A PROPOS D'UNE DÉPÊCHE DU CHARGÉ D'AFFAIRES D'ESPAGNE
' D'après le Républicain français.
(Convention, mercredi 16 janvier 1793.)
[Vergniaud, en reprenant possession du fauteuil, dit qu'il trouve deux lettres sur le bureau, une des défenseurs de Louis, l'autre du ministre des affaires étrangères, et une dépêche officielle de la cour d'Espagne.
Garran de Coulon (3) prend la parole. — Danton la prend en même temps que lui et le coupe (4).]
(i) Add. Mon. : « ... «ur la proposition de Lehardi; je me motive et sur les principes, et sur ce que vous avez déjà pris deux délibérations à la simple majorité. »
(2) L'appel nominal fut terminé le jeudi 17 à 7 heures du soir. Lorsqu'il fallut se prononcer sur le sursis proposé par Mailhe, Danton s'y opposa. Voici comment le Logotachigraphe rend compte de son vote :
« Danton. — Non ! {Du côté droit : Oh ! Oh !) »
(3) Jean-Philippe Garran de Coulon, député du Loiret à la Convention.
(4) Nous suivons pour cet incident de séance le Moniteur. — Voici comment Louvet raconte la chose dans son Journal des Débats : « Garran. — Je ne crois pas que nous devions entendre ce qui con-
CONVENTION, l6 JANVIER 1793 255
Danton. — Je me rappelle qu'au moment où l'on ouvrit l'appel nominal... (1)
LouvET. — Tu n'es pas encore roi, Danton ! (Violents murmures) — Quel est donc ce privilège?... Je demande que le premier qui interrompra soit rappelé à l'ordre.
Danton. — Je demande que l'insolent qui dit que je ne suis pas encore roi, soit rappelé à l'ordre avec censure... (1) Puisque Garran prétend avoir demandé la parole avant moi, je la lui cède ! (2)
Garran de Coulox. — Président, je continueet je demande qu'on entende les défenseurs de Louis, après le dépouillement des suffrages.
Danton. — Je ne m'oppose pas (3) à ce que les défenseurs de Louis soient entendus, mais après que le décret aura été prononcé, persuadé qu'ils n'ont rien de nouveau à vous apprendre, et qu'ils ne vous apportent point de pièces capables de faire changer votre détermination.
Quant à l'Espagne, je l'avouerai, je suis étonné de l'audace d'une puissance qui ne craint pas de prétendre à exercer son influence sur votre délibération. Si tout le monde était de mon avis, on voterait à l'instant, pour cela seul, la guerre à l'Espagne.
Quoi ! on ne reconnaît pas notre République, et on veut lui dicter des lois ! On ne la reconnaît pas, et <3n veut lui
cerne l'Espagne; quelle que soit la dépêche, elle ne doit pas nous influencer. Quant aux défenseurs de Lxsuis...
Danton. — Je me rappelle qu'au moment ...
Tu n'es pas encore roi, dit Lotjvet à Danton ; puis, s'adressant au Président : Pourquoi, lui dit-il, ce privilège ? Garnui avait la parole, vous devez la lui maintenir.
Danton demande que Louvet, calomniateur insolent, soit rappelé à l'ordre.
Non, tu n'es pas encore roi, reprend Louvet, et ta dictature du 2 septembre ne m'effraye point (Grand bruit.)
Danton tout à coup devenu poli veut céder la parole à Garran ; Garran veut la céder à Danton; enfin Garran parle ... »
(i) Points de suspension dans le texte.
(a) Add. Rép. fr. : « {Danton descend de la tribune.) »
(3) Mon., Rép. fr. : « Je consens. ...»
imposer des conditions, participer au jugement que ses représentants vont rendre !
Cependant, qu'on entende, si on le veut, cet ambassadeur; mais que le Président lui fasse une réponse digne du peuple dont il sera l'organe, et qu'il lui dise que les vainqueurs de Jemmapes ne démentiront pas la gloire qu'ils ont acquise, et qu'ils retrouveront pour exterminer tous les rois de l'Europe conjurés contre nous, les forces qui déjà les ont fait vain-cre.
Défiez-vous, citoyens, des machinations qu'on ne va cesser d'employer, pour vous faire changer de détermination. On ne négligera aucun moyen. Tantôt pour obtenir des délais, on prétextera un motif politique; tantôt une négociation importante, ou à entreprendre, ou prête à terminer.
Rejetez, rejetez, citoyens, toute proposition honteuse: point de transaction avec la tyrannie ! Soyez dignes du peuple qui vous a donné sa confiance et qui jugerait ses représentants, si ses représentants l'avaient trahi.
L'Assemblée, après discussion, passe unanimementàrordre du jour sur la dépêche de la cour d'Espagne (1).
D'après le Logotachigraphe. (2)
(Convention, lundi 21 janvier 1793.)
[Le 20 janvier à 5 lieures du soir, Le Peletier de Saint-Far-
vî) Cette dépêche était une lettre par laquelle le chevalier d'Ocariz, chargé des affaires d'Espagne auprès du gouvernement de la République, offrait, si l'on voulait suspendre le jugement de Louis, d'expédier sur-le-champ un courrier à sa cour pour solliciter sa médiation armée entre les puissances belligérantes, et se flattait du succès de cette démarche. {Note du Républicain français.)
(2) Cf. Aulard. Le texte des discours de Danton, La Révolution française, 1882, t. II, p. 929.
geau est assassiné chez le restaurateur Février par un ancien garde du corps. — Le lendemain, sur l'initiative de Maure, un débat s'élève à l'Assemblée. Des membres font part des menaces dont ils ont été l'objet, et l'on réclame un certain nombre de mesures, les unes en l'honneur de Le Peletier (funérailles solennelles, Panthéon, etc.), les autres destinées à défendre la République (visites domiciliaires, attribution de la police à la Convention, etc.).]
