‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 10 sur 459 · LES SOURCES XIX · texte numérisé non relu

LES SOURCES XIX

le Catalogue des Factums, de Corda, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir.

Peut-être le hasard amènera- t-il un jour la découverte de requêtes ou plaidoiries actuellement inconnues; je doute d'ailleurs qu'elles soient extrêmement importantes. Le stagiaire pouvait plaider et donner des consultations, mais il devait surtout suivre les audiences et se former à l'école des « maîtres » célèbres. Rousselin de Saint- Albin nous affirme que Danton plaida et nous devons l'en croire. Son témoignage, relativement précis, est unique et mérite d'être rapporté. « Danton, dit-il, s'essaya au barreau de la capitale pendant quelque temps. Chargé d'une affaire, entre autres, pour un berger contre le seigneur de son village, il eut l'occasion de produire en cette circonstance quelques-uns des sentiments qu'il devait plus tard développer davantage sur an grand théâtre. Il réclama avec autant de vigueur que d'adresse les principes de l'égalité devant la loi. Il gagna sa cause devant la cour de parlement qui, comme on se le rappelle, n'était alors composée que de nobles et de privilégiés. Nous ne sommes encore qu'en 1785. Le factum de Danton fut imprimé : il était concis, substantiel, énergique, nous n'avons pu en retrouver la trace. — Cette première lutte soutenue par Danton fit sensation au palais et valut au jeune avocat des témoignages d'estime de Gerbier, Debonnière, Hardouin, et de toutes les sommités du barreau de cette époque. Linguet qui se connaissait en style, et qui... était de Reims, lui adressa à ce sujet de vifs encouragements. » Ces quelques lignes contiennent tout ce que nous savons sur le passage de Danton au barreau parisien.

Les Conseils du Roi. — « Par acte fait et passé à Paris en l'étude de M^ Dosfant, l'an mil sept cent quatre-vingt-

XX INTRODUCTION

sept, le vingt-neuf mars après midi », Danton acheta à M® Huet de Paisy son état et office héréditaire d'avocat es conseils du Roi (1). Le 12 juin on lui délivra ses provisions (2). Le 11 octobre 1791 sa charge fut définitivement liquidée. — De quelles causes a-t-il été chargé pendant ces quatre ans ?

Courtois, commandant la garde nationale d'Arcis-sur- Aube, écrivait le 20 août 1791 à, V Orateur du Peuple :« Si je voulais rendre ici compte des ressources de Danton et confondre d'un mot ses adversaires, je pourrais citer une foule de procès oubliés dans la poussière des bureaux de l'ancien régime, dont son zèle et son activité ont hâté la solution, et qui n'ont pas peu contribué à le tirer de la médiocrité dans laquelle on voudrait le voir rentrer. Je prouverais qu'il existe dans son cabinet, au moment même où je parle, pour douze millions et plus d'affaires, depuis longtemps en souffrance, que sa réputation intacte et son talent connu lui ont procurées... » (3) Cependant la légende de Danton avocat sans causes, lancée par îvlrae Roland et précieusement recueillie par tous les adversaires de la Révolution parce qu'elle permettait de mieux prouver la vénalité du tribun, cette légende vit encore.

En 1881, un avocat à la Cour de cassation, M. Bos, publiait une étude sur l'ancien régime judiciaire de la France : Les Avocats au Conseil du Roi (4). Naturellement amené à s'occuper de Danton, il n'avait constaté son intervention que dans trois affaires du Conseil des parties (5), et, tout

(i) Ce traité d'office a été publié par M. Robinet, Danton, Mémoire sur sa vie privée, p. 218, 3^ éd..

(2) Arch. Nat.,Vï 529. Publié dans La Révolution Française, t. XLI, p. 270.

(3) Orateur du Peuple, t. VII, p. 348. Bibl. Nat., LC2/390.

(4) E. Bos, Les Avocats au Conseil du Roi, Paris, 1881, in-S".

(5) L'affaire du prince de Montbarey, celles de Benjamin Dubois, et de Jacques Amelineau. (Cf. pp. 52, 37, et 26.)

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