‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 218 sur 459 · ETABLISSEMENT DU TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT DU TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE

quitter leurs postes !... (1) {U Assemblée entière est en place dans un calme profond.) (2)

(3) Quoi, citoyens, au moment où notre position est telle, que si, et cela n'est pas impossible, Miranda (4) était battu, Dumouriez enveloppé serait obligé de mettre bas les armes, (5) vous pourriez vous séparer sans prendre les grandes mesures qu'exige le salut de la chose publique? (6) — Je sens à quel point il est important de prendre des mesures judiciaires qui punissent les contre -révolutionnaires; car c'est pour eux que ce tribunal est nécessaire, c'est pour eux que ce tribunal doit suppléer au tribunal suprême de vengeance populaire. (7)

Les ennemis de la liberté lèvent un front audacieux; partout confondus, ils sont partout provocateurs. — En voyant le citoyen honnête occupé dans ses foyers, l'artisan occupé dans ses ateliers, ils ont la stupidité de se croire en majorité ! — Eh bien ! arrachez-les vous-mêmes à la vengeance populaire, l'humanité vous l'ordonne... (8)

Une voix. — Septembre !...

(i) Points de suspension dans le texte.

(2) Mon. : « (Tous les membres se remettent en place; un calme profond règne dans toute l'Assemblée.) »

(3) Add. Merc. un. : « ... Que l'Assemblée ne désempare pas sans avoir statué sur le bonheur public !... »

(4) Add. /. des Débats : «... dont l'armée est actuellement en face de Clairfayt... »

(5) /• '^^^ Débats : « Eh quoi, vous avez admis la possibilité que Miranda, dont l'armée est actuellement en face de Clairfayt, soit battu... » Merc. un. : « Souvenez- vous donc que Miranda est en présence de Clairfayt, réfléchissez que s'il était battu, Dumouriez serait bientôt enveloppé... »

(6) Add. /. des Débats : « Vous vous sépareriez sans opposer des mesures terribles aux desseins des malveillants intérieurs qui guettent l'événement pour en profiter; sans donner aux préparatifs de guerre tous les moments dont nous pouvons déposer. Merc. un. Prenez donc des mesures de sûreté pour repousser l'ennemi; prenez aussi des mesures de sûreté pour que les conspirateurs, les contre-révolutionnaires ne vous échappent point, et vous éviterez la grande justice populaire... »

(7) Mon. : « ... de la vengeance du peuple... »

(8) Points de suspension dans le texte.

(Mouvement d* indignation générale. — A l'ordre l'interrupteur ! s'écrie-i-on de toutes parts.)

Danton, continue. — Rien n'est si difficile (1) que de définir un crime politique; mais si un homme du peuple, pour un crime particulier, en reçoit à l'instant le châtiment, s'il est si difficile d'atteindre un crime politique, n'est-il pas nécessaire que des lois extraordinaires, prises hors du corps social, épouvantent les rebelles et atteignent les coupables?

Ici, le salut du peuple exige de grands moyens, (2) des mesures terribles. Je ne vois pas de point milieu (3) entre les formes ordinaires et un tribunal révolutionnaire. L'histoire atteste cette vérité; et puisqu'on a osé, dans cette Assemblée, rappeler ces journées sanglantes sur lesquelles tout bon citoyen a gémi, je dirai, moi, que si un tribunal eût alors existé, le peuple, auquel on a si souvent, si cruellement reproché ces journées, ne les aurait pasensanglantées; je dirai, et j'aurai l'assentiment de tous ceux qui ont été les témoins de ces événements, que nulle puissance humaine n'était dans le cas d'arrêter le débordement de la vengeance nationale.

Profitons des fautes de nos prédécesseurs. Faisons ce que n'a pas fait l'Assemblée législative : soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être; organisons un tribunal, non pas bien, cela est impossible, mais le moins mal qu'il se pourra, afin que le peuple sache que le glaive de la Loi pèse sur la tête de tous ses ennemis.

Ce grand œuvre terminé, je vous rappelle aux armes, aux commissaires que vous devez faire partir, au ministère que vous devez organiser; car, nous ne pouvons le dissimuler, il nous faut des ministres; et celui de la marine par exemple, dans un pays où tout peut être créé, parce que tous les éléments s'y trouvent, avec toutes les qualités d'un bon citoyen, n'a pas créé de marine; nos frégates ne sont pas sorties, et l'Angleterre enlève nos corsaires.

(i) Mon. : « Rien n'est plus difficile... »

(2) Add. Mon. : « ... et... »

(3) Mon. : « Je ne vois pas de milieu... »

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