‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 225 sur 459 · SUR LE PRIX DU PAIN ET LA GARDE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

SUR LE PRIX DU PAIN ET LA GARDE DU PEUPLE

D'après le Moniteur.

(Convention, vendredi 5 avril 1793, 8 heures du soir.)

[Delacroix propose qu'aucun ci-devant privilégié ne soit admis dans l'armée, ni comme volontaire, ni comme officier, et que seuls les sans-culottes aient droit d'en faire partie. — La proposition est adoptée par acclamations.]

Danton. — Le décret que vous venez de rendre annoncera à la Nation et à l'univers entier quel est le grand moyen d'éterniser la République : c'est d'appeler le peuple à sa

(i) Add. Rép. fr., J . des Débats : « J'oppose un fait à Barbaroux. »

(2) Rép. fr., J . des Débats « ... il a applaudi, lui-même... »

(3) Rép. fr. : « J'ai lieu d'être étonné que le député d'un département si énergique montre une si tendre sollicitude... {On applaudit.) » /. des Débats : « J'ai lieu d'être étonné d'après cela que Barbaroux montre une si tendre sollicitude... nMerc. un. :« Il est bien étonnant qu'aujourd'hui, il montre une si tendre sollicitude pour les conspirateurs. (Applaudissements des tribunes.) »

défense. (1) Vous allez avoir une armée de sans-culottes. (2) (On applaudit à plusieurs reprises dans toutes les parties de la salle)... (3) ; mais ce n'est pas assez (4); il faut que, tandis que vous irez combattre les ennemis de l'extérieur, les aristocrates de l'intérieur soient mis sous la pique des sansculottes. (5) (Les applaudissements recommencent.)

Je demande qu'il soit créé (6) une garde du peuple qui sera salariée par la Nation. Nous serons bien défendus quand nous le serons par les sans-culottes.

J'ai une autre proposition à faire : il faut que, dans toute la France, le prix du pain soit dans une juste proportion avec le salaire du pauvre; (7) ce qui excédera sera payé par le riche. (8) (On applaudit.)

Par ce seul décret, vous assurez au peuple, et son existence, et sa dignité; vous l'attacherez à la Révolution; vous acquerrez son estime et son amour. Il dira : nos représentants nous ont donné du pain ; ils ont plus fait qu'aucun de nos anciens rois. (9)

Je demande que vous mettiez aux voix les deux proposi-

(i) Rép. fr., Logotach., J. des Débats : « Vous venez d'assurer l'affermissement de la liberté en remettant au peuple lui-même le soin de la défendre. »

(2) Merc. un. : « Le peuple va voir que vous voulez une armée de sans-culottes... »

(3) Points de suspension dans le texte.

(4) Add. Rép. fr., Logotach., J. des Débats : «... ce peuple que tant de sacrifices ont épuisé sans affaiblir jusqu'ici son ardeur, pourait se décourager enfin si ses représentants ne lui prouvaient pas qu'ils s'intéressent véritablement à son sort. »

(5) Merc. un. : « Mais il faut en même temps que l'aristocratie tremble, qu'elle soit sous la pique nationale. Add. Il ne faut pas entraver le commerce ni l'agriculture, mais il faut que le peuple se trouve mieux. »

(6) Add. Rép. fr., Logotach., J. des Débats : « ... dans les grandes villes... »

(7) Merc. un. : « Il faut encore que le pain soit à un prix tel qu'il soit combiné avec le salaire de l'ouvrier. »

(8) Rép. fr.. Logotach.. J. des Débats : « C'est sur les grandes fortunes que nous prendrons le surplus, si surplus il y a. »

(9) Add. Merc. un. : « ... nous devons défendre la liberté, la République. »

CON\'ENTION, 10 AVRIL I793 379

lions que j'ai faites, et qu'elles soient renvoyées au Comité pour vous en présenter la rédaction. (1)

Ces deux propositions sont adoptées au milieu des applaudissements de toute l'Assemblée. (2)

D'après le Logotachigraphe .

(Convention, mercredi 10 avril 1793, 8 heures du matin.)

[La section de la Halle-aux-Blés avait rédigé et fait circuler dans les autres sections une adresse demandant que

(i) Rép. fr., Logotach., J. des Débats : « J'invoque au reste le renvoi de ces propositions au Comité pour le mode d'exécution, mais je réclame l'adoption du principe à l'instant même. »

{L'Assemblée se lève tout entière et décrète le principe par acclamations.)

(2) M. Robinet a retrouvé aux Archives nationales, et publié dans son livre sur Le Procès des Dantonistes, p. 610, un projet de décret entièrement écrit de la main de Danton, signé par lui et qui paraîtrait remonter aux premiers mois de l'année 1793. Ce projet est ainsi conçu :

« La Convention nationale décrète qu'il sera formé dans chaque grande ville une garde de citoyens choisis parmi les moins fortunés et que ces citoyens seront armés et salariés aux frais de la République.

La Convention charge son Comité militaire de lui faire un rapport sur le mode d'exécution du présent décret.

La Convention décrète que chaque section de la République oiî le prix des grains ne se trouvera plus dans une juste proportion avec les salaires des ouvriers, il sera fourni par le trésor public un fonds nécessaire qui sera prélevé sur les grandes fortunes et avec lequel on acquittera l'excédent de la valeur du pain comparée au prix des salaires des citoyens nécessiteux.

La Convention charge son Comité des finances et d'agriculture réunis de lui faire un rapport sur les moyens d'exécuter le présent décret de telle sorte qu'il ne nuise à l'agriculture, ni à la circulation des grains.

Danton.

Roland fût décrété d'accusation ainsi que tous les autres députés coupables. — Petion attaque cette adresse.]

Danton. — Je demande que le rapport de Cambon, au nom du Comité de salut public, soit entendu.

Petion . — Je ne suis pas surpris que de semblables pétitions...]

Danton. — Je demande la mention honorable de l'adresse, et je suis prêt à la discuter; mais je demande la parole pour une autre motion d'ordre [...]

(Danton monte précipitamment à la tribune. De violents murmures éclatent dans une grande partie de la salle, cette partie se lève par un mouvement spontané. Salle, Guadet, Chambon (1), entourent Petion et le retiennent à la tribune; David (2) et d'autres membres de V extrémité [gauche] pressent Danton d'y prendre la parole (3) — le Président est couvert, le calme se rétablit.)

