CONTRE SIEYÈS ET LE SYSTÈME DES DEUX CHAMBRES
D'après le Journal des Jacobins.
(Club des Jacobins, lundi 20 juin 1791.)
[On discute, depuis la séance précédente, un « écrit de M. Sieyès, intitulé : « Déclaration proposée par l'abbé Sieyès
...quandM. Danton escalade la tribune et s'écrie d'une voix de stentor: Air : Chantez, dansez, amusez-vous.
Messieurs, ne vous en allez pas, Votre présence est nécessaire.
Je vais vous exposer un cas Qui sans doute pourra vous plaire.
Vous allez tous vous trémousser Car j'ai quelqu'un à dénoncer...
A ces mots si doux, succède un respectueux silence; les Jacobins se remettent en place, et le dénonçant, encouragé par ce premier succès, poursuit ainsi :
Air : On compterait les diamants.
Celui que je dénonce ici
Est un colon antimulâtre.
Enfin c'est Monsieur de Gouy
Qui nous parle en roi de théâtre :
Nul mieux que lui n'a mérité
Nos mépris et notre colère :
Il est coupable en vérité
D' aristocratie insulaire.
(C'est l'expression dont le sieur Danton s'est servi dans cette séance mémorable. J'attends avec impatience que ce grave personnage me fasse connaître la différence qui existe entre une aristocratie insulaire et une aristocratie de terre ferme.)
Je demande, continue M. Danton, que M. de Gouy, grand apologiste de l'esclavage des nègres, soit chassé d'une Société de vrais patriotes, de philanthropes, de négrophiles. » — Nous avons voulu donner, à titre d'exemple, le compte rendu d'un discours de Danton par les Sabbats Jacobites.
Le no 14 du Babillard (18 juin 1791), p. 7 donne l'indication suivante : « On a affiché des placards ayant pour titre A vis aux âmes sensibles et
aiix patriotes des 83 départements »{1), qui « insiste particulièrement sur l'acceptation de deux chambres dans la législature ». — Le lundi, Sieyès n'assistant pasàla séance, Anthoine demande que la discussion soit reportée au mercredi suivant, et que l'auteur de la Déclaration soit invité à y prendre part. — Danton s'y oppose.]
Danton. — Je ne parle pas sur le fond de la discussion. Mais je vous observe que chez un peuple qui devient vraiment grand, il ne doit plus être question de ces égards pour de prétendus grands hommes.
On a dénoncé un écrit que M. Sieyès mettait en avant, et qu'il mettait en avant d'une manière si insidieuse qu'il semblait lui-même avoir la conscience du peu d'assentiment qu'aurait cette démarche.
M. l'abbé Sieyès ne devait pas douter que cet objet, venant à notre connaissance, serait discuté dans cette Société. Il eût peut-être été de son devoir de consulter l'opinion de l'assemblée sur sa démarche, avant de la risquer. Mais nous sommes accoutumés à ne pas voir M. Sieyès.
Je demande donc qu'on suive la discussion qui est à l'ordre du jour, et je vous prierai, M. le Président, de vouloir bien m'inscrire pour la parole, à mon rang.
[Une longue discussion s'engage. — Botidoux explique à l'assemblée pourquoi il a signé la déclaration de Sieyès.]
Danton. — J'ai demandé la parole pour vous donner connaissance de faits importants relatifs à cette déclaration.
GoRGUEREAU. — J'ai demandé, pour la même chose, la parole avant vous; je la réclame.
vertueuses, signés Danton. On sollicite des secours d'argent en faveur des Avignonnais dont les campagnes ont été dévastées par l'armée des brigands et celle des aristocrates. Le sieur Danton recevra l'argent et le sieur Girardin les souscriptions. » Je n'ai pas retrouvé l'Avis dont parle le journal avec une intention satirique évidente.
(i) Le texte en est donné et apprécié par les Révolutions de Paris, no 102, p. 554.