POUR L'OCTROI DE SUBVENTIONS A LA MUNICIPALITÉ
D'après le Journal des Débats.
(Convention, vendredi 28 septembre 1792.)
[Une lettre du ministre de l'intérieur annonce que les trois millions accordés quelques mois auparavant à la caisse de secours sont épuisés ; qu'un retard dans le versement des fonds pourrait causer une faillite qui serait dangereuse parce que les petits billets se trouvent dans les mains des citoyens les moins aisés. — Un arrêté de la Commission du département de Paris autorise la municipalité à demander une somme de deux millions pour empêcher la faillite de la Maison de Secours. — Cambon, Delacroix, refusent les fonds, jusqu'à la reddition des comptes de la ville. (2)J
Danton. — Rien de plus sage que les principes établis par le citoyen Cambon. Il ne faut pas que les deniers de la République soient prodigués plus longtemps (3); et peutêtre l'ont-ils été pour les citoyens de Paris. Mais j'observe que la municipalité de Paris n'avait aucun intérêt è ce qu'on versât des fonds dans la caisse de la Maison de Secours et l'on doit se souvenir que ce fut le directoire de départe-
(i) Points de suspension dans le texte.
(2) Cf. Bornarel, Cambon et la Révolution française, p. 169 s. qq.
(3) Mon. : « Sans doute les deniers nationaux ne doivent pas être prodigués;... »
ment, de concert avec la municipalité de Paris qui forma cette demande à l'Assemblée législative. (1)
Je sais bien que c'est la bande de voleurs dont a parlé Cambon qui a pompé ces fonds, (2) mais il n'en est pas moins vrai que l'Assemblée législative a bien fait de ne pas souffrir que la classe indigente devint la victime de cet agiotage. (3)
Il faut que la municipalité rende un compte détaillé, que ce compte soit examiné sévèrement, mais il faudra savoir aussi ce que deviendront les dettes de cette municipalité; (4) elles sont immenses parce que Paris est le foyer de l'agiotage et de l'intrigue, comme il l'est du civisme et de la Révolution, et nous demanderons un jour que la Nation paye ces dettes, parce que la Nation a profité de toutes ces dépenses faites pour l'établissement de la liberté.
(i) Add. Courr. des 83 dép. : « Il est injuste de s'élever toujours contre la Commune de Paris. Mon. Il ne s'agit ici que d'un prêt. Pourquoi la municipalité de Paris se trouve-t-elle forcée de vous le demander? C'est parce que l'Assemblée législative n'a pas assez senti que le papier particulier ne devait pas rivaliser avec le papier national. La nature des choses avait forcé les citoyens de Paris à recevoir ces petits billets. »
(2) Merc. un. : « L'on vous a dit : il y a des brigands qui ont attiré le papier national par le canal de la Caisse de Secours,... » Cambon avait déclaré : « La Nation ne doit pas faire de sacrifices pour cette horde d'agioteurs qui ont émis des billets de confiance pour voler le peuple. >)
(3) Mon. : K L'Assemblée ne voudra pas que le citoyen indigent soit victime du défaut de lois pour réprimer l'agiotage. Add. Peut-elle faire un crime à la municipalité de lui avoir exposé la situation politique de cette ville? » — Var. Merc. un. : « Mais peut-on en faire un crime à la municipalité ? »
(4) Merc. un. : « Elle doit son compte, mais après l'avoir rendu, elle doit demander à en être déchargée; il faut qu'il y ait égalité entre les communes, mais il y a aussi un centre de fripons; or je dis que la municipalité a été entraînée par ce foyer; mais elle doit son compte. » Add. Courr. des 83 dép. : « ...sans doute il ne doit pas y avoir de distinction entre la commune de Paris et celles de la République, et ses deniers ne doivent point être prodigués à des villes particulières, mais les dettes considérables de la Commune de Paris proviennent, ou des dilapidations de l'ancien régime, ou des dépenses occasionnées par la Révolution ; et je pense que cette dette est celle de la Nation entière. »