[Petion reprend son discours. Il analyse l'adresse, œuvre d'une minorité, et demande que le président et les secrétaires qui l'ont signée soient mandés à la barre pour déclarer si les signatures qui sont au bas de l'adresse sont véritables, et dans le cas où elles le seraient, que ces individus soient traduits devant le Tribunal révolutionnaire.

Danton monte à la Tribune. (Les tribunes applaudissent.)]

Danton. — C'est une vérité incontestable que vous n'avez pas le droit d'exiger du peuple, ou d'aucune portion du peuple, plus de sagesse que vous n'en montrez vous-

(i) Aubin-Bigorie de Chambon, député de laCorrèze à la Convention, ardent Girondin.

(2) Jacques-Louis David, peintre, député de Paris à la Convention.

•(3) Merc. un. : « {Des cris, — Danton court à la tribune; — soixante députés à gauche et à droite s'y portent; — altercations, menaces. — La plupart des membres quittent leurs places, entourent la tribune ; le président se couvre; le désordre continue. Lacroix et Danton menacent les membres à gauche [du rédacteur du journal, c'est-à-dire, les membres de la droite] qui le leur rendent; le calme enfin se rétablit.) » — Nous nous sommes servis du Républicain français pour l'établissement de ce passage du texte courant.

mêmes. (1) Eh bien, si cette vérité est incontestable, le peuple n'a-t-il pas le droit, lui, de bouillonner d'un excès de patriotisme qui le porte jusqu'au délire patriotique, lorsque cette tribune est presque une arène de gladiateurs, (2) lorsque j'y ai été moi-même en quelque sorte assiégé, (3) provoqué par un grand nombre de membres de cette Assemblée ? (4)

Citoyens, considérez les passions qui doivent posséder un grand peuple dans un moment de révolution ! Considérez la nature de vos propres passions, et ensuite vous verrez comment vous devez juger la partie du peuple qui peut mettre de l'exagération dans ses opinions. (5)

Je vais examiner froidement le projet de décret de (6) Petion; je n'y mettrai aucune passion (7), je conserverai mon immobilité, quels que soient les flots (8) qui me pressent tous les jours (9). Je sais quel sera le grand dénouement (10): le peuple demeurera libre (11); mais, quel que soit le sort de la liberté, j'aurai toujours le même caractère. J'aime la République, je désire pour le salut de mapatrie, et, pour le

(i) Mon. : « ...que vous n'en avez vous-mêmes... »

(2) Rép. fr. : « Vous n'avez pas le droit d'exiger de lui qu'il soit maître des mouvements d'un zèle exalté peut-être... » Mon. : « Le peuple n'a-t-il pas le droit de sentir des bouillonnements qui le conduisent à un délire patriotique lorsque cette tribune semble continuellement être une arène de gladiateurs... » /. des Débats : « Qu'y a-t-il donc d'étonnant de lui entendre dire qu'il bouillonne d'impatience quand cette tribune... »

(3) Add. Rép. fr. : «... quand moi-même, je viens d'y être environné de murmures et d'outrages,... »

(4) Add. Mon. . « Ne m'a-t-on pas dit que je voulais être dictateur? »

(5) Rép. fr. : « Considérez, citoyens, les mouvements d'un grand peuple en révolution; comparez-les avec les vôtres et jugez entre le peuple et vous. ))

(6) Mon., Rép. fr. : n ... présenté par... »

(7) Add. Mon. : «... moi ! »

(8) Add. Ibid. : « ... d'indignation,... »

(9) Add. Mon. : «... en tous sens. Merc. tm.]; je ne sortirai de la Révolution qu'avec le caractère que j'y ai apporté. »

(10) Add. Mon. : « ... de ce grand drame. »

(11) Add. Merc. un. : « ... et maître... »

maintien de la République, je désire que la France donne la loi à ses ennemis. (1)

Petion a disséqué l'adresse qui vous a été lue. Je n'en connaissais que la dernière portion, car, lorsque je suis entré dans la salle, on en était à la fm; elle me parut contenir d'excellentes choses en elle-même. Je rétablis les faits relativement à ce que j'ai entendu. (2)

(3) Je dis que la conclusion que Petion a tirée de son discours est pour le moins insignifiante et ne peut produire aucun effet; voici comme je le prouve.

Nous savons tous que, dans différentes parties (4) de la France, chaque section de la République (5) a jugé nos débats selon les passions qui dominaient ici, ou suivant l'influence qu'avaient dans l'Assemblée certains citoyens; nous savons tous, qu'alternativement, on a demandé la tête des citoyens qui se trouvaient de tel côté, et ensuite des citoyens qui siégeaient dans un autre, — Je dois répéter aussi ce qui a été dit de moi; on a aussi demandé ma tête, et on l'a demandée d'une manière qui pouvait bien plus provoquer le mécontentement et l'indignation de cette Assemblée. (6)

Sans qu'il y ait eu un jugement rendu par vous sur des individus de la Convention, on est venu vous demander qu'on les chassât de votre Assemblée comme indignes de porter le nom de Français, et que tout citoyen devait en délivrer la République. Des administrations, des départe-

(i) Add. Mon. : « Je veux la République, je prouverai que je marche constamment à ce but. {On applaudit.) »

(2) /. des Débats : « Je commence par déclarer que je n'ai entendu que la conclusion de l'adresse lue par Petion, et que c'est le motif qui m'avait déterminé à en demander la mention honorable. » Rép. fr. : « ... je n'en connaissais que la fin qui me paraissait excellente en principe. J'ai dit que nous discuterions si elle méritait la mention honorable. »

(3) Add. /. des Débats : « De là je passe à la proposition de Petion. Il sollicite l'amenée à la barre des signataires de la pétition. »

(4) Mon. : «... dans plusieurs départements... »

(5) Add. Rép. fr. : «... a considéré alternativement tel ou tel d'entre nous comme un ennemi de la liberté. »

(6) Rép. fr. : « ... d'une manière plus coupable encore, car c'étaient des corps constitués, des administrateurs qui la demandaient. »

ments, et notamment le département du Finistère en ce qui me concerne, ont émis une pareille opinion.

