A PROPOS DES FÉDÉRÉS
D'après le Journal des Jacobins.
(Club des Jacobins, vendredi 13' juillet 1792.)
[Anthoine (1) propose à la discussion les questions suivantes : Où les fédérés se rassembleront-ils? Doivent-ils se rendre au Champ de la Fédération ? Quel serment prêteront-ils ? — Il dira aux fédérés qu'il faut empêcher aucun La Fayette de se rencontrer jamais. — Lasource s'étonne que l'on pose des questions déjà résolues par décret.]
M. Danton. — M. Lasource n'a pas saisi la discussion, car il est question de décider, dans ce moment, ce que peuvent faire les fédérés pour la salut de la patrie, et s'ils ne peuvent pas faire un serment supplémentaire.
Le danger de la patrie a appelé ici nos frères d'armes des départements; ils peuvent donc examiner ce qu'ils croient le plus propre à sauver la chose publique.
(i) François-Paul-Nicolas Anthoine, ancien député de Sarreguemines à l'Assemblée Constituante, élu quatrième juge suppléant du tribunal du 3^ arrondissement. Cf. Et. Charavay, Assemblée électorale de Paris, 26 août 1791-12 août 1792, p. 453.
152 A PROPOS DES FEDERES
Et, je le demande au constitutionnel le plus serré, ne puis-je pas dire ce que j'ai dit vingt fois : peuple, on vous abuse, jamais on ne compose avec les tyrans ! — En exprimant cette pensée, j'use du droit de tout homme libre d'énoncer son opinion. — Eh bien, si les fédérés l'avaient aussi, cette opinion ; s'ils disaient ce que pense toute la France, que le danger de la patrie ne vient que du pouvoir exécutif, qui leur ôterait donc le droit d'examinei cette question ?
M. Servan a déclaré lui-même à l'Assemblée nationale que, si le peuple entier ne se levait pas, c'en était fait de la liberté. — Comment voulez-vous qu'avec cette grande idée devant les yeux, des patriotes qui pensent un peu chaudement ne se disent pas : « Nous ne sommes pas venus ici pour marcher en ordre de bataille, offrir le coup d'œil d'une pompe gueriière, et, si nous avons apporté notre vie pour la sacrifier à notre patrie, nous avons encore plus apporté notre pensée, et nous jurons de ne quitter Paris que lorsque la liberté sera fermement établie. »
S'il existait une loi qui pût réprimer un tel élan, il faudrait l'abroger. Mais heureusement elle n'existe pas. Il faut donc que la présence de nos frères des départements éternise le règne de la liberté, ou que la liberté soit perdue. La Nation compte sur eux; il faut qu'ils jurent de ne se séparer que lorsque les traîtres seront punis par la loi, ou auront passé à l'étranger.
Il existe dans la Constitution un moyen d'exprimer, d'obtenir le vœu national, et le droit de pétition n'a pas été enseveli dans le Champ-de-Mars avec les cadavres de ceux qu'on y a immolés (1).
Qu'on présente donc, sur le sort du pouvoir exécutif, une pétition, et, quand la volonté souveraine sera ainsi mathématiquement démontrée, quel sera le constitutionnel qui voudra y opposer ses froids raisonnements ?
Je demande donc que, jusqu'à cette époque, on se conforme en tout à la loi; que les fédérés ajoutent au serment
(i) Lors de l'application de la loi martiale par La Fayette et Bailly, le 17 juillet 1791.