l'on ne perdra sans doute plus de vue cette connexion ou cette solidarité de la question religieuse et de la question sociale, nous avons certes raison d'y voir un « motif d'espérer ». L'illusion dont s'était flatté le rationalisme ne consistait-elle pas effectivement à croire que la science, telle du moins qu'il l'entend, finirait par reléguer la religion au rang des impedimenta dont l'humanité devrait nécessairement s'alléger dans sa |marche vers le progrès ? Et voici qu'au contraire les besoins auxquels répond la religion nous apparaissent de jour en jour non seulement comme plus impérieux — ce qui pourrait n'être, après tout, qu'un effet des circonstances, — mais comme plus étroitement liés aux conditions mêmes du développement de l'humanité.

1. Les premiers des modernes qui aient entrepris de constituer une morale « purement laïque » sont Érasme et liabelais ; et il est bon de savoir qu'autant pour le moins qu'à l'autorité de l'Église, c'est à eux, et à 1' « amoralité » de leur morale nouvelle que se sont opposés un Luther et un Calvin. Voyez le Discours qui précède.

y va de toute la conduite. Et que cela, Messieurs, soit de nos jours universellement senti ; et qu'on le sente, ou qu'on le pressente vrai de l'avenir comme on le sait vrai du passé; et que les esprits les plus opposés se rencontrent, pour s'inqui'Jter également des « bases de la croyance » ou de la « crise de la foi », avons-nous tort d'y voir un motif d'espérer »?

Aurons-nous tort d'en voir un autre dans le progrès croissant du « calholicisme social »,et delà « démocratie chrétienne »? Si je conserve quelques doutes sur le légitime emploi de la première de ces deux expressions, — ne réussissant pas à comprendre, comme je ne saurais cesser de le dire, ce que ce serait qu'un « catholicisme » ou un « christianisme » qui ne serait pas « social », — nous avons le droit, vous le savez, Messieurs, d'user de la seconde, et je ne m'en fais donc plus aujourd'hui de scrupule'. Mais ici encore, si nous ne connaissions pas assez la nature de nos espérances, et si nous n'en avions pas mesuré la grandeur, ici encore, nous n'aurions, pour nous en rendre compte, qu'à écouter la clameur de nos adversaires. L'œuvre sociale de son pontificat, l'encyclique Remim novarmn^ tant d'allocutions et tant d'actes qui n'en sont que le commentaire,

\. Voj^ez plus haut les discours sur les Raisons actuelles de croire, et sur rÀciion catholique.

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tant de conséquences qui en sont résultées, voilà ce qu'ils ne pardonnent pas au pape Léon XIII, cela, Messieurs, et l'éclalant démenti donné par ces « directions nouvelles », à l'odieuse caricature qu'ils se sont complu si longtemps à tracer du catholicisme. Je n'insiste pas, je n'ai pas besoin d'insister. Les plus acharnés d'entre eux s'accordent à reconnaître que la force du christianisQie est, aujourd'hui, surtout <( sociale », et c'est la grande raison qu'ils donnent de leur acharnement contre lui. Nous avons donc, nous, trop beau jeu de montrer qu'à cet égard nos « motifs d'espérer » se tirent du même fond que leurs motifs de nous combattre. Si la vraie démocratie, la bonne, consiste et ne saurait sans doute consister en autre chose qu'en un constant et perpétuel effort des bonnes volontés vers une égalisation progressive des conditions des hommes, ils ont commencé de s'apercevoir que l'idéal futur ne s'en pourra jamais réaliser jamais que dans et par le christianisme. Peut-il y avoir pour nous de plus puissant « motif d'espérer » ? et que serait-ce, Messieurs, si, dans cette ville de Lyon, où ces « motifs d'espérer » se sont pour ainsi dire incarnés de nos jours en tant d'œuvres, je voulais en montrer toute la fécondité?