Citoyens, remarquez bien quelle serait la conséquence générale de ce que vous propose Petion : (1) plusieurs pétitions contiennent des suites funestes au bien public, mais il faut les juger suivant la nature des circonstances. (2) — Ainsi, j'en appelle à Petion lui-même (3) : ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se trouve dans les orages populaires; (4) lorsqu'une monarchie se brise (5) lorsqu'on veut arriver à une République stable, le peuple, (6) surtout quand il est menacé par des ennemis extérieurs, (7) dépasse, pour ainsi dire, le but par la force de projection politique (8)... (9) Saisissez bien ces vérités; elles sont éternelles : le peuple dépasse en quelque sorte son but par l'impulsion de la force qu'il sent pouvoir se donner... (9)

Mais, que doit faire la réunion des législateurs? (10) Elle doit être immobile, elle doit mettre à profit toute cette énergie (11) ; et certes, (12) Petion ne méconnaît pas cette

(i) Rép. fr. : k ... la conséquence générale qui résulterait de la proposition de Petion, si elle était adoptée. Add. Chaque jour, de nombreuses pétitions, (plus ou moins exagérées [Mon^) vous arrivent de toutes les parties de l'Empire... »

(2) Rép. fr. : « ... les mesures qui sont proposées sont peut-être mauvaises, mais vous ne devez en juger que le fond et l'esprit qui les a dictées. » /. des Débats : « Je lui observe d'abord, qu'en général, les pétitions doivent être jugées bien moins par les expressions qu'elles contiennent que par l'esprit qui les a dictées. »

(3) Add. Rép. fr. : « ... qui plus qu'un autre doit connaître quel est le degré d'agitation d'un mouvement révolutionnaire,... «

(4) Add. Rép. fr. : « ... vingt fois je lui ai fait ce raisonnement : ... »

(5) Add. Rép. fr. : « ... sous les efforts des amis de la liberté,... »

(6) Add. Rép. fr. : «... emporté lui-même par le mouvement qui a fait diisparaître le trône,... »

(7) /. des Débats : «... quand le peuple est obligé de combattre à la fois des ennemis extérieurs et intérieurs,... »

(8) Add- Mon. : « ... qu'il s'est donnée. » (g) Points de suspension dans le texte.

(10) Rép. fr., J. des Débats : « Alors, que doit faire le législateur?» Mon. : « Que doit faire la représentation nationale? »

(11) Rép. fr. : « Immobile, il doit mettre à profit l'énergie du peuple.» Add. Mon. : «... profiter de ces excès mêmes. »

(12) Add. Rép. fr. : « ... Petion ne niera pas cette opinion,... »

énergie populaire, car dans la première Assemblée constituante, Marat que Petion accuse encore, Marat n'était pas moins terrible aux aristocrates, ni moins ennemi des modérés. (1) Eh bien ! Marat (2) a trouvé des défenseurs dans l'Assemblée constituante, dans toutes ses parties ! Eh bien ! à cette époque aussi, on a cent fois dit que la majorité était exécrable, parce qu'elle l'était réellement ! (3). (Interrompu)

Ici, je n'en tire pas la même conséquence; (4) mais con>ment des représentants doivent-ils recevoir ces calomnies? Je veux les prendre dans toute leur force : (5) comment devez-vous répondre à une portion du peuple qui pourrait vous dire que vous vous êtes montrés indignes de votre mission ? — Vous devez répondre par de grandes mesures; vous devez lui répondre que vous sauverez la République.

Et, depuis quand vous doit-on des éloges? (6) Êtes-vous arrivés au terme de vos travaux ? (7) (Applaudi.) — Et depuis quand chaque citoyen a-t-il perdu le droit de s'expliquer, et sur ceux qui le gouvernent, et sur ceux qui font les lois? (8)

On parle (9) de calomnie (10). — La calomnie, dans un état

(i) Mon. : «... ni moins terrible aux aristocrates, ni moins odieux aux modérés. »

(2) Add. Mon. : « ... qui déjà dénonçait comme il le fait aujourd'hui,... »

(3) Rép. fr. : « Dans ce temps aussi, on disait que la majorité était détestable et corrompue. « Mon. : « Il [Marat] disait aussi que la majorité était mauvaise, et elle l'était. »

(4) Rép. fr. : « Je n'appliquerai pas ce raisonnement aux circonstances présentes... » Mon. : « Ce n'est pas que je croie qu'il en soit de même de cette Assemblée.. » Add. /. des Débats :« On vous dit que la majorité des membres de la Convention est corrompue».

(5) Add. Mon. : «... que devez-vous répondre au peuple quand il vous dit des vérités sévères? »

(6) Rép. fr. : « Et depuis quand avez-vous cru que des éloges vous étaient dus? »

(7) Rép. fr. : « Avez-vous atteint le terme de vos travaux ? » Add. : Mon. « Etes-vous à la fin de votre mission? «

. (8) Rép. fr. : « Depuis quand les réflexions sur la conduite des chefs du gouvernement est -elle interdite [lire : sont-elles interdites] aux citoyens ? »

(9) Add. Rép. fr. : « ... sans cesse... »

(10) Add. Ibid. : «... et des maux qu'elle entraîne après elle. »

vraiment libre, n'est rien pour celui qui a le sentiment profond de son devoir. (1) (Applaudi.)

Je vous ramène à un axiome politique vraiment trivial. (2) Encore une fois, ce qui s'appelle calomnie ne peut pas devenir la base d'une délibération particulière de l'Assemblée. Je dis qu'il existe des lois contre ceux qui veulent porter atteinte à la République ou à la personne d'un ou de plusieurs de ses représentants. (3) Que ceux qui croient pouvoir traduire devant les tribunaux, les citoyens de la pétition, que ceux qui croient avoir ce droit, l'exercent. (4) Mais si vous délibérez sur cette pétition, ne délibérez-vous pas aussi sur l'adresse de Marseille ? (5)

Voyez dansquellemervousvousembarquez[...]Vous allez vous embarquer sur une mer de calomnies ou d'erreurs. (6) Si vous y attachiez de l'importance, oui, je le répète, vous seriez indignes des fonctions qui vous sont déléguées (7); vous devez avoir perpétuellement devant vous ces grands objets d'intérêt public, prendre des mesures énergiques pour repousser les ennemis de la République, (8) et faire une autre Constitution. (9) [...](Applaudissements.) Nous la

