‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 179 sur 459 · CONTRE UNE PROPOSITION DE BUZOT · texte numérisé non relu

CONTRE UNE PROPOSITION DE BUZOT

D'après le Moniteur.

(Convention, samedi 29 septembre 1792.)

[Par suite du décret interdisant le cumul aux députés ministres, Servan, Roland et Danton abandonnèrent les portefeuilles de la guerre, de l'intérieur et de la justice. — Il s'agissait de les remplacer ; mais les députés venus de tous les coins de la France ne se connaissaient que depuis huit jours. — Buzot demande à la Convention de prier Sei'van et Roland de rester aux postes qu'ils occupaient jusqu'à ce que les députés suffisamment éclairés pussent leur donner de dignes successeurs, — Philippeaux (1) veut qu'on fasse la même demande au ministre de la justice. — On ferme la discussion.]

ANTON. — Je déclare que je me refuse à une invitation, parce que je crois qu'une invitation n'est pas de la dignité de la Convention, (2) parce que s'il était une manière de retenir Roland au ministère, c'était de prononcer sur l'invalidité de son élection, parce que je déclare que la santé de Servan s'oppose à ce qu'il défère à l'invitation. (3) — (Quelques voix: La discussion est fermée !) — Elle n'est pas fermée sur ma déclaration.

(i) Cf. p. Mantouchet, Le Conventionnel Philippeaux . Bibl. d'hist. mod. et contemporaine, 1900, p. 97.

(2) Add. /. des Débats : « (Murmures.) »

« Une invitation solennelle à conserver, ou même à accepter un emploi, faite au nom de la Nation par ses représentants, dit Condorcet, ne serait excusable que dans ces circonstances extraordinaires, où le vœu d'un peuple entier désignerait un individu nommé seul capable de sauver la patrie. »

(3) Merc. un. : « Que l'Assemblée prononce sur la non-validité de l'élection de M. Roland, et quant au ministre de la guerre, son état physique s'oppose à ce qu'il continue ses fonctions. » Add. (Aux voix, aux voix ! L'appel nominal !) »

[La discussion renaît plus passionnée qu'avant. — I^arère déclare que la proposition de Buzot est contraire à la majesté du peuple. Il est las d'entendre toujours parler d'Aristide Roland. — Delacroix s'oppose aussi à l'invitation.]

Danton. — Personne ne rend plus de justice que moi à Roland (1); mais (2) je dirai (3) : Si vous lui faites une invitation, faites-là donc aussi à Mme Roland, (4) car tout le monde sait que Roland n'était pas seul dans son département. (5) Moi j'étais seul dans le mien. (6) (On murmure.) (7)

Puisqu'il s'agit de dire hautement sa pensée, je rappellerai, moi, qu'il fut un moment où la confiance fut tellement abattue qu'il n'y avait plus de ministres et que Roland lui-même eut l'idée de sortir de Paris (8).

(i) /. des Débats : « ... à M. Roland... Add. {Murmures.) »

(2) Add. J .des Débats : « ....puisque je suis représentant de la Nation,... »

(3) Add. Ibid. : « ... la vérité tout entière... »

(4) Add. Ibid. : « {Grands murmures.) »

(5) /. de Perlet : « Citoyens, je vous avertis que si vous voulez inviter le ministre Roland à rester au ministère, il faudra que vous consentiez à faire conjointement la même invitation à M™® Roland. Personne ne connaît le Conseil sans savoir que M™e Roland a grand part aux opinions que son mari prend dans son ménage, pour la présenter, à la chambre du Conseil.» {Il se fait quelques murmures.) » Merc. un. :« Vous voulez faire une invitation au patriote Roland; eh bien, je dirai ma pensée tout entière ; faites donc aussi une invitation à M^^ Roland. {Applaudi.) Oui, tous ceux qui connaissent le Conseil vous diront cela. » Aud. nat. : « Si je pensais que l'Assemblée pût se déterminer à une pareille invitation... »

(6) /. des Débats : « J'ai été ministre, et j'ai été seul ministre; Add. et la Nation a besoin de ministres qui puissent agir sans être conduits par leurs femmes. {Grands murmures.) »

(7) Marat fit à plusieurs reprises le même reproche à Roland. Dans le placard intitulé Marat l'Ami du peuple aux amis de la patrie, on peut lire : « La femme Roland, ministre de l'Intérieur sous son directeur Lanthenas... a eu l'impudeur d'insinuer que mes écrits ne sont pas de moi... » (Lanthenas était secrétaire général du ministère de l'Intérieur et Marat le croyait l'amant de Madame Roland,) et en note : « Roland n'est qu'un frère coupe-choux que sa femme mène par l'oreille, c'est elle qui est le ministre de l'intérieur sous la main de son directeur, l'illuminé Lanthenas, agent secret de la faction Guadet-Brissot. » Bibl. de la V. de Paris, Affiches révolutionnaires, 1792-1793.

(8) Merc. un. : « Je dirai plus, la vérité doit paraître. Il y a eu un moment où l'abattement était tel dans le ministère, qu'il s'agissait de quitter

2o8 SUR l'Échec de saint-amand

Il n'est pas possible que vous invitiez un citoyen à rester au ministère.

On a dit que peut-être Roland n'est pas député; mais on vous a lu une lettre de lui dans laquelle il annonce qu'il est nommé, et demande un successeur. Il vous y rappelle aussi les services d'un homme qui lui a été très utile; il vous a indiqué Pache; il vous a donné le moyen de le remplacer dignement. Faites usage de ce moyen, et passez à l'ordre du jour. (1)

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