Mais il y a d'autres motifs encore, il y en a d'aussi puissants, et qui sont ceux que je voudrais

surtout essayer de développer aujourd'hui. Quand j'ai parlé, naguère, des Raisoîis actuelles de croire, j'ai cru devoir insister sur leur signification et leur portée sociales. Aujourd'hui, Messieurs, ce sont particulièrement les Motifs intellectuels cFespérer que je voudrais mettre en lumière. Il semble que, depuis quelque temps, on ait comme une tendance à les subordonner aux motifs sociaux, et, dans notre âge démocratique, cette tendance est naturelle : il ne faudrait pas qu'elle devînt exclusive! Ce seront toujours les idées qui gouverneront le monde! Ce sera toujours, en dernière analyse, la pensée qui déterminera la forme et la direction de l'action sociale, le caractère même et l'organisation des œuvres.

Le vrai Dieu, le Dieu fort est le Dieu des idées,

a dit un grand poète, et moins qu'à personne il nous est permis de l'oublier, nous, qui nous glorifions d'être le pays de Pascal, de Bossuet et de Malebranche. J'ajoute que, sur le terrain de l'action sociale, et même de la « solidarité », si nos adversaires sont comme obligés, en grinçant des dents, de reconnaître la supériorité du christianisme, c'est, au contraire, sur le terrain intellectuel et dans le domaine des idées, qu'ils affectent de se croire victorieux. Mais je crois qu'ils se trompent!

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Quelque légitime espérance que nous puissions mettre, et que moi-même je mette le premier dans l'action sociale du christianisme, je n'en mets pas une moindre, ni, je le crois, une moins justifiée, dans son avenir intellectuel. Je voudrais vous montrer que j'ai raison, que nous avons raison de l'y mettre, et, mieux que cela ! j'en voudrais arracher l'aveu à nos adversaires eux-mêmes.

Il nous suffira, pour y réussir, de changer à leur égard de tactique ou de méthode. Nous ne savons pas user d'eux : il faut apprendre à nous en servir ! Convaincus que nous sommes, et à bon droit, de la fausseté de leurs conclusions, nous les attaquons, nous les combattons, nous nous efforçons de les anéantir en bloc, pour ainsi parler, et, naturellement, Messieurs, nous n'y réussissons pas. Nous n'y réussissons pas, à cause qu'en ces matières surtout, il n'y a guère d'erreur où ne se mêle un peu de vérité. J'avoue tout de suite qu'en parlant ainsi, je songe particulièrement à deux hommes, dont on pensera d'ailleurstoutcequel'on voudra, mais dont nous ne ferons pas. Messieurs, ni nous ni personne, qu'ils n'aient renouvelé la pensée du XIX® siècle : Auguste Comte et Charles Darwin. Comme nous ne pouvons accepter ni le « monisme » ou r« évolutionisme » de l'un, ni le « positivisme » de l'autre en toutes leurs conclusions, nous condamnons, et si je l'ose dire, nous exorcisons, nous

excommunions le « positivisme » et 1' « évolutionisme », sans y regarder de plus près. Nous ne détachons pas leurs conclusions de leurs prémisses. Nous faisons à leurs adeptes cet insigne honneur de croire qu'ils ont toujours parfaitement raisonné. Je crains, Messieurs, que ce ne soit de notre part une grande maladresse !

Il y a du hon dans le positivisme et dans l'évolutionisme ; il doit y en avoir; il ne se peut pas. Messieurs, qu'il n'y en ait pas ! La théologie classique n'a pas regardé à reprendre son bien môme chez les hérétiques, dans un Origène ou dans un TertuUien, et chez les païens, dans Aristote et dans Platon. Pourquoi l'apologétique serait elle aujourd'hui plus étroite ou plus dédaigneuse? Je me rappelle un mot du grand Frédéric sur Voltaire, qu'on s'étonnait qu'il comblât de tant d'honneurs et de tant de faveurs : « C'est un scélérat, disait-il, mais je veux apprendre son français» ; et, en effet, il l'apprit. A Dieu ne plaise. Messieurs, que je traite Auguste Comte ou Darwin avec cette liberté de langage ! Le privilège n'en appartient qu'à des princes, ou, du moins, ils sont les seuls qui se l'osent attribuer : les princes et les journalistes ! Mais vous entendez ce que je veux dire. Apprenons, nous aussi, le (( français » de nos adversaires ! Etudions-les loyalement, avec précautions, mais sans parti pris,