(i) Rép. fr. : « Eh bien, chez un peuple Ubre, la calomnie elle-même, n'est rien pour celui qui a le sentiment d'avoir rempli ses devoirs. » Mon. : «... pour un homme qui a la conscience intime de son devoir. »

(2) Rép. fr. : « Je vous rappelle à un axiome connu... c'est que jamais une calomnie... » ,

(3) Add. Rép. fr. : « Que ceux qui croient avoir beaucoup de réclamations à élever les portent aux tribunaux et non à la Convention nationale. »

(4) Mon. : « Il existe des lois, des tribunaux; que ceux qui croient devoir poursuivre cette adresse l'y poursuivent. »

(5) Rép. fr. : « Poursuivez donc aussi, pour leurs opinions, les signataires de l'adresse de Marseille. Add. Ne souffrez pas d'exception à une loi générale. »

(6) Rép. fr. : «... autrement, voyez l'océan de dénonciations, l'immensité de calomnies sur lesquelles vous aurez à prononcer. Add. Vous les mériterez toutes si vous leur donnez trop d'importance. »

(7) Rép. fr. : « ... confiées... Add. si vous négligez pour elles les grands objets qui doivent vous occuper. »

(8) Add. Ibid. : «... ramener l'ordre dans l'intérieur,... »

(9) Rép. fr. : « Citoyens, au lieu de répondre à de vaines dénonciations battez les ennemis, . . . donnez promptement au peuple une constitution. » Mon. : «... une bonne constitution. »

voulons tous cette Constitution, la France la veut, Ja demande, et elle l'aura d'autant plus belle qu'elle sera créée parmi les périls dont nous sommes environnés : (1) ainsi, un peuple de l'antiquité tenait d'une main la truelle et de l'autre l'épée, pour repousser ses ennemis. (2)

Ne nous effrayons pas par ce qu'on appelle calomnie; rallions-nous comme nous en sommes convenus; faisons notre devoir; (3) prenons ce qu'il y a d'énergique dans ce que le peuple nous adresse, et n'allons pas surtout nous faire la guerre, en faisant délibérer les sections sur des calomnies, sur des opinions politiques, tandis que nous devons conserver leur énergie pour la diriger contre les Autrichiens. (4)

Je dis qu'il est impossible de courir des dangers, parce qu'on vient faire ici des dénonciations exagérées, et tout membre qui semble craindre que la mort ne l'atteigne, (5) qui semble redouter ces dénonciations... (6) (Interrompu par des ho ! ho ! ho !)... (6) Voilà vos preuves de sagesse, voilà l'exemple de raison que vous donnez, et vous voulez faire le procès au peuple ! (7) Vous êtes cent fois plus virulents que lui; il vous jugera !... (6) (Vifs applaudissements. — Quelques

(i) Mon. : «... au milieu des orages de la liberté... »

(2) Rép. fr. : « Un peuple ancien, la truelle d'une main et l'épée de l'autre, élevait ses remparts et repoussait ses ennemis. » Mon. : « Ainsi un peuple de l'antiquité construisait ses murs en tenant d'une main la truelle et de l'autre l'épée pour repousser les ennemis. »

(3) Add. Rép.fr. : « ... soyons persuadés de cette vérité, qu'il est des hommes auxquels la nature a donné beaucoup d'énergie, mais chez lesquels cette même énergie n'est pas dirigée par l'éducation;... »

(4) Rép. fr. : « N'allons pas allumer la guerre entre les sections de Paris et la Convention nationale; n'allons pas ralentir leur zèle tandis que nous en avons besoin pour les diriger toutes entières contre les Autrichiens. »

(5) Rép. fr. : « N'imitons pas ces hommes que de fausses terreurs, que la crainte de la mort peut-être... » Mon. : « Que l'on ne vienne donc plus nous apporter des dénonciations exagérées, comme si l'on craignait la mort... «

Add. Rép. fr. : « La Révellière-Lépeaux. — Je crains la mort de la République, Danton, et non la mienne ! »

(6) Points de suspension dans le texte.

(7) Mon. : « Vous voulez sévir contre le peuple. »

zwix: «Vous n'allez pas au fait !») [...] Je ne viens pas au fait !) Mais je suis tellement venu au fait, que je vous ai dit qu'il fallait marcher droit à vos ennemis et tourner contre eux les fureurs populaires; qu'il fallait marcher droit au but, et ce but est de faire une constitution et de mettre la République en harmonie ! — Est-ce là. venir au fait? — Et qui y est venu plus que moi au fait? — Et tout à l'heure encore, plusieurs d'entre vous avaient la stupide lâcheté de m'accuser de vouloir être dictateur; il vous sied bien d'après cela de porter la guerre au peuple ! (1)

Je soutiens que la discussion qui a été entamée sur cette adresse, est insignifiante et ne peut avoir aucun effet. Je soutiens que vous devez être tout entiers aux grands intérêts de la République qui appelle vos soins. (2) Je soutiens que, quand même il y aurait eu lieu à une discussion profonde de cette adresse, que, quand même il y aurait eu lieu à rendre des décrets relatifs à cette adresse, il était quelque chose de plus important (3) et que je vous rappelle, c'est le rapport que devait vous faire votre Comité de salut public [...] (Interrompu); (4) mais qui donnera l'exemple le plus parfait du mépris que méritent les calomnies (5).