Danton. — C'est dans ce moment le plus terrible, que je remarque avec satisfaction, que le peuple (1), dont on semble craindre les excès, a respecté la liberté de ses représentants qui ont le plus instamment trahi ses intérêts (2).
Où en serions-nous, si (3) un de ceux qui n'ont pas voulu voter la mort du tyran eût péri sous le couteau d'un patriote égaré? (4) — Certes, la calomnie, depuis si longtemps préparée, ferait de grands ravages contre nous.
Mais, citoyens, soyons (5) généreux (6). La vie de Peletier fut belle; (7) sa mort servira encore la République ! Citoyen généreux, je t'envie ta mort. Elle va prouver à la France qu'il n'y avait du danger parmi nous que pour ceux qui brûlaient du saint amour de la liberté. (8)
On a demandé pour lui le Panthéon. Certes, il a déjà recueilli (9) la palme immortelle du martyr de la liberté. Oui, je le vote aussi, le Panthéon ! Oui, je le veux aussi. (10)
(i) Mon. : « Ce qui honore le plus les Français c'est que dans des moments de vengeance, le peuple ... » Rép. fr. : « C'est avec satisfaction que je remarque que le peuple... »
(2) Add . Rép. fr. «... et le vœu qu'ils ont émis. » Cf. ci-dessous. A ddenda.
(3) Add. Mon., J. des Débats : «... au milieu des doutes que l'on jette sur une certaine partie de cette Assemblée, Rép. fr. au lieu d'être tombé sous le fer royaliste ... »
(4) Rép. fr. : « Où en serions-nous si, au lieu d'être tombé sous le fer royaliste, un membre de cette Assemblée eût été frappé par un patriote égaré ? »
(5) Add. Rép. fr. : «... plus ...»
(6) Add. Ibid. : «... qu'on ne l'eût été pour nous. »
(7) Add. Rép. fr. :« ...; sa mort est glorieuse,... »
(8) Rép. fr. : « La vie de Peletier fut belle, ... son sort est digne d'envie; il a prouvé que les dangers étaient pour nous. »
(9) Add. Rép. fr. :«... toute la gloire attachée à cette apothéose,...» • (10) Rép. fr. : « On a demandé les honneurs du Panthéon pour les
(1) C'est sur sa tombe que nous jurerons (2) de servir la liberté, (3) de ne quitter notre poste qu'après avoir donné au peuple une Constitution, (4) ou de mourir sous le poignard des assassins.
Il me sera doux de vous prouver, en m'expliquant dans cette Assemblée, que je suis étranger à toutes passions, que je sais allier à l'impétuosité du caractère, le flegme qui convient à un homme choisi par le peuple pour faire ses lois. (5)
(6) Je m'honore de faire partie de ces citoyens (// désigne la Montagne), qu'on a sans cesse présentés comme des ennemis de toute espèce de gouvernement. (7) Mais je les conjure de ne pas s'exaspérer d'avoir été méconnus pour les vrais amis de la liberté. (8)
(9) Petion eut à mon sens des torts, Petion fut faible... (10) (Interrompu.) Petion fut faible, je l'ai toujours cru tel; il peut s'expliquer sur mon compte comme il le jugera convenable. (11)
Mais je l'avoue, je suis douloureusement affecté de voir
restes de cette victime de la liberté; déjà il a recueilli toute la gloire attachée à cette apothéose. Oui, je vote la proposition qui vous a été faite ... »
(i) Add. Rép. fr. : « C'est sur ses mânes,... »
(2) Add. Ibid. : «... tous... »
(3) Add. Ibid. : «... d'être unis pour la cause de la liberté... de ne nous séparer que lorsque nous l'aurons établie sur des fondements impérissables,...»
(4) Mon., J . des Débats : « Le moyen d'honorer sa mémoire, c'est de jurer que nous ne nous quitterons pas sans avoir donné une Constitution à la République. »
(5) Rép. fr. : « Citoyens, il me sera doux, dans cette circonstance, de vous prouver... que je sais allier à l'impétuosité du caractère le flegme qui doit être attaché à celui de législateur, de l'homme d'état. »
(6) Add. /. des Débais : « On prétend qu'il existe des désorganisateurs. — ))
(7) Rép. fr. : « ... comme ne voulant accéder à l'établissement d'aucune forme de gouvernement. »
(8) Ibid. : « ... si on a méconnu leur civisme. »
(9) Add. Mon. : « Je ne suis point l'accusateur de Petion;... »
(10) Points de suspension dans le texte.
(11) Rép. fr. : « ... qu'il s'explique avec franchise sur mon compte. »
que la France entière (1) ne saura plus sur qui poser sa confiance. (2)
Je reproche à Petion de ne pas s'être expliqué assez clairement sur le compte de ceux qui avaient servi la chose publique, plus énergiquement peut-être qu« lui (3). Peutêtre Petion aurait-il pu vous dire plus clairement que ces scènes déplorables, que ces massacres terribles, dont on a si bien pris parti pour aigrir les départements contre Paris, peut-être eût-il dû vous dire clairement que nulle puissance humaine n'avait pu arrêter les effets de cette soif révolutionnaire, de cette rage qui embrasait tout un grand peuple; (4) peut-être que quelques membres de la Commission extraordinaire, instruits de ces événements déplorables, auraient pu vous rappeler aussi que ces actes terribles, sur lesquels nous gémissons tous, étaient l'effet d'une révolution; et si l'on peut reprocher à des individus d'avoir professé des actes de vengeance, ce n'était jamais l'action immédiate de quelques personnes, mais bien d'un peuple, (5) qui n'avait jamais eu justice des plus grands coupables (6).