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OU plutôt, avec le parti pris de chercher, non le faihio, mais le fort de leur doctrine. Rappelons-nous le début militaire du Sermon sur la Providcjice, et « bâtissons les forteresses de Jada des débris et des ruines de celles de Samarie^». Tournons contre eux les dispositions qu'ils ont prises contre nous. Ou encore, et puisque d'un système, il n'y a jamais que les morceaux qui soient bons, ramassons-les, Messieurs, je le dis

4. Je reproduis ici ce début tout entier : premièrement, parce que j'aime toujours à citer du Bossuet ; et puis, comme je le dis plus loin, parce que je ne saurais invoquer d'autorité plus éloquente à l'abri de laquelle je puisse mettre la thèse de tout ce discours :

« Nous lisons dans l'histoire sainte que le roi de Samarie ayant voulu bâtir une place forte qui tenait en crainte et en alarme toutes les places duroi de Judée, ce prince assembla son peuple, et (it un tel etfort contre l'ennemi que non seulement il ruina cette forteresse, mais qu'il en fit servir les matériaux pour construire deux grands chàteauxpar lesquels il fortifia sa frontière. Je médite aujourd'hui, Messieurs, de faire quelque chose de semblable, et dans cet exercice pacifique jemepropose l'exemple de cette entreprise militaire. Les libertins déclarent la guerre à la Providence divine, et ils ne trouvent rien de plus fort contre elle que la distribution des biens et des maux, qui paraît injuste, singulière sans aucune distinction entre les bons et les méchants. C'est là que les impies se retranchent comme dans leur forteresse imprenable, c'est de là qu'ils jettent hardiment leurs traits contre la Sagesse qui régit le monde, se persuadant que le désordre apparent des choses humaines rend témoignagne contre elle. Assemblons-nous, chrétiens, pour combattre ces ennemis du Dieu vivant ; renversons les remparts superbes de ces nouveaux Samaritains. Non contents de leur faire voir que cette inégale dispensation des biens et des maux du monde ne nuit eu rien à la Providence, montrons au contraire qu'elle établit; prouvons par le désordre même qu'il y a un ordre supérieur qui ramène tout à soi par une loi immuable ; et bâtissons les forteresses de Juda des débris et des ruines de celles de Samarie. »

sans nulle vanité, et faisons-les servir à Tédification ou à la restauration de la vérité.

Quand je dis, Messieurs, qu'il y a du bon dans le positivisme, je l'entends donc du vrai positivisme, celui qui n'a pas été rétréci, mutilé, travesti par cet excellent lexicographe et pauvre philosophe de Littré*. Gomment d'ailleurs n'y en aurait-il pas, si l'auteur des Soirées de Sainte Péterslwiirg et du livre Du Pape ^ Joseph deMaistre, n'a pas moins contribué que l'auteur du Tableau des progrès de Vesprit humain^ Gondorcet, à la