(6) Je ramène donc l'Assemblée à un objet (7) réel; (8) je la ramène au rapport qu'on va vous faire; je la ramène à la nécessité de donner une grande activité à notre marine

(i) Merc. un. : «... après, cela, de porter la guerre contre vos ennemis. »

(2) Add. Rép. fr. : «... je soutiens que dans ce moment toute discussion étrangère est insignifiante Aucunes lois ne peuvent être bonnes si elles n'ont l'intérêt public pour objet. »

(3) Rép. fr. : « Vous avez quelque chose de plus important à entendre que la discussion qui vous occupe en ce moment. »

(4) Add. Rép.fr. : « ...votre Comité desalut public que déjà l'on calomnie,... »

(5) Add. /bzi. :« ....mais que son zèle, ses travaux, sauront faire triompher de ses ennemis, [votre Comité] demande à être entendu pour un rapport pressant. Il est absurde de demander la priorité de discussion sur une adresse semblable. «

(6) Add. /. des Débats : « C'en est assez sur un sujet qui n'aurait jamais dû faire naître une discussion parmi nous. »

(7) Add. /. des Débats. : «... d'intérêt. »

(8) Add. /. des Débats : «... je passe à la motion d'ordre que je voulais faire d'abord. : ... »

qui peut encore (1) se présenter d'une manière formidable-, qui, d'après les déclarations mêmes du ministre de la marine, est estimable sous bien des rapports. Il vous fera connaître, dis-je, qu'il faut à l'instant même choisir un autre ministre qui donne plus d'impulsion à l'action, qui réponde à la force des circonstances, (2) et je demande que le rapport soit discuté à l'instant même car le moment de l'équinoxe, sur l'Océan, est passé. (3)

L'Angleterre, enhardie par les succès de nos ennemis, va développer toutes ses forces maritimes. (4) Eh bien ! augmentons notre marine, (5) vainquons nos ennemis : nous avons l'Europe pour point d'opposition (6); c'est là, c'est là seulement que doivent aboutir nos efforts, et ne nous faisons pas la guerre. (7)

Si notre gouvernement était affermi, si nous n'avions plus à discuter que des lois ordinaires, peut-être serait-il bon qu'il y ait une agitation réelle, une sorte d'apposition (8) qui donne aux discussions une forme en quelque sorte dramatique pour lui donner plus de force et plus d'intérêt. Mais, quand toute l'Europe nous presse, comment se fait-il que nous ne composions pas tous une seule et même phalange (9) puisqu'il faudra périr tous, ou tous sauver la République !(10)

(i) Add. Rép. fr. : « ... sortir imposante de vos ports,... «

(2) Add. /èî<i. :«... votre Comité de salut public va vous proposer de nommer un citoyen qui puisse donner à cette partie si intéressante des forces de la République, tout le développement qui leur est nécessaire,... »

(3) Merc. un. : « ... je vous dis que, quoique votre ministre soit honnête homme,il faut le changer pour en mettre un qui ait plus d'énergie, car l'équinoxe est passé... »

(4) Add. Rép. fr. : « L'Angleterre armée est prête à traverser les mers, pour venir porter le feu sur vos côtes. /. des Débats. Il est donc instant de mettre notre marine dans un tel état de défense, que nous puissions en imposer aux brigands qui veulent nous asservir ! »

(5) Add. Rép. fr.: «..., créons des forces que nous puissions lui opposer...»

(6) Add. Rép. fr. : « ..., c'est assez d'ennemis... »

(7) Rép. fr. : «... ne nous faisons pas la guerre entre nous. »

(8) Lire probablement opposition.

(9) Add. Merc. un. : «... contre les rois conjurés,... »

(10) Rép. fr. :« ... ne composons qu'une seule phalange puisque vaincus, nous périssons tous ! » Merc. un. : « Comment se fait-il que nous ne formions pas une seule phalange... puisque si nous étions vaincus ; il faudrait périr tous ? »

Je demande donc la question préalable (1) sur l'adresse €11 question, ou que, s'il est fait un rapport sur cette adresse, on enveloppe tous ceux qui par leurs écrits et leurs actions ont disséminé des principes dangereux (2)... (3) car, si Paris montre (4) une sorte d'indignation, (5) il a bien le droit de s'en prendre à tous ceux qui ont eu la hardiesse et la lâcheté de le calomnier après tous les services qu'il a rendus.

Je demande surtout, qu'avant toute autre discussion, vous entendiez à l'instant même le rapport que votre Comité de salut public doit vous faire, relativement à votre marine. (6)

[La Convention suspend la discussion sur l'adresse, et passe au rapport du Comité de salut public. (7)]

D'après le Logotachigraphe.

(Convention, vendredi 12 aVril 1793, 6 heures du soir.)

[Guadet, répondant aux accusations de Robespierre, met en cause Danton : « Dans tous les spectacles de Paris, qui était sans cesse aux côtés de Dumouriez? — Votre Danton !]

Danton. — Ah ! tu m'accuses, moi !... Tu ne connais pas

(x) Âdd. Rép. fr. : « ... sur la proposition de Petion... »

(2) Rép. fr. : «... ou l'examen de toutes les adresses du même genre <jui vous sont parvenues. »

(3) Points de suspension dans le texte.

(4) Add. Rép. fr. : « ... en ce moment... »

(5) Add. Ibid. : «... il lui est permis sans doute de faire à ses calomniateurs une guerre d'opinions,... »

(6) Add./. <^es Z)^6fl^s: «Je demande donc que Cambon chargé par le Comité de salut public de vous présenter des mesures à cet égard soit entendu sur-le-champ et je demande la question préalable sur la proposition de Petion. »

{7) J. des Débats : « La Convention décrète que Cambon sera entendu "Ct que la discussion sur la proposition de Petion sera reprise après. »

ma force... Je te répondrai, je prouverai tes crimes... A r Opéra j'étais dans une loge à côté de lui, et non dans la sienne... (1) Tu y étais aussi. (2)

[Guadet continue son discours. — Unmouvementalieudans l'une des tribunes, plusieurs membres se plaignent de ce qu'un citoyen les a insultés. 11 est envoyé au corps de garde. (3)]'

Danton. — Je demande que l'on rende compte à l'Assemblée des motifs qui ont autorisé cette arrestation, car un citoyen ne doit pas être arrêté sur une simple dénonciation. (4)

[Guadet reprend son discours. — Marat veut défendre à la tribune une proclamation de la Société des amis de la Constitution, concluant à ce qu'on marchât contre l'Assemblée, pourfaire justice des traîtres. — On demande un décret d'accusation contre lui.]

Danton se porte à la tribune (5) (« Aux voix! Aux voix! Fermez la discussion! » — Tumulte.)

Danton. — Je demande la parole sur la clôture de la discussion d'après le règlement. (Tumulte.)

[Delacroix veut parler. (6)]

L'Assemblée décrète que ceux-là qui veulent parler en faveur de Marat seront entendus.

(i) Les points de suspension de ce passage figurent dans le texte.