Si nous nous fussions expliqués franchement sur ces
(i) Add. Rép.fr. : « ... ne saura plus sur qui compter,... »
(2) Rép. fr. : « ...ne connaîtra pas d'homme digne de sa confiance. »
(3) Add. Rép. fr. : «... ; je reproche àPetion de ne pas s'être expHqué assez clairement peut-être, sur des événements dont on a fait un usage criminel en s'en servant pour entretenir d'éternelles déclamations, contre la Révolution et contre le peuple. »
(4) Rép. fr. : « Peut-être Petion aurait-il pu vous dire qu'aucune puissance humaine ne pouvait arrêter le cours et les effets de cette rage révolutionnaire, de cette soif de la liberté qui dévorait un grand peuple. » Rép. fr., J . des Débats : « Quant aux attentats dont nous avons tous gémi, l'on aurait dû vous dire clairement que nulle puissance n'aurait pu (ne pouvait) les arrêter. Ils étaient la suite de cette rage révolutionnaire qui animait tous les esprits. »
(5) Rép. fr. : « Peut-être aussi d'autres membnes qui, placés à la Commission extraordinaire, ont eu lieu d'y connaître la cause et la nature de ces événements, auraient-ils pu vous dire qu'ils étaient l'effet irrésistible de la Révolution; qu'on ne les doit pas à l'action immédiate de quelques particuliers, mais au mouvement d'un grand peuple... »
(6) Add. Rép. fr. : « ..., partout trahi, partout sacrifié, cherchant partout ou la justice qu'on lui refusait, ou sa vengeance. »
affreux événements, nous nous serions épargnés, sans doute, respectivement, bien des calomnies, et peut-être bien des maux à la République.
Je vous interpelle donc, citoyens, vous qui m'avez vu dans le ministère, de dire si je n'ai pas porté l'union partout (1).
Je vous adjure, vous Petion, vous Brissot, je vous adjure tous, car enfin, je veux me faire connaître; je vous adjure tous, car enfin, je veux être connu. (2)
J'ai eu le courage de me taire depuis trois mois; mais, puisque je veux parler sur d'autres individus, il faut que je me fasse connaître à fond.
Eh bien, je me soumets à votre jugement. N'ai-je pas montré de la déférence pour le vieillard qui est maintenant ministre de l'intérieur? (3) Ne vous ai-je pas dit, à vous, n'êtes-vous pas convenus avec moi de l'acrimonie funeste de son caractère, dans un moment où, au sein de la République, il était à désirer, il était indispensable, que celui qui remplissait en quelque sorte les fonctions de consul, fût d'un caractère à concilier néanmoins les esprits, fût d'un caractère à chercher à faire tomber les haines, dans un instant où il était impossible qu'une si grande commotion n'entraînât pas de grands débats? (4)
Vous en êtes convenus avec moi. — Eh bien ! je vous reproche de ne vous en être pas expliqués (5). Roland, dont je ne calomnie pas les intentions, mais dont je cherche à faire connaître le caractère, Roland (6) répute pour scélérats
(i) Add. Mon., Rép. fr. « ..., si je n'ai pas employé tous les moyens de conserver la paix dans le Conseil exécutif. Rép. fr. Suis-je un buveur de sang?» — Var. Mon., J. des Débats : « J'adjure tous ceux qui me connaissent de dire si je suis un buveur de sang... »
(2) Rép. fr. : «... car il est temps enfin qu'on me connaisse. »
(3) Ibid. : « N'avez- vous pas été témoins, vous-mêmes, de mes défé»rences pour le vieillard... »
(4) Ibid. : « Ne l'avez-vous pas vu répandre l'acrimonie sur tous les actes émanés de lui, tandis que tout son ministère devait être employé à faire disparaître les haines, à ramener parmi les citoyens la confiance et la concorde? »
(5) Rép. fr. : « Je vous reproche de ne vous être pas expliqué ^Add. avec assez de franchise, de n'être pas convenu que... »
(6) Add. Rép. fr. : i( ... ne croit bientôt plus digne de son estime,... »
et ennemis de la patrie, quiconque ne caresse pas ses pensées et ses opinions. (1)
Je vous en adjure, vous, mes chers concitoyens, vous Lanthenas, dont les liaisons avec Roland doivent faire rechercher ce témoignage (2), remarquez cette phrase ! Citoyens, ce n'est pas avec la calomnie que je demande qu'un homme ne remplisse plus ce poste; c'est d'après le jugement de ses commensaux. (Murmures.)
Je demande que, pour le bien de la République, Roland ne soit plus son ministre.
Pesez bien mon impartialité. J'en appelle à vous, citoyens : je n'ai répondu à aucune calomnie; je vois que Roland était abusé sur mon compte; je désire le salut de la République, et je ne connais pas la vengeance, car je n'en ai pas besoin. Je dis donc que vous ne pouvez pas suspecter ma déclaration, lorsque j'adjure ceux-mêmes qui font le plus de cas du cœur de Roland. (3)
Roland ayant été exposé à une poursuite, Roland ayant craint d'être frappé d'un mandat d'arrêt dans des jours trop fameux, (4) depuis cet instant, n'a vu Paris qu'en noir; il a tout confondu alors qu'il a cru avoir tout à craindre; il a pensé, dans cette erreur, que le grand arbre de la liberté dont les racines tiennent tout le sol de la République pouvait être renversé. ' '*
Dès lors éclata son ressentiment contre la ville de Paris, (5) et qui subsistera autant que la République, car Paris est la ville de tous les départements, Paris est la ville de toutes les lumières, tous les départements les y* apportent, (6) et
(i) Rép. fr. : « ... quiconque cesse de caresser ses opinions.»
