POUR STENGEL ET LA NOUE
D'après le Logotachigraphe.
(Convention, dimanche 10 mars 1793)
[Carra (3) réclame la mise en accusation de Stengel, etla suspension de La Noue pour avoir laissé « percer l'ennemi à travers les cantonnements dispersés ». — Delacroix déclare que le seul crime de Stengel, est d'avoir demandé, pour ne pas paraître suspect, à être employé ailleurs que contre les troupes de l'électeur palatin (4) dont il était né sujet.] — Delacroix. — Telle fut la proposition de Stengel. J'interpelle Danton de déclarer si c'est la vérité.]
Danton. — Stengel a déclaré qu'il ne pouvait pas servir (5), et qu'il était de la convenance de l'employer ailleurs. (6)
(i) Add. Ibid.: « La journée de l'ouvrier est au-dessous du nécessaire ; il faut un grand moyen correctif. »
(2) Ibid.-.K Conquérons la Hollande ; ranimons en Angleterre le parti républicain ; faisons marcher la France, et nous irons glorieux à la postérité ! Remplissez ces grandes destinées; point de débats, point de querelles, et la patrie est sauvée. « Merc. un. : « Ecrasez toutes vos petites passions... »
(3) Jean-Louis Carra, né à Pont-de-Veyle (Ain), fut député de Saôneet-Loire à la Convention; il appartenait au parti Girondin. Il était avec Mercier le principal rédacteur des Annales patriotiques et littéraires.
(4) Il commandait à Aix-la-Chapelle.
(5) Add. Mon. : «... contre son pays... »
(6) D'après la Républicain français.
[Rûhl, Thureau, Gaston, attaquent Stengel. On demande d'un côté le décret d'accusation ;'de l'autre la simple destitution. —
Lehardi (du Morbihan). — Je demande que Danton motive la priorité.]
Danton. — Vous avez entendu ma déclaration sur ce qui concernait Stengel (1), et je suis convaincu qu'il est bien éloigné d'être un républicain. (2) Je pense que des hommes qui n'ont pas nos principes et qui en conviennent, ne doivent point commander nos armées. Mais je dis qu'il faut, avant de rendre un décret d'accusation, qu'il soit fait un rapport, ou au moins que l'individu soit traduit à la barre pour y être entendu, (3) car il faut que la raison et la justice accompagnent votre inflexibilité.
Je sais que l'impunité est portée trop loin; je pense qu'elle doit cesser; (4) mais je pense aussi qu'il ne faut pas décréter d'accusation au hasard, car nous avons déjà décrété d'accusation plusieurs personnes, qui n'ont été traduites devant les tribunaux que pour être renvoyées blanchies.
Je demande donc que le ministre (5) soit tenu de faire traduire à la barre Stengel (6) et La Noue (7) pour nous rendre
(i) Mon. : « J'ai donné ma déclaration sur Stengel,...» (2) Rép. fr. : « Je suis bien éloigné de le croire bon républicain. » Mon. : « Je suis bien éloigné de le croire républicain. «
{3) Mon. : « Mais je pense qu'avant de le décréter d'accusation, il faut qu'il vous soit fait un rapport, ou que vous l'entendiez vousmêmes à la barre. »
(4) Mon. : « ... il faut que l'impunité portée jusqu'à présent trop loin cesse... »
(5) Add. Mon. : « ... de la guerre... »
(6) Ce même général Stengel dont la tête fut si menacée à l'époque de déroute d'Aix-la-Chapelle, commanda ensuite, sous le Directoire, la cavalerie de l'armée d'Italie; le général Bonaparte lui confia ses escadrons lors de son entrée en Piémont. Stengel fut tué en chargeant l'ennemi en avant de Mondovi, et il fut remplacé par Murât. (Note de Léonard Gallois dans la Réimpression du Moniteur.)
D'après le Mémorial de Sainte-Hélène, les derniers mots prononcés par Napoléon I^r^ le 4 mai 1821, veille de sa mort furent « Allons, Stengel, la victoire est à nous ! »
(7) René- Joseph de La Noue était maréchal de camp le g mars 1788; le 6 février 1792,11 fut nommé lieutenant-général à l'armée du Nord.
compte de leur conduite, sauf à les décréter d'accusation s'il y a lieu. — ■ (Aux voix ! Aux voix !)
L'Assemblée décrète la proposition de Danton ; et sur la motion de Delacroix elle décrète en outre que les scellés seront mis sur les papiers de Stengel et La Noue, et que le ministre enverra un courrier extraordinaire pour l'exécution du présent décret (1).
D'après le Républicain français (2).
(Convention, dimanche 10 mars 1793, 6 h. 1/2 du soir.)
[Barère demande qu'on ajourne au lendemain l'organisation du tribunal. — « Aux voix le renvoi! » s'écrie-t-on. — Une discussion s'engage sur la question de savoir si les jurés seront pris dans tous les départements. — Delmas veut que cette discussion soit terminée séance tenante pour permettre le départ des commissaires. — La Convention décrète que les jurés seront nommés par elle et pris dans tous les départements. — Des voix : « Levez la séance, il est 6 heures 1 ». — Le Président : « La séance est levée (3) ». — Danton s'élance à la tribune : ]
Danton. — Je somme tous les bons citoyens de ne pas
Décrété d'accusation le 4 octobre, ilfut acquitté et commanda l'aile gauche de l'armée des Ardennes à partir du 12 janvier 1793.
(i) D'après le Logotachigraphe. — A remarquer que Guiraut (comme le rédacteur du Point du Jour) appelle Stengel, Stingen. Il est appelé : Steingel, dans le Mercure universel.
Cf. Actes du Comité de salut public, t. II, p. 365; et Procès-verbal de la Convention, t. VII, p. 233.
(2) Les versions du Républicain français et du Moniteur, à part les variantes indiquées ici, sont identiques. Ce discours n'est pas reproduit par le Logotachigraphe .
{3) C'est probablement à ce moment que Guiraut, le rédacteur du Logotachigraphe, a quitté la salle des séances, avant que Danton n'ait commencé de parler.