(2) Mon., J. des Débats : « Je te répondrai : à l'Opéra tu étais dans une loge à côté de lui, et moi je n'étais pas dans la sienne ! » Logotach. : « Vous étiez à l'Opéra dans une autre loge ! » Merc. un. : « J'étais à l'Opéra, mais je n'étais pas dans la même loge, j'étais à côté, a

(3) Logotach. : « Un particulier des tribunes crache sur un député. Il est mis dehors, puis arrêté. » Merc. un. : « Marat et David causent uxie interruption. — Un individu des tribunes dit qu'il faut couper la tête à ces g... là. Sur la plainte des membres, il est mis en état d'arrestation. »

(4) Merc. un. : n Sur votre dénonciation, l'on ne doit pas arrêter un citoyen. Add. {Trouble.) »

(5) Add.Afon. «((/»« partie de l'Assemblée et les tribunes applaudissent. y

(6) kài. Merc.un. : «Danton. — L'on veut décréter sans entendre! Je n'attribue qu'à une agitation... {Longues interruptions)... Logotach. {Il quitte la tribune.) »

Plusieurs membres demandent la parole. Elle est accordée à Danton.]

(1) Danton. — Je savais bien que votre agitation se calmerait; je savais bien que la majorité de l'Assemblée ne prononcerait contre un de ses membres qu'après avoir entendu tous ceux qui devaient parler (2).

Je ne veux pas faire peur, à moins que le langage de la raison et de la liberté ne nous épouvante. Je vais dire mon opinion et je veux qu'elle porte sur les grands intérêts de la patrie. On voit que je joue ici un rôle sensé quoique vous croyez que je sois l'agitateur de la République.

Je déclare d'abord que, tout en [re] connaissant les vues et la justice de Robespierre, moi, je n'aurais point fait la dénonciation qu'il a jetée dans cette Assemblée. (3) [...] (Interrompu)[...] Ne me prêtez pas vos idées; laissez-moi les miennes.

La dénonciation de Robespierre n'est fondée que sur des vues politiques (4). Quoique j'aie été mêlé en quelque sorte dans la réponse de Guadet, je ne veux pas m'en souvenir, crainte d'élever les tempêtes des passions; (5) je ne veux parler qu'à la raison; il faut voir si, de part et d'autre, nous ne poursuivons pas vainement des fantômes, ou bien il faut s'assurer s'il y a des conspirations, et surtout s'il y a une conspiration d'Orléans. (6)

(i) Add. Mon. : « {Une partie de V Assemblée et les tribunes applaudissent.) »

(2) Mon., Rép. fr., J . des Débats : « Je savais bien que la majorité de la Convention ne voudrait pas prononcer sur le sort d'un de ses membres... » Merc. un. : « ... ne prononcerait pas, sans entendre. » Add. Mon., Rép. fr., J. des Débats : « ... non en faveur d'un homme, mais de l'intérêt public. » — Var. Merc. un. : « ... non pas sur un individu, mais sur l'intérêt public. »

(3) Mon., Rép. fr., J. des Débats : « Je déclare d'abord que, tout en reconnaissant le civisme de Robespierre je n'aurais pas fait, moi, une dénonciation... »

(4) Merc. un. : «...dénonciation qui, même dans la plénitude de son opinion, ne donne que des preuves politiques. » Mon., Rép. fr., J. des Débais : «... qui ne pose que sur des preuves politiques... »

(5) Mer. un. : « Guadet, je crois, a aussi voulu parler de moi ; je veux bien oublier que je puis aussi exciter la tempête des passions. »

(6) Mon., Rép. fr., J. des Débats : « La grande question est de savoir ce que c'est que la conspiration d'Orléans et si elle existe. »

J'aljorde franchement la question: je n'ai jamais pris le parti d'aucun de ces hommes dont il s'agit; j'étais dans la Belgique, lorsqu'on a discuté dans cette Assemblée s'il fallait expulser d'Orléans de cette Assemblée; j'ai cru longtemps que cette faction n'était que chimère, mais je conçois que réellement elle a pu avoir lieu. (1)

(2) Maintenant, je dis que j'ai la plus grande latitude, soit que je veuille parler pour Marat, ou sur l'intérêt général (3) (On crie : Non ! non !).

Citoyens, voulez-vous m'ôter la parole par un décret? (4) J'aurai rempli mon devoir, et après un triomphe misérable, vous demanderez à revenir sur un décret qu'on ne devrait qu'aux passions. (5)

(6) Marat, n'est-il pas représentant du peuple français I Ne vous souvenez-vous plus que vous ne devez décréter un

(i) Ibid.: « J'ai cru longtemps que cette faction n'était qu'une chimère, mais je pense aujourd'hui qu'elle peut avoir quelque fondement. » Mon., J. des Débats : «... quelque réalité. »

(2) Âdd. Mon., Rép. fr., J. des Débats :« Quelques voix. — Parlez de Marat ?

Merc. un. Birotteau. — Et Marat, voilà la question !

Danton. — Oui, je vais en parler, mais quand l'Assemblée exercera les fonctions d'un tribunal sur l'un de ses membres, elle ne peut empêcher que sa défense ne soit aussi complète que celle de tout accusé. »

(3) Mon., Rép. fr., J. des Débats : « ... et je dois avoir la plus grande latitude, soit que je parle de Marat, soit que je vous occupe des intérêts généraux de la République. «

(4) Add. Merc. un. : « Eh bien, par l'intérêt qu'inspire Marat, d'après le décret d'accusation, je devrais envelopper la totalité des conspirations ou vraies ou imaginaires : vous êtes ses juges, vous êtes les miens; mais moi je suis son défenseur, et pouvez- vous circonscrire mes idées? — Je garrotte les vôtres... »

(5) Merc. un. : «... et telle est la force du principe qui rallie toujours les plus opposés[que], quand vous porteriez le décret, cette misérable victoire vous forcerait vous-mêmes de le [rap] porter. »

(6) Add. Rép. fr. : « J'observe d'abord qu'il est étonnant que l'incident d'une lecture des pièces, nécessaire selon lui à la justification de Guadet, soit devenu tout à coup une question principale. J'observerai ensuite que, s'il pouvait y avoir lieu à décréter Marat d'accusation ou à l'expulser de votre sein, il vous faudrait toujours en venir à cette mesure préliminaire de renvoyer au Comité pour faire un rapport et développer les motifs. Merc. un. Dans une autre circonstance vous aviez été plus froids, vous aviez renvoyé à votre Comité. »

membre de la Convention nationale, que lorsqu'une foule de preuves irréfragables pèseront sur lui? (1) Et comment se fait-il, si ces principes sont vrais, comment se fait-il, qu'au milieu des passions qui agitaient les deux partis, dans une discussion où on s'attaquait respectivement, où on se traitait de conspirateurs, comment se fait-il que vous consultiez assez peu la voix de la raison, pour ne pas sentir que ce serait commettre une grande injustice que de prononcer sans avoir articulé la série des griefs?