(2) Add. Rép. /y. :«...; j'adjure tous ses commensaux, tous ceux qui l'approchent, de convenir avec moi de ce que j'avance ! )>
(3) Rép. fr. : « Roland ne peut plus être ministre. Le sentiment qui m'anime n'est pas celui de la vengeance : je n'en ai pas besoin. Je ne puis être suspecté puisque j'atteste tous ceux qui ont de lui une connaissance particulière. »
(4) Rép. fr. : « ... dans les premiers jours de septembre... «
{5) Add. Rép. fr. : « ... qui toujours sera la ville de la liberté, parce que dans son sein seront toujours les plus ardents défenseurs de la liberté... »
(6) iîép./r. : «Dès lors éclata son ressentiment contre cette ville qui subsistera toujours, qui toujours sera la ville de la liberté, parce que
là est la grande erreur de Roland et le grand tort qu'il a eu, ' (1) là est sa grande faute, c'est d'avoir concouni par sa haine, à animer les départements contre Paris (2).
Je lui rappellerai à lui-même ce dont il m'a accusé. Lorsqu'il me parla de la garde départementale, (3) je lui dis : (4) Cette mesure répugne à tous les principes, mais elle passera, car c'est un vœu prononcé. Eh bien, cette garde n'aura pas plus tôt séjourné dans Paris (5) qu'elle aura l'esprit du peuple (6) car le peuple n'a d'autre passion que celle de la liberté.
Eh bien ! citoyens, avez-vous la preuve maintenant que les fédérés des départements [n'I ont d'autres sentiments que ceux des citoyens de Paris (7) ; aucun de vous n'en doute maintenant; oui, n'en doutez pas vous-mêmes.
(8) Combien de citoyens conviennent qu'ils ont été induits en erreur !... (9) Cette erreur, je le dis à regret, vient de l'acrimonie de Roland; vous pouvez en acquérir la preuve par un
dans son sein seront toujours les plus ardents amis de la liberté, qui sera toujours la ville des lumières, parce qu'elle sera toujours le centre commun, où viendront aboutir les lumières répandues dans les départements... »
(i) Rép.fr.:n ...; ce ressentiment sera toujours la plus grande de ses fautes. Add. Mon., J . des Débats. Il s'imagine que Paris veut s'attribuer une espèce d'autorité sur les autres communes. C'est là sa grande erreur,... »
(2) Add. Mon., J . des Débats : « ... qui est la ville de tous. »
(3) Add. Rép. fr. : «... je lui représentai cette mesure comme contraire à ses propres principes,... »
Il s'agit de la garde départementale que les Girondins réclamaient pour K Assemblée.
(4) Rép.fr. : « ... je lui dis à lui-même, lorsqu'il cherchait à attirer sur Paris la force départementale;...»
(5) Ibid. -.((... lorsqu'ils seront ici, lui disais-je, ces fédérés que vous y appelez, ils vivront avec le peuple, ne seront qu'avec lui, et auront bientôt son esprit ...»
(6) Add. Rép. fr. : « ... c'est-à-dire, cet amour ardent et pur de la liberté; qui n'est à aucun parti, qui ne sacrifie à aucune passion. »
(7) Add. Rép. fr. : « L'expérience a prouvé que je ne me trompais pas. »
(8) Rép. fr. : « ... ils ont reconnu l'erreur dans laquelle ils étaient entraînés. »
(9) Points de suspension dans le texte.
de vos comités. (1) Roland a fait circuler des écrits fondés d'abord sur l'erreur où avait été jeté son esprit, c'est-à-dire que Paris voulait dominer. (2) D'après cela, je ne donnerai pas ma conclusion; mais en fixant votre attention sur tout ce que je viens de vous dire, je crois que vous aurez remonté à une source du mal, et que, cette source tarie, vous pourrez vous occuper efficacement du salut de la patrie .
On vous a indiqué des mesures particulières, celles des visites domiciliaires. — Je m'oppose à cette mesure dans son entier, c'est-à-dire que je ne crois pas que, dans l'instant où la nation française s'oppose à l'application d'un bill (3) lancé contre les citoyens français par le Parlement d'Angleterre, elle doive elle-même donner l'exemple d'une mesure contre laquelle elle s'élève et qu'elle condamne. (4)
Je dis qu'il est une manière d'arriver au même but, et voici comment je le conçois : Il faut que vous ayez un comité de surveillance de sûreté générale, digne de la plénitude de votre confiance; il faut qu'il soit assez heureux pour n'avoir rien à craindre de ses opérations. Eh bien (5) ! renouvelez-le, si vous le jugez nécessaire, afin que vous puissiez lui donner une grande latitude, (6) et que, quand les deux tiers de ses membres croiront tenir le fil d'un complot (7), ils aient le
(i) Rép. fr. : « Vous leur devez, vous devez à vous-mêmes, de faire examiner par un comité les moyens employés par Roland pour les faire tomber dans cette erreur. »
(2) Mon., J . des Débats : « Je puis attester sans acrimonie, que j'ai acquis la conviction que Roland a fait circuler des écrits qui disent que Paris veut dominer la République. »
(3) « Il s'agit de 1' « alien bill » demandé, par Pitt à sa majorité, qui permettait au ministre de faire expulser d'Angleterre tous les étrangers qui paraîtraient suspects, ou du moins de les surveiller de près.
(4) Rép. fr. : « On vous a proposé une mesure extraordinaire; le renouvellement des visites domiciliaires. — Je m'oppose à l'exécution de cette mesure. Je ne crois pas que dans l'instant où, les yeux fixés sur l'Angleterre, la France, au nombre des reproches qu'elle fait à cette puissance, compte le bill que le Parlement a adopté contre les étrangers, elle-même adopte des dispositions dont elle improuve l'exécution chez ses voisins. »
(5) Add. Rép. fr. : « ... qu'il soit nombreux...».
