PARIS, LE 19 AOUT I792 I
Déjà le commandant-général (1), et nombre de traîtres également convaincus, fugitifs avouant tout, saisis les mains pleines de preuves accablantes de leur scélératesse, ont payé la trahison, de leurs têtes. Les presses contre-révolutionnaires qui, du sein de Paris, ont vomi dans l'empire tant de calomnies et de libelles, sont consumées, et leurs caractères dispersés et jetés au vent. Une commission provisoire des 48 sections a remplacé le Conseil général de la commune. L'insurrection a eu sa municipalité, et l'Assemblée nationale a sanctionné au milieu des applaudissements ce supplément devenu si nécessaire de la révolution du 14 juillet. Les juges de paix, le département, les ministres sont destitués. Le Roi est suspendu (2); Louis XVI est en otage à la Tour du Temple.
Le peuple français a nommé de nouveaux ministres par l'organe de ses représentants. Dans le danger de la patrie, je n'ai pu refuser de leurs mains les sceaux de la Nation et un ministère qui, auparavant offert par un roi parjure et profondément dissimulé, et confié par lui, une fois seulement, à des patriotes à qui il l'avait bientôt retiré (3), commençait à n'être plus, pour ceux qui l'acceptaient, qu'une note d'infamie, et le signe le plus certain auquel la Nation pût reconnaître un ennemi et un contre-révolutionnaire.
Dans une place où j'arrive par le suffrage glorieux de la Nation, où j'entre par la brèche du château des Tuileries, et lorsque le canon est devenu aussi la dernière raison du peuple, vous me trouverez constamment et invariablement le même président de cette section du Théâtre-Français
(i) Mandat, commandant de la garde-nationale parisienne, tué sur les marches de l'Hôtel de Ville dans la nuit du g au lo août au moment où on le conduisait à l'Abbaye.
(2) Décret rendu sur la proposition de Thuriot dans la séance du 10 août. La suspension provisoire avait été prononcée dès le 10 août sur la
proposition de Vergniaud. Cf. Décret..., prononçant la suspension de Louis XVI, Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, t. XVII, p. 18, et Musée des Archives nationales, n» 1289. Loi relative à la suspension du pouvoir exécutif, donnée à Paris, le 10 août 1792. Arch.-nat., Coll. Rondonneau, AD. I, 102.
(3) Allusion au renvoi des ministres : Roland, Servan, Clavière, le 13 juin 1792.
qui a tant contribué à la révolution du 14 juillet 1789, sous le nom de district des Cordeliers, et à la révolution du 10 août 1792, sous le nom de section de Marseille. Les tribunaux me trouveront le même homme, dont toutes les pensées n'ont eu pour objet que la liberté politique et individuelle, le maintien des lois, la tranquillité publique, l'unité des quatre-vingt-trois départements, la splendeur de l'Etat, la prospérité du peuple français, et non l'égalité impossible des biens, mais une égalité de droits et de bonheur.
Le ministre de la justice ne saurait vous dissimuler qu'un trop grand nombre d'entre vous mérite les mêmes reproches que le ministre de l'intérieur vient d'adresser à la plupart des corps administratifs (1).
La liberté conquise le 14 juillet eut pu s'affermir en six mois et sans effusion de sang sur des fondements inébranlables. Le peuple français n'avait pas besoin d'envoyer des Décemvirs recueillir au loin les lois des peuples renommés par leur sagesse; nous avions au milieu de nous Mably et Rousseau, ces flambeaux immortels de la législation, et, s'ils avaient laissé à l'esprit humain quelque chose à méditer de plus pour la liberté et le bonheur du monde, une Convention nationale qui pouvait encore, après ces deux grands législateurs, consulter des suppléants tels que Locke, Montesquieu et Franklin, avait moins besoin de génie que de bonne volonté.
Mais, est-ce la plupart des fonctionnaires constituants ou constitués qui pouvaient vouloir un tel ordre de choses? — Non. Il n'y a que tout ce qui était peuple qui pût aimer la Révolution; et le peuple cherchant les nouveaux magistrats, et au lieu de jeter les yeux autour de lui, les portant naturellement dans la foule sur les hommes en place et qu'il remarquait mieux sur un lieu déjà élevé, a cru à quelques signes de patriotisme par lesquels ces hommes captaient ses suffrages, et il en a composé ses tribunaux. Il a donc remis
(i) Aux Corps administratifs. Paris, Impr. du Louvre, 1792, in-40, 8 pp. Bibl. nat., Lb 39/6iii. Circulaire envoyée par Roland le II août 1792.