Je désire aussi, moi, l'aveu sur la totalité des griefs; je ne le veux pas sur un mot lâché dans une discussion trop véhémente : (2) cherchons donc l'évidence contre tous ceux qui peuvent être coupables. (3) Ici, d'Orléans est véritablement accusé; l'intérêt public, la justice, tout ce qui a été dit par plusieurs membres des deux côtés de cette Assemblée tout tend à accuser d'Orléans. Pourquoi d'Orléans, au lieu d'être confondu avec des femmes de sa famille, n'est-il pas conduit devant le tribunal criminel? (4) (Applaudissements.) — Ce n'est pas, dit-on, le moment? — Le moment est arrivé, puisque l'accusation paraît venir des deux côtés de cette Assemblée. Quoi ! plusieurs d'entre nous sont soupçonnés d'avoir travaillé de concert avec lui, et on dit que ce n'est pas le moment d'éclairer cette trame ! (5)

(i) Merc. un. : « Ne devez-vous pas avoir la politique de n'entamer la représentation nationale que sur des séries de griefs articulés et prouvés? » Mon., Rép. fr., J . des Débats : « Et ne vous ressouvenez-vous plus de ce grand principe que vous ne devez entamer la Convention qu'autant qu'une foule de preuves irréfragables en démontrerait la nécessité ? »

(2) Add. Merc. un. : «... je veux des faits; il est possible que des conjurations se choquent; Merc. un., Mon., Rép. fr., J. des Débats : Notre juge c'est l'évidence. — Eh bien... »

(3) Add. Rép. fr., Mon., J. des Débats : « Si je demande quels sont les coupables dans cette affaire, vous me direz : « C'est Marat? « — Il répondra : « Ce sont les hommes d'État ! » — Vous vous accusez l'un et l'autre de conjuration {Mon. conspirations) ainsi vous seriez en quelque sorte juges et parties. — Le vrai coupable, c'est d'Orléans... »

(4) Mon., Rép. fr., J. des Débats : « Pourquoi n'est-il pas déjà traduit au Tribunal révolutionnaire, au lieu d'être confondu avec des femmes de sa famille? »

(5) Merc. un. : « On s'accuse des deux côtés de l'Assemblée. Eh bien ! le temps est venu de couper toutes les trames. »

Remarquez que la mesure que vous avez prise, d'envoyer quatre commissaires là où cet individu a pu se transporter (1), cette mesure, dis-je, est incomplète. Pourquoi donc ces ménagements? Il faut que ce grand procès soit instruit à la face de toute la Nation; c'est ce que je demande à votre justice, et pour l'intérêt national. (2) (Applaudi.) Remarquez bien que ce n'est que par une instruction approfondie que l'on verra quelle fut cette faction, et quels en sont les véritables complices. (3)

(4) Si Marat peut être dénoncé, ce n'est pas pour un fait, ce n'est pas après une lecture (Inierrompii)[...]ce peut être avec la rapidité, avec la véhémence, avec les passions que vous avez montrées, que vous pouvez le décréter d'accusation. Si Marat était décrété d'accusation, il ne pourrait l'être qu'après avoir été mis en opposition avec ceux avec qui il a été accusé.

Nous devons non seulement rechercher la vérité par le moyen des commissaires envoyés dans les départements, nous devons encore la chercher dans l'instruction judiciaire contre le principal accusé; ce qui me ramène encore à l'affaire d'Orléans. Je demande, moi, qu'avant tout, d'Orléans soit traduit par-devant le Tribunal révolutionnaire (5)

(i) Mon., Rép. fr., J. des Débats : « Ici je vous observerai que la mesure d'envoyer quatre commissaires dans les départements où cet individu a pu tramer... »

(2) Merc. un. : « Mais nous pouvons nous disculper tous et c'est en dirigeant une grande accusation en face de la Nation. »

(3) Mon., Rép. fr., J. des Débats : « ... et remarquez bien que ce n'est que par cette instruction immédiate que vous connaîtrez enfin et la faction et les complices. »

(4) Add. Merc. un. : « Si nous sommes tous d'accord, cette affaire doit avoir de la connexité avec Marat, avec d'autres membres; eh bien, ce décret que je demande doit précéder tout décret d'accusation. Marat ne peut pas être mis en état d'accusation pour un écrit; il était accusateur et on l'accuse... »

(5) Mon., Rép. fr., J. des Débats : « Je demande donc, car cette mesure doit précéder la décision à prendre sur Marat, qu'avant tout il soit statué sur cette proposition que d'Orléans soit traduit devant le Tribunal révolutionnaire. » Merc. un. : « Il faut chercher l'instruction dans l'afiaire de d'Orléans en l'envoyant au Tribunal révolutionnaire. »

(Interrompu). (1) [...] Il n'y a qu'un moment qu'il semblait que la portion de l'Assemblée qui siège à la Montagne, défendait d'Orléans; et quand je demande, moi, qu'il soit traduit devant le Tribunal révolutionnaire, j'entends le côté droit dire, tout à coup... (2) {[Des voix. — ] Pas à Paris !) [...] — Pourquoi pas à Paris? [...] (Murmures.) [...] Eh bien! moi aussi, je veux qu'il soit traduit à Marseille, (3) car cette ville a montré qu'elle voulait la liberté et l'indivisibilité de la République française ; elle a montré qu'elle n'épargnait aucun coupable: soyons d'accord sur le local. (Applaudi.)