(6) Rép.fr. : «... Qu'il soit renouvelé ou augmenté, mais qu'il y ait une grande latitude de pouvoirs ; »
(7) Add. Rép. fr. : « ... important ... »
droit de se faire ouvrir telle maison, où ils pourraient penser qu'on recèle un conspirateur (1). — Voilà la seule manière de remplir votre objet sans compromettre les principes.
Je passe à des objets d'un ordre supérieur.
Ce n'est point assez d'avoir fait tomber la tête du tyran; il n'est pas un citoyen, sur qui nous tournions les yeux, qui n'appelle toute notre énergie, toute notre agitation, vers la guerre. (2)
Faisons la guerre à l'Europe et ne nous la faisons pas à nous-mêmes. Saisissez ma pensée : (3) la guerre doit être faite par un peuple comme la nation française d'une manière digne d'elle (4). Il faut, pour économiser le sang des hommes, leurs sueurs. Il faut la prodigalité (5) : telle guerre faite avec parcimonie, eût terminé une grande querelle si elle eût été faite avec prodigalité. (6)
Vous aurez un rapport par vos commissaires envoyés à la Belgique; (7) vous y acquerrez la conviction que vos armées ont fait des prodiges, quoique dans un état de dénûment déplorable.
(8) Ne craignez rien du monde (9) : nous avons vu les soldats français, (10) il n'en est pas un seul qui ne croie valoir plus
(i) Add. Ihid. :«,... et d'y arrêter et le conspirateur, et les moyens de conspiration. »
(2) Rép. fr. : «... il est temps de détourner toute la force de vos pensées toute l'énergie, toute la grandeur de votre caractère vers un seul but, la guerre. »
(3) Add. Rép. fr. : «... la guerre que nous allons faire, doit l'être d'une manière proportionnée à son importance,... »
{4) Add. Ibid., : « ... et digne du peuple qui va la soutenir. »
(5) Rép. fr. : « Pour éviter que le peuple répande son sang et ses sueurs, il faut que la guerre se fasse avec prodigalité; Add. il faut que la prodigalité ne favorise pas les hommes, mais les corps de vos armées. »
(6) Rép. fr. : « Si cette utile prodigalité, eût, dans la dernière campagne, tenu la place de la parcimonie avec laquelle elle a été soutenue, la guerre serait peut-être aujourd'hui terminée. »
(7) Ibid. : « Vos commissaires dans la Belgique ont un rapport important à vous faire... »
(8) Add. Rép. fr. : « Mais rassurez vous; ... »
(9) Add. Mon., J. des Débats : « Que ne feront-elles pas quand elles seront bien secondées? »
(10) Add. Rép. fr. : « ... leur ardeur, leur énergie sont telles qu' ... »
de deux cents esclaves. (1) — Telle est l'énergie, tel est le républicanisme de l'armée, que si l'on disait à trois cents : il faut périr, ou marcher sur Vienne; ils diraient : nous allons à la mort ou à Vienne. (2)
Avec un tel peuple, il ne faut que des législateurs sages, qui sachent tenir les rênes de cette sublime nation. (3) Songez qu'elle est plus grande que vous; songez qu'il n'y a plus d'homme de génie dans un grand peuple, que le véritable génie est tout entier dans ce même peuple.
Eh bien (4) ! faites en sorte d'élever les peuples à la hauteur qu'ils doivent être. — Réorganisez vos armées, (5) car songez, comme moyen, qu'avant de faire la Constitution, il faut les moyens de battre l'ennemi car on est déjà constitué en nation, quand on l'est déjà en vainqueurs comme nous l'avons été dans notre dernière campagne.
Je vous rappelle un autre objet, c'est qu'il est un autre ministère (6), occupé par un autre bon citoyen (7) : c'est le ministère de la guerre. Mais, (8) ce ministère passe les forces humaines, (9) et, si je dois m'expliquer ouvertement, je dirai que ce citoyen, à qui je rends justice, n'a pas ce
"^ (i) Rép. fr. : « ...''qu'il n'est pas un seul d'entre eux qui ne se croie plus fort que deux cents esclaves. »
(2) Ihid. : «Proposez à 3.000 soldats de la République de marcher sur Vienne; sûrs de trouver la mort dans cette téméraire entreprise, ils ne compteront ni leur nombre, ni celui de leurs ennemis : ils périront ou Vienne les verra près de ses murs. » Mon., J. des Débats : « ...ils iraient à Vienne ou à la mort. » Merc. un. : « ...ils diraient : nous allons à Vienne ou à la mort. »
(3) Rép. fr. : a ... une République telle que la nôtre a besoin d'hommes dont les mains soient assez habiles pour tenir les rênes de son gouvernement. »
(4) Add. Rép. fr. : « ...élevez- vous à la hauteur à laquelle elle [la République] veut vous voir atteindre ...» — Var. Mon. : « Citoyens prenez les rênes d'une grande nation, élevez-vous à sa hauteur... »
(5) Add. Ibid. : «... rétablissez l'ordre dans vos finances, et donnez au peuple la Constitution qu'il attend... »
(6) Add. Rép. fr. : « ... que celui de l'intérieur... »
(7) Add. Ibid. : «... qui doit fixer toute votre attention... »
(8) Add. Rép. fr. : « ... puisqu'il faut dire tout, et avec franchise,...»
(9) Rép. fr. : « Une aussi grande étendue de fonctions est au-dessus des forces d'un seul homme... »
caractère d'impulsion (1), ce coup d'œil rapide qu'il faut à un homme chargé d'aussi grandes opérations, et d'une aussi grande responsabilité (2). Je ne demande pas qu'on le ravisse à ses fonctions, mais je vous fais remarquer qu'elles doivent être divisées pour ne pas écraser celui qui s'en charge.