\. Les journalistes sont admirables! J'en sais un qui m'a reproché d'avoir « grossièrement injurié Littré », pour l'avoir traité « d'excellent lexicographe et de pauvre philosophe » ! Ce doit être le même qui m'accuse d'avoir «blasphémé» quand j'ai dit que la chimie, même organique, ne me semblait avoir qu'un droit douteux à revendiquer la direction morale de l'humanité. Sed nos vera rerum amisimus vocabula! Les journalistes connaissent tous les mots de la langue, et ils n'ignorent que l'art de s'en servir. Ils en connaissent aussi qui ne sont pas de la langue, ou du moins de la langue des honnêtes gens, et ce sont ceux dont ils usent de préférence dans les polémiques. Par exemple, ils feignent de s'étonner que l'on ose traiter Littré de « pauvre philosophe », ce qui prouve bien qu'ils ne l'ont jamais lu, mais en s'en étonnant ils vous traitent vous-même de « cuistre », et cela fait le compte, ainsi qu'ils disent en leur jargon d'estaminet. Existe-t-il un pays au monde où une certaine presse fasse une plus grande consommation de grossièretés et d'injures qu'en t'rance?

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formation de la pensée d'Auguste Comte? Et, au fait, pour ne rappeler que ce seul point, peu d'historiens ont mieux caractérisé qu'Auguste Comte, vous le savez, à la suite et sur les traces de Joseph de Maistre, le rôle de la Papauté au moyen âge, ou les conséquences toujours irréparées de la Réforme du xvi^ siècle M

Voici encore, d'Auguste Comte, une page sur la prière : « Une grossière appréciation représente aujourd'hui cet usage religieux comme inséparable des intérêts chimériques qui l'inspirèrent aux premiers hommes. Mais la systématisation catholique tendit toujours à l'en dégager... Depuis

1, Les déclarations d'Auguste Comte sont formelles à cet égard, et il suffira d'en rappeler une seule, qu'on trouve dans la préface de son Catéchisme. Il vient de répudier énergiquement toute parenté philosophique « avec les débris arriérés des sectes superstitieuses et immorales émanées de Voltaire et de Rousseau» et il continue : « Sous l'aspect politique, Gondorcetdut être pour moi complété par de Maistre, dont je m' appropriai dès mon début tous les principes essentiels^ qui ne sont plus appréciés maintenant que dans l'École positive. »

Je pose là-dessus trois questions à mes contradicteurs :

1° Puisque Auguste Comte déclare s'être « approprié » les « principes essentiels » de J. de Maistre, nous étonnerons-nous qu'on puisse reconnaître dans le positivisme des traces de cette appropriation?

1° En devenant positivistes, ces principes ont-ils cessé pour cela d'être catholiques, et n'avons-nous pas le droit de les reprendre, nous, dans le positivisme?

3° Si le positivisme a pu faire son profit des principes de J. de Maistre, pourquoi ne ferions-nous pas le nôtre, à notre tour, des principes du positivisme, en tant qu'ils contiennent, qu'ils développent, et qu'au besoin ils fortifient ceux de l'auteur Du Pape et des Soirées de Saint-Pétersbourg?

saint Augustin, toutes les âmes pures ont senti... que prier peut n'être pas demander. A mesure que prévaudra la vraie théorie de la nature humaine, on concevra mieux cette haute fonction... et, dans l'état normal de l'humanité, la prière, purifiée de tout calcul personnel, deviendra, selon sa vraie destination morale, une solennelle effusion, Individuelle ou collective, des sentiments généreux, toujours liés aux vues générales. Le positivisme en prescrira la pratique journalière comme propre à combattre les impulsions égoïstes et les idées étroites qu'inspire ordinairement la vie active i. » Et, à la vérité, j'ai dû. Messieurs, en citant ces lignes, supprimer quelques membres de phrase, et je ne saurais omettre de dire que, dans le texte du philosophe, elles sont précédées et suivies de considérations bien étranges! Mais précisément, c'est ce que j'espère, et c'est ce que je vous propose : dans ce grand et massif édifice de la Philosophie positive^ '\\ y d, lieu de faire un choix de matériaux. Faisons-le ! Distinguons et séparons. N'hésitons pas à nous approprier ce qui peut nous en servir. Mettons-y hardiment notre marque. La vérité est à tout le monde, et s'il arrive que nos adversaires l'aient éloquemment exprimée, ne la repoussons, ni ne la dédaignons,

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