DANTON PRÊTE SERMENT
D'après le Moniteur.
(Assemblée législative, vendredi 11 août 1792.)
[Élu ministre de la justice, Danton prête à l'Assemblée législative le serment d'usage.]
Danton. — Citoyens, la nation française lasse du despotisme, avait fait une révolution. Mais trop généreuse, elle a transigé avec les tyrans. L'expérience lui a prouvé qu'il n'est aucun retour à espérer des anciens oppresseurs du peuple. Elle va rentrer dans ses droits.
Mais dans tous les temps, et surtout dans les débats particuliers, là où commence l'action de la justice, là doivent cesser les veageances populaires.
Je prends, devant l'Assemblée nationale, l'engagement de protéger les hommes qui sont dans son enceinte; je marcherai à leur tête, et je réponds d'eux. (On applaudit.) (1).
(i) /. des Débats : « {Vifs applaudissements). »
D'après le Recueil des circulaires du Ministère de la justice (2).
Paris, le dimanche 19 août 1792 (3).
[Ministre de la justice depuis une semaine, Danton annonce olïiciellement aux tribunaux et à la France la révolution du 10 août.]
La cour avait renoué ses trames; un vaste complot vient d'éclater dans le château des Tuileries, et d'avorter au moment même de son éruption, étouffé par le courage des fédérés des 83 départements et des 48 sections de la capitale. Après un combat sanglant, le despotisme et l'aristocratie ont été forcés dans leurs derniers retranchements; le palais de Louis XVI a été emporté d'assaut. Les bandes des chevaliers du poignard et le régiment des gardes-suisses sont détruits. Dans les secrétaires, les portefeuilles, les archives du château, il s'est trouvé une foule de preuves de la plus infâme perfidie et des plus noirs complots. Enfin tous les crimes sont découverts, prouvés matériellement et juridiquement. L'insurrection à jamais mémorable du 10 août, cette insurrection sainte et mille fois heureuse, a levé tous les masques, a dessillé tous les yeux (4). Aujourd'hui, il n'y a plus de partage d'opinion dans la capitale; demain il n'y en aura plus dans l'empire.
(i) La circulaire était adressée à « MM. les Juges et Commissaire national du Tribunal du district de... » Elle fut imprimée chez Gorsas, imprimeur du département de la justice; rue Tiquetonne, n» 7.
(2) Archives du ministère. On trouve ailleurs des exemplaires de cette circulaire. Bibl. nat., Lb ^s/ioSiy; Bibl. de la Ville de Paris, 31246.
(3) « L'an 4^ de la liberté et de l'égalité le i^^". »
(4) Cf. sur la journée du 10 août, Ph. Sagnac, La Révolution du 10 août 1792, La Chute de la Royauté, Paris, in-i6, 1909.