Quand vous aurez connaissance du rapport que nous allons vous faire, vous sentirez qu'il vous faut un même mouvement dans les armées; que de même qu'il ne leur faut qu'un général pour faire mouvoir ces grands corps (3), il ne faut peut-être qu'un seul homme pour conduire l'administration qui doit fournir les moyens de subsistance à cette grande masse. (4)
Préparez, citoyens, vos réflexions sur ces grands objets : ils vous seront soumis incessamment; faites bien attention surtout à ce que je vous ai dit sur le ministre de l'Intérieur; rappelez-vous et ne perdez pas de vue ce que je vous ai représenté : que si mon devoir ne me contraignait pas de rapporter ce que j'ai vu, ce qu'ont vu les citoyens que je vous ai cités, je me serais tu, car je ne suis pas fait pour être soupçonné de ressentiment. (5)
(6) Je n'aurai jamais qu'une passion: celle de mourir pour mon pays. (7) — Puisse le ciel m'accorder le sort du citoyen dont nous déplorons la perte (8) !
(i) Add. Merc. mw. : « ... nécessaire pour faire mouvoir cette grande machine, .. »
(2) Add. Rép. fr. : « ..., ce coup d'œil rapide, qui doit éclairer à la fois toutes les parties d'une administration immense... »
(3) Add. Rép. fr. : «... qui [les] composent... »
(4) Rép. fr. : «... que de même qu'un seul homme commande aux corps qui la composent, un seul doit être chargé d'une des parties de son administration. »
(5) Ibid. : «Vous pèserez citoyens, ces considérations grandes et utiles, celles que je vous ai présentées sur le ministre de l'intérieur. Croyez que si le sentiment intime de mon devoir ne m'eût pas commandé de vous les soumettre, je me serais tu. Je ne suis pas fait pour le ressentiment... »
(6) Add. Rép. fr. : « Je n'en connais d'autre [de sentiment] que celui de l'amour pur de la patrie; ma vie tout entière est attachée à ce sentiment. Mon., J. des Débats ... je ne suis pas fait pour venger des passions personnelles. »
(7) Mon., J. des Débats : «... je n'ai que celle de mourir pour mon pays... » Add. « Je voudrais, au prix de mon sang, rendre à la patrie le défenseur qu'elle a perdu. »
(8) Add. Rép. fr. : « ... et dont-j'envie la destinée glorieuse. »
D'après le Logotachigraphe.
(Convention, jeudi 31 janvier 1793.)
[Sur la proposition de Cambon, appuyée par Lasource, l'Assemblée décrète la réunion à la France du « ci-devant comté de Nice ». — Danton monte à la tribune et demande un décret analogue pour les provinces belges qui se sont données à la République.]
Danton. — Ce n'est pas seulement en mon nom, mais encore au nom des commissaires de la Convention dans la Belgique (1), que je viens vous demander (2) un décret pareil à celui que vous venez de rendre au sujet de Nice. (3)
Je ne demande rien à votre enthousiasme, mais tout à votre raison, mais tout aux intérêts de la République française.
Je pensais entendre un rapport de votre Comité diplomatique; mais (4) n'avez-vous pas déjà préjugé cette réunion, quand vous avez décrété que la Belgique serait cons^ tituée provisoirement, suivant les lois françaises? (5) Où serait donc la politique d'un grand peuple, qui, donnant
(i) Rép. fr. : « ... mais comme commissaire dans la Belgique... » Add- Mon. : « ... au nom des patriotes belges, du peuple belge,... »
(2) Add. Rép. fr. : «... pour la ville de Liège, et sans qu'il soit besoin d'un rapport... »
(3) /• f^s Débats : «... je viens vous demander le même décret pour le peuple de Liège. » Rép. fr. : «... pour le comté de Nice. »
(4) Add. Rép. fr. : « ... que vous apprendrait de nouveau un rapport de votre Comité ? »
(5) /• ^^^ Débats : « Vous l'avez préjugée cette réunion. » Rép. fr. : «... quand vous avez décidé que les lois françaises seraient provisoirement exécutées dans la Belgique. »
la liberté à un autre peuple, le constituerait suivant le mode de cette liberté, s'il l'abandonnait ensuite à luimême. (1) — Cette conduite serait criminelle, elle serait meurtrière.
(2) Vous avez tout consommé par cela seul que vous avez dit aux peuples qui sont dans la Belgique, dans le pays de Liège surtout, par cela seul que vous leur avez dit : nous vous organisons comme nous: Vous leur avez donné l'assurance que vous accepteriez leur réunion s'ils vous la proposaient. Eh bien ! aujourd'hui ils vous la proposent, après avoir mûrement délibéré; ils vous la proposent (3) après avoir examiné ce qu'ils avaient à craindre et ce qu'ils avaient à espérer. (4)
Je dis que c'est en vain qu'on veut faire craindre de donner trop d'étendue à la République. (5) Ses limites sont marquées par la nature. Nous les atteindrons toutes des quatre coins de l'horizon; du côté du Rhin, du côté de l'Océan, du côté des Alpes. Là doivent finir les bornes de notre République et nulle puissance humaine ne pourra nous empêcher de les atteindre. (6)
(i) Add. Rép. fr. : « Qu'elle serait barbare la politique, qui d'abord ferait briller aux yeux d'un peuple tous les attraits de la liberté, qui lui en imprimerait le mouvement révolutionnaire, et qui ensuite l'abandonnerait seul à sa faiblesse et à ses premiers tyrans ! »
(2) Add. Ibid. : « Vous avez tout consommé lorsque vous avez déclaré que le vœu des peuples serait la base de toutes vos démarches. Eh bien ! aujourd'hui, ce vœu est émis, un peuple a délibéré. »
(3) Add. /. des Débats : «... à la presque unanimité,... »
(4) Mon. : « Vous avez tout consommé par cela seul que vous avez dit aux amis de la liberté : organisez-vous comme nous. C'était dire : nous accepterons votre réunion si vous la proposez : Eh bien ils la proposent aujourd'hui. » /. des Débats : « Par cela seul que vous les avez organisés provisoirement comme nous, vous leur avez dit : Nous accepterons la réunion quand vous nous la proposerez. Eh bien ! aujourd'hui, ce peuple vous la propose après l'avoir mûrement méditée.
