‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 101 sur 459 · CONTRE SIEYES ET LE SYSTÈME DES DEUX CHAMBRES · texte numérisé non relu

CONTRE SIEYES ET LE SYSTÈME DES DEUX CHAMBRES

Danton. — Soit; mais je l'aurai aussi, et je dirai tout, malgré vous.

[La séance continue, Gorguereau parle.]

Danton. — Depuis longtemps, ma vie appartient aux poignards des ennemis de la liberté. Sous quelques masques qu'ils se présentent, je ne les redoute pas davantage que je n'ai craint les armes du Châtelet (1).

Le prêtre Sieyès qui a défendu la dîme, le prêtre Sieyès qui ne voulait pas que les biens du clergé fussent déclarés nationaux, le prêtre Sieyès qui a fait un projet de loi pour modérer la liberté de la presse, n'est pas le seul auteur de la déclaration qu'on vous a fait connaître.

Il y a un an qu'un homme, sur lequel je m'expliquerai aussi hardiment, M. de La Fayette, établit des conférences avec ceux qu'il regardait comme les plus exaltés du parti populaire. Je fus admis à ces conseils, et là, M. de La Fayette déploya la même opinion qui est répandue dans cet écrit. Il me faisait observer alors que moi, qui avais déployé toute mon ardeur pour la cause de la liberté, j'étais banni des places par une espèce d'ostracisme des sections, tandis que M. Bailly avait été réélu (2). Il pensait encore qu'il lasserait bientôt les Amis de la Constitution. Je lui répondis que le peuple, d'un seul mouvement, balayerait ses ennemis quand il le voudrait.

Dans une de ces conférences où l'on croyait attiédir les patriotes, on me disait : « Ne serait-il pas possible que, vers la fin de la Constitution, sans rappeler le système de M. Mounier, on représentât quelque chose d'équivalent (3) ?» — On a bien cherché cet équivalent, on l'a bien fait mûrir, on a décrié les sociétés amies de la Constitution et on a reproduit

(i) Allusion à ses démêlés avec le Châtelet à propos de l'affaire Marat. Cf. Aulard, Etudes et leçons, IV^ série, et supra, pp. 41-46.

(2) Bailly fut réélu maire de Paris le 2 août 1790 par 12550 suffrages sur 14010 votants. Danton, qui, d'ailleurs, n'était pas candidat, n'obtint que 49 voix. Cf. Rev. de Fr. et de Brabant, r\P 44, Journ. de la Mun. et des sections, t. II, n» 125, p. 1057.

(3) Cf. infra. le discours n» 45, p. 105.

JARDIN DES TUILERIES, 21 JUIN I79I lOI

enfin cette équivalence sous les auspices d'une réputation factice et à l'aide de quelques hommes qui ont eu l'infamie expresse de se servir de fausses signatures.

Et c'est ce même homme tant prôné qui, déserteur de cette Société, est l'auteur de ce projet, dans un temps de régénération, où tout homme qui cherche à morceler un établissement utile à la liberté est un traître !

Ils espèrent rester nobles en dépit de l'horreur que la noblesse inspire à toute la France. — Ils veulent les deux chambres.

Mais non. Il y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action, et la pièce restera. Mais quoique votre ennemi soit plus qu'à demi battu, puisque sa trame est découverte, ne vous endormez pas dans une fausse sécurité. — Songez que vous avez affaire au prêtre Sieyès.

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