‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 191 sur 459 · SUR LES DÉPENSES SECRÈTES · texte numérisé non relu

SUR LES DÉPENSES SECRÈTES

D'après le Journal des Débats et le Moniteur.

(Convention, jeudi 18 octobre 1792.)

[Le ministre de l'intérieur, Roland, présente le compte de ses dépenses extraordinaires, et le compte des dépenses secrètes faites par lui, pendant le mois de septembre, sur le million qui lui a été confié. — Rebecquy(l) s'écrie : «Que tous les ministres rendent leurs comptes comme Roland, et tout ira bien 1... »]

Danton. — (2) Je l'ai déjà dit à l'Assemblée, je n'ai rien fait que par ordre du Conseil pendant mon ministère, et le Conseil (3) a pensé que, d'après le décret de l'Assemblée législative, il n'était comptable qu'en masse. D'ailleurs, il est telle dépense qu'on ne peut pas énoncerici, il est tel émissaire qu'il serait impolitique et injuste de faire connaître, il est telle mission révolutionnaire que la liberté approuve et qui occasionne grands sacrifices d'argent. (4) {On applaudit)

et que nous sachions, si, dans le cas où l'Espagne voudrait nous faire la guerre, il ne serait pas plus avantageux que nous allassions la porter chez elle, et nous y défendre à ses dépens. » Add. /. des Débats : «.{Applaudissements.)

Aud. nat. Je demande le renvoi de ces pièces au Comité diplomatique pour qu'il nous fasse à cet égard un rapport sous trois jours. »

(i) François-Trophime Rebecquy, député des Bouches-du-Rhône à la Convention, l'un des plus ardents Girondins.

(2) Add. Merc. un. : « Cette proposition est inadmissible. «

(3) Add. Merc. un. : « ... revêtu de la confiance de la nation ... »

(4) Courr. des 83 dép. : « Cependant, dans un moment où les mesures les plus promptes et les plus efficaces étaient impérieusement commandées, il était impossible, il eût été impolitique de laisser subsister les traces, de telles ou telles dépenses, il est tel émissaire qu'il aurait été dangereux de faire connaître. »

CONVENTION, l8 OCTOBRE I792 223

(1) Lorsque l'ennemi s'empara de Verdun, lorsque la consternation se répandait même parmi les meilleurs et les plus courageux citoyens, l'Assemblée législative nous dit : N'épargnez rien; prodiguez l'argent, s'il le faut, pour ranimer la confiance et donner l'impulsion à la France entière.

Nous l'avons fait; nous avons été forcés à des dépenses extraordinaires, et, pour la plupart de ces dépenses, j'avoue que nous n'avons point de quittances bien légales. Tout était pressé, tout s'est fait avec précipitation; vous avez voulu que les ministres agissent tous ensemble; nous l'avons fait (2), et voilà notre compte. (Murmures.)

On a dû attacher une confiance morale à ceux qui ont été choisis pour faire la Révolution; et il serait bien pénible, bien flétrissant pour des ministres patriotes, de les forcer à remettre toutes les pièces qui constatent ces opérations extraordinaires. (3)

Il est vrai que Roland n'a point assisté au compte (4) que les ministres se sont rendus mutuellement, mais il pouvait (5) y assister.

J'obsei-verai en finissant, que si le Conseil eût dépensé dix millions de plus, il ne serait pas sorti un seul ennemi de la terre qu'ils avaient envahie.

Au reste (6) Je vous prie de ne rien prononcer qu'autant que les ministres vous auront rendu compte collectivement de ce qu'ils ont fait ensemble (7).

[Un membre demande que le registre du Conseil soit vérifié.]

(i) Add. Courr. des 83 dép. : « Messieurs, à une certaine époque où les frontières attendaient nos armées, où le salut de l'empire dépendait de quelques heures de retard, où il aurait fallu en quelque sorte, mener nos phalanges protectrices en poste, je dis moi, que le ministre qui eût calculé froidement avec Barrême, aurait trahi la patrie ! »

(2) Add. Courr. des 83 dép. :«...; il importait que tout marchât rapidement; nous avons tout sacrifié à cette mesure... »

(3) Courr. des 83 dép. :«... d'exiger qu'ils rapportassent jusqu'aux comptes minutieux de leurs dépenses extraordinaires. »

(4) Add. Ibid. : «... aux comptes généraux ... »

(5) Ibid. : «... mais il devait ... »

(6) Add. Ibid. :« ..., j'insiste pour que l' Assemblée ne pré juge rien,... »

(7) Condorcet, dans la Chronique de Paris du 19 octobre, pp. 1169- 1170, soutint l'opinion de Danton.

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