(5) Rép. fr. : « C'est en vain qu'on veut vous faire craindre d'étendre les limites de la République française. »
(6) Rép. fr. : « Ces limites sont marquées par la nature : Le Rhin, l'Océan, les Alpes sont les bornes qu'aucun pouvoir ne pourra vous engager à franchir.» Mon. :«Les limites de la France sont marquées par la nature. Nous les atteindrons en leur quatre points à l'Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées. » /. des Débats : « Au bord du Rhin, au pied
On vous menace des rois, (1) vous avez déclaré la guerre aux rois; vous leur avez jeté le gant, et ce gant est la tête d'un tyran . — (On rit généralement) (2).
(3) Nous touchons au grand moment où l'univers va voir vos derniers efforts. (4) Ces efforts triompheront de tous.
On nous menace : l'Angleterre, dit-on, se ligue, et est sur le point de nous frapper (5) : la liberté régnera chez ce peuple (6).
(7) Le jour où vous nommerez, comme on vous le dit, des commissaires de la Convention nationale, qui diront au peuple d'un tel territoire : « Combien y a-t-il d'hommes? Combien y a-t-il d'armes? Combien y a-t-il de vivres? », Vous aurez la France entière pour les précipiter sur vos ennemis. (8)
Pouvez-vous maintenant hésiter d'ordonner cette réunion que la justice et l'humanité réclament? Il ne faut plus ce rapport là où tout est connu, là où tout est épuisé.
(9) Ne vous y trompez pas, l'homme du peuple, le vrai
des Alpes, là doit finir notre République ; aucune puissance ne peut nous arrêter. »
(i) Add. Rép. fr. : « ... mais vous avez tout fait contre eux... »
(2) Add. Mon. : « C'est le signal de leur mort prochaine. »
(3) Add. Rép. fr. : « Nous touchons au moment où les forces nationales vont avoir à se déployer devant les lignes ennemies. »
(4) /. des Débats : « Il ne nous reste qu'à développer la force nationale, nous touchons au moment où l'univers va voir nos derniers efforts. »
(5) Add. /. des Débats : « Eh bien, que nous importe ! Les tyrans d'Angleterre sont morts... »
(6) Rép. fr. : «... la liberté est à jamais fixée sur cette île... » /. des Débats : « Ce peuple sera libre, » Add. /. des Débats : « et nous y aurons des amis. »
(7) Add. Rép. fr. : « S'il le faut, la Convention nationale a encore toute la plénitude des pouvoirs dont l'exercice salutaire a déjà sauvé la patrie. »
(8) Rép. fr. : « Le jour où vous direz à toutes les communes de la République : combien avez-vous d'hommes, d'armes, de munitions ? Vous aurez la France entière à précipiter sur vos ennemis. » /. des Débats : « Le jour où vous nommerez des commissaires pour aller dans toutes les communes de la République demander des hommes et des armes, vous aurez la France entière pour la précipiter sur vos ennemis. »
(9) Add. Rép. fr. : « Le peuple belge, dit-on, n'est pas mûr pour la
cultivateur, dans la Belgique, veut la réunion, et je ne vous citerai qu'un seul trait (1) : Nous parûmes à Namur, dans l'assemblée des représentants provisoires. On avait induit les habitants des campagnes en erreur, sur le sens de votre décret. Quand nous eûmes expliqué aux bons habitants de la campagne, à ces vertueux cultivateurs, à ces véritables hommes de la patrie et de la liberté, qu'ils avaient tous le pouvoir de voter, ils sentirent que l'expulsion ne frappaitque les ennemis de votre liberté, ils applaudirent à votre sagesse, et demandèrent l'exécution de votre décret du 15. (2)
liberté. Nous l'avons approché, ce peuple, et c'est chez lui, dans cette classe surtout laborieuse et recommandable des cultivateurs, que nous avons trouvé l'amour le plus pur de la liberté. »
(i) Add. /. des Débats :« ... qui vous le prouvera... »
(2) Rép. fr. : « A Namur et dans les autres villes du Brabant, des malveillants calomniaient la Convention nationale, et donnaient à son décret du 15 une interprétation perfide; le peuple était ébranlé mais nous l'avons approché, nous l'avons éclairé, nous avons reçu ses applaudissements en même temps que ses bénédictions étaient adressées à la Convention nationale. » /. des Débats : «... ils sentirent toute la force du décret du 15 et demandèrent qu'il fût maintenu. »
Il s'agit du décret rendu le 15 décembre 1792 sur le rapport de Cambon. (Cf. Moniteur, du lundi 17 décembre, p. 1496. Les articles auxquels Danton fait allusion dans ce passage et dans les passages suivants sont :
Art. I. — Dans les pays qui sont ou qui seront occupés par les armées de la République française, les généraux proclameront sur-le-champ, au nom^ de la Nation française, l'abolition des impôts ou contributions existants, la dîme, les droits féodaux fixes ou casuels, la servitude réelle ou personnelle, les droits de chasse exclusifs, la noblesse et généralement tous les privilèges. Ils déclareront au peuple qu'ils lui apportent paix, secours, fraternité, liberté et égalité.
Art. II. — Ils proclameront la souveraineté du peuple, et la suppression de toutes les autorités existantes, ils convoqueront de suite le peuple en assemblées primaires ou communales pour créer et organiser une administration provisoire...
