DISCOURS D INSTALLATION
serve la royauté sans la craindre, et l'a épurée sans la haïr. Que la royauté respecte un peuple, dans lequel de longues oppressions n'ont point détruit le penchant à être confiant, et souvent trop confiant; qu'elle livre elle-même à la vengeance des lois tous les conspirateurs sans exception, et tous ces valets de conspirations qui se font donner par les rois des acomptes sur des contre-révolutions chimériques, auxquelles ils veulent ensuite reciuter, si je puis ainsi parler, des partisans à crédit. Que la royauté se montre sincèrement enfin l'amie de la liberté, sa souveraine; alors elle s'assurera une durée pareille à celle de la Nation elle-même; alors on verra que les citoyens qui ne sont accusés d'être au delà de la Constitution, que par ceux même qui sont évidemment en deçà, que ces citoyens, quelle que soit leur théorie abstraite sur la liberté, ne cherchent point à rompre le pacte social, qu'ils ne veulent pas, pour un mieux idéal, renverser un ordre de choses fondé sur l'égalité, la justice et la liberté. — Oui, Messieurs, je dois le répéter : quelles qu'aient été mes opinions individuelles lors de la révision de la Constitution, sur les choses et sur les hommes, maintenant qu'elle est jurée, j'appellerais à grands cris la mort sur le premier qui lèverait un bras sacrilège pour l'attaquer, fût-ce mon frère, mon ami, fût-ce mon propre fils; tels sont mes sentiments. i
La volonté générale du peuple français manifestée aussi solennellement que son adhésion à la Constitution sera toujours ma loi suprême. J'ai consacré ma vie tout entière à ce peuple, qu'on n'attaquera plus, qu'on ne trahira plus impunément, et qui purgera bientôt la terre de tous ses tyrans, s'ils ne renoncent pas à la ligue qu'ils ont formée contre lui. Je périrai, s'il le faut, pour défendre sa cause; lui seul aura mes derniers vœux; lui seul les mérite; ses lumières et son courage l'ont tiré de l'abjection du néant; ses lumières et son courage le rendront éternel ! (1)
(i) Le Thermomètre du Jour dit dans son numéro du 24 janvier: « Vendredi dernier, M. Danton, comme nous l'avons annoncé, a été installé dans la place de substitut du procureur delà Commune. Il a prononcé un discours qui a été interrompu à chaque phrase par les plus vifs applaudissements. Lorsqu'avec le ton mâle et l'organe foudroyant