CONTRE LE PROJET DE DONNER UNE GARDE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
D'après le Journal des Jacobins.
(Club des Jacobins, mercredi 26 janvier 1792.)
[Hion (1) propose d'inviter l'Assemblée nationale à envoyer les bataillons de Paris aux frontières ou dans les départements et à les remplacer par les gardes-françaises et les soldats de la Révolution. — Doppet (2) demande que puisque le Roi travaille à se former une maison militaire, les représentants aient la leur, composée de ces dernières troupes.]
Danton. — Messieurs, le régiment des gardes-françaises s*est couvert d'une gloire immortelle. Si nous n'eussions pas mis à la tête des gardes-nationales un courtisan dès les premiers jours de la Révolution (3)...
J'ai combattu de toutes mes forces le projet perfide de la dissolution des gardes-françaises et je crois à cet égard, pouvoir invoquer le suffrage de beaucoup de citoyens qui m'entendent.
Malgré le désir que nous avons de les voir récompenser, nous ne devons cependant pas, dans l'enthousiasme, oublier les principes.
Quel est le résultat de ce qu'on vous propose? — C'est de donner une garde particulière à l'Assemblée nationale. Quels furent les gardes-françaises? Ils gardèrent la Nation entière, et la gardèrent bien; et, parce que le pouvoir exécutif a su gagner un décret qui lui assure des gardes, tandis
(i) Probablement Louis-Nicolas Hion, président de l'assemblée primaire de la section du Palais-Royal.
(2) Doppet, médecin, lieutenant-colonel de la légion des Allobroges.
(3) Phrase inachevée dans le texte du compte-rendu.
136 SUR l'union de la force armée
qu'il ne devait avoir que des valets, parce que le pouvoir exécutif a su acheter ce décret dans la décrépitude du corps constituant, devons-nous, nous Français, hommes libres, qui devons plutôt penser au salut public qu'à aucun avantage particulier, devons-nous adopter de pareilles mesures?
Je suis surpris que cette Société s'égare au point de désirer une garde particulière pour l'Assemblée nationale; il viendra un temps où les baïonnettes n'éblouiront pas les yeux des citoyens : car. Messieurs, en parcourant l'Angleterre, on ne voit des baïonnettes que dans le lieu qu'habite le pouvoir exécutif de ce pays.
Voilà ce que peut la liberté : c'est que tout citoyen puisse commander sans armes au nom de la loi; voilà le terme de la liberté.
L'Assemblée nationale ne peut pas avoir une garde particulière; il ne doit entrer dans l'Assemblée nationale aucun corps aimé excepté dans des circonstances de nécessité.
Mais, Messieurs, il faut nous renfermer dans la proposition de M. Hion; il faut que les citoyens fassent une insurrection d'opinion en faveur des gardes-françaises, il faut qu'ils soient rappelés au centre des bataillons.
Leur vœu et le vôtre seront remplis, ils appartiendront à la Nation entière, ce qui vaut mieux que d'appartenir à ses représentants.