Art. III. — Tous les agents et officiers de l'ancien gouvernement ainsi que les individus ci-devant réputés nobles ou membres de quelques corporations ci-devant privilégiées, seront, mais pour la première élection seulement, inadmissibles aux places d'administration ou de pouvoirs judiciaires provisoires.
Art. IV. — Les généraux mettront de suite sous la sauvegarde et la protection de la République française les biens meubles et immeubles appartenant au fisc, au prince...
Art. VII. — Le Conseil exécutif nommera aussi des commissaires
Il y a plus, et (1) tel est l'effet de l'abolition des droits féodaux sur les peuples, des perceptions établies par le despotisme, telle est cette influence, que nous avons été obligés de donner une force armée pour garantir le receveur des anciennes impositions des restitutions que le peuple exigeait des anciens impôts qu'il payait pour la tyrannie. (2) — Hé bien ! sont-ils mûrs (3), ces hommes-là (4)? Entendent-ils leur intérêts?
L'intérçt des peuples, c'est de n'être pas foulés, c'est de ne rien faire pour la tyrannie. — S'ils sentent profondément leurs intérêts, ils méritent d'être réunis à nous. (5)
Remarquez bien surtout que, de cette réunion immédiate, dépend le triomphe de la liberté dans la Belgique proprement dite; car le grand art des partisans de l'ancien régime, c'est de faire croire que vous ne voulez pas de réunion; (6) ce n'est que parce que les esprits faibles craignent, ce n'est que parce qu'ils doutent de cette réunion, que le parti autrichien se réunit à Bruxelles.
Que la réunion de Liège s'opère !
nationaux qui se rendront de suite sur les lieux pour se concerter avec l'administration provisoire nommée par le peuple, sur les mesures à prendre pour la défense commune et sur les moyens à employer pour se procurer les habillements, subsistances nécessaires aux armées de la République et pour acquitter les dépenses qu'elles ont faites et feront pendant leur séjour sur leur territoire.
Cf. sur ce décret et la mission de Danton en Belgique, A. Sorel, La politique de Danton, Revue politique et littéraire, septembre 1889; Aulard, La Révolution Française, t. XVIII et XIX (1890) ; Robinet, Danton homme d'Etat, pp. 1 13-140, 180-200.
(i) Add. Rép. fr. : «... telle est l'influence qu'a eue sur ce peuple la haine des tyrans dont nos armes l'ont délivré,... »
(2) Rép. fr. : « ... il nous a fallu protéger par la force militaire un receveur des anciennes impositions auquel le peuple voulait faire restituer les sommes qu'il avait perçues. »
(3) Add. Rép. fr. : n ... pour la liberté... »
(4) Add. Ibid. :« ... qui veulent sacrifier tout pour elle, mais qui ne veulent rien payer pour la tyrannie. »
(5) /• des Débats :« ... sont-ils libres ces peuples? s'ils sentent ainsi leurs droits? méritent-ils d'être réunis? »
(6) Add. Mon. :« ...ce n'est que parce que les patriotes pusillanimes doutent de cette réunion que votre décret du 15 a éprouvé des oppositions. »
(1) Aussitôt que la nouvelle en parviendra dans la Belgique, vous aurez, de toutes parts, de pareilles pétitions; alors nous ferons exécuter les lois françaises, alors les prêtres (2), les aristocrates séditieux purgeront (3) la terre de la liberté, et cette purgation opérée, alors nous aurons des hommes de plus, des trésors de plus; alors nous aurons des vrais républicains; alors l'Europe verra que nos principes ne sont pas chimériques, car nous en donnons l'assurance, la réunion une fois opérée, vous verrez que vous aurez dans les Belges, des hommes dignes de vous, des hommes qui feront mordre la poussière aux partisans de l'Autriche. (4)
Je conclus à la réunion immédiate. (5)
De toutes parts, on crie : « Aux voix I Aux voix ! »
(i) Add. Rép. fr. : « Ce n'est qu'à cette masse de patriotes qui couvrent les provinces de Belgique, ce n'est qu'à la confiance que leur a inspirée la loyauté française, que vous devez les vœux de Liège et de Stavelot. Accédez à ces vœux... »
(2) Add. /. des Débats : «... perturbateurs... »
(3) Add. /. des Débats : « .... en vertu de vos lois,... »
(4) /. des Débats : « ... alors les prêtres perturbateurs, les aristocrates séditieux, purgeront en vertu de vos lois la terre de la liberté. » Rép. fr. : « ... bientôt, dans toutes les parties de la Belgique, de semblables [vœux] seront prononcés. Alors, dans ces provinces, la République fera exécuter ses lois; alors les prêtres, les aristocrates purgeront cette terre conquise à la liberté; alors cette purgation salutaire procurera à la nation française des hommes, des trésors, des républicains dignes de nous qui feront mordre la poussière aux satellites de l'Autriche... » Mon. : « Cette purgation opérée nous aurons des hommes et des armes de plus. La réunion décrétée vous trouverez dans les Belges des républicains dignes de vous qui feront mordre la poussière aux despotes... » Add. Rép. fr. : «... et dont les armes s'uniront aux nôtres pour terrasser nos ennemis communs. »
(5) Rép. fr. : « Je demande que la Convention nationale prononce la réunion du pays de Liège à la République française. »
Après quelques observations de Bréard. La Convention rend, sur la proposition de Camus un décret, qui décide l'envoi de commissaires en Belgique et dont l'art. V est aussi conçu :
« Art. V. — Les trois commissaires de la Convention nationale dans la Belgique, le Hainaut, le pays de Liège, et les pays voisins qui sont venus rendre compte de leurs opérations à la Convention nationale, se réuniront à leurs collègues et partiront, savoir : Danton et [De]lacroix, immédiatement après le présent décret. Camus dans la huitaine au plus tard. Ils pourront agir conjointement ou séparément, pourvu