Je demande donc qu' Orléans soit traduit devant le tribunal révolutionnaire qui siégera à Marseille. Je demande que ce tribunal soit tenu d'envoyer à la Convention nationale copie exacte de toutes les procédures qui auront lieu dans le procès d'Orléans, (4) afin que la Convention nationale puisse examiner (5) quels sont ceux de ses membres qui ont pu tremper dans le complot d'Orléans (Applaudi); et comme j'aime lier deux grands objets, je demande que la tête des Capets émigrés soit mise à prix comme (6) celle de Dumouriez. (Applaudi.) (7)

On me parle de nos commissaires. (8) Si nos commissaires sont dignes de la nation française, il nous reste encore des otages (9) quoique nous mettions la tête des Capets à prix.

(i) Add. Merc. un.:« Des voix. — Pas à Paris — A Marseille ! On veut le sauver ! On veut le sauver !

Danton. — Pourquoi pas à Paris? — Des voix. — A Marseille f »

(2) Points de suspension dans le texte.

(3) Merc. un. : « Eh bien soit... à Marseille. Add. Soyons d'accord sur ce point (A pplaudissements .)Vous voyez que je suis accommodant ! — (Accommodant ! s'écrie-t-on.) — Je veux dire accommodant avec la raison 1 »

(4) Add- Merc. un. : « ... je demande que toutes les pièces soient imprimées... »

(5) Mon., Rép. fr., J. des Débats : « ... connsûtre... »

(6) Add. Mon., Rép. fr., J. des Débats : « ... l'a été... »

(7) Add. Ibid. : « Plusieurs voix. — Et nos commissaires ! »

(8) Add. Rép. fr., Merc. un., J. des Débais, etc. : « Nos commissaires sont dignes de la Nation et de la Convention nationale. Ils ne doivent pas craindre le tonneau de Régulus. {De vifs applaudissements éclatent dans l'Assemblée.) »

(9) Merc. un. : « ...s'ils périssent nous avons d'autres otages. »

(1) Nous ne violons pas les droits des nations; si la personne des commissaires était violée, nous nous vengerions aussi sur les otages.

(2) J'ai dû dire ce que me dictait mon amour pour la patrie sur l'autre question; je le répète : il est de toute impossibilité que vous vous écartiez (3) de la justice (4) pour porter un décret d'accusation contre Marat, je ne dis pas sur un écrit, mais sur tous les faits dont on l'accuse, sans avoir renvoyé de nouveau au Comité tout ce qui le concerne, et je dis, que pour (5) réciprocité, car Marat a aussi été accusateur, il faut renvoyer à ce Comité toutes les accusations faites par Marat. (6)

(i) Add. Merc. un. : « Et si vos commissaires étaient consultés ils vous diraient : « Il n'y a pas un seul de nous qui ne veuille hasarder sa « vie, si celle des Bourbons peut tomber! » {Applaudissements sur la Montagne.) »

(2) Add. Ibid. : « Je passe à ce qui concerne Marat. »

(3) Add. Rép. fr. : «... assez... »

(4) /. des Dépais : «... des principes de justice... »

(5) Add. Rép. fr., etc.. : « ... qu'il y ait... »

(6) Rép. fr., J. des Débats, etc.. : « ... et pour qu'il y ait réciprocité, je demande le renvoi au même Comité des accusations faites par Marat contre ses accusateurs. »

Add. Mon., Rép. fr., J. des Débats : « Mais examinez quel moment vous choisissez pour traiter cette question ! Merc. un. Ce grand complot se complique, il est pendant à l'opinion publique; plus que jamais. Marat a le droit de n'être jugé que par la totalité de ses pairs; si vous mettiez de la partialité jusqu'à envoyer Marat dans les tribunaux, ce ne serait évidemment que par le résultat des passions.

Mon., Rép. fr., J. des Débats. Soyez généreux, au moins, si vous croyez avoir raison ! N'en doutez point, votre décret porterait le caractère d'esprit de passion et de parti... {De vifs applaudissements se font entendre dans les tribunes), si vous décrétiez d'accusation un membre d'une portion de l'Assemblée, dont plus de cent membres sont absents... {Nouveaux applaudissements) . Ce serait saisir un à-propos pour entraîner une portion de l'Assemblée, tandis que cette même partie a eu le courage de vous quitter pour aller réchauffer l'esprit public dans les départements, et diriger de nouvelles forces contre l'ennemi. Si Marat est coupable, Marat n'a pas l'intention de vous échapper...

Marat. — Non ! {On rit).

Danton continue. — Tous les griefs qu'on croit devoir lui reprocher ne seront point affaiblis par le renvoi à nu comité.

Merc. un. Guadet a été aussi accusateur, et si l'on retranchait tous les membres que les passions ont entraînés, l'Assemblée serait bientôt déserte. Je regarderais un tel décret dans le moment où la plupart des

Je demande qu'un comité soit chargé de faire un rapport des griefs articulés contre Marat et par lui contre quelques membres de la Convention nationale, contre les sociétés populaires, contre les tribunes, contre le peuple... (1) (Murmures violents du côté droit.)

[N... —Je dis que Danton invite les tribunes et le peuple. Alors il invoque les tribunes, il invoque le peuple, enfin il invoque tout ce qui peut lui donner des applaudissements. (2)]

Danton continue. — Est-ce moi, qui, le premier, dans cette discussion, ait parlé du peuple ou d'une portion du peuple? J'ai dû et j'ai eu le droit de répondre à ce qu'avaient dit Guadet et vous [...] (Interrompu), il a parlé des sociétés populaires [...] (Interrompu) [...]

Je me résume à : l*' demander un tribunal révolutionnaire pour examiner les griefs contre d'Orléans, pour instruire contre d'Orléans et contre tous ses complices et adhérents, — 2° que la tête des Capets soit mise à prix, — 3° je demande qu'il soit nommé un comité qui sera chargé de faire à l'Assemblée un rapport des griefs portés contre Marat. (3)

membres de cette Montagne sont absents, comme un déchirement, à vous, qui paraissez n'en pas vouloir. Mais on m'assure qu'un décret existe portant qu'aucun membre ne pourra être accusé sans un rapport préalable... ([Des'voix]. — « Produisez donc ce décret!) — S'il n'existe pas, il doit exister.

Maintenant que j'ai fait voir que l'on eût exaspéré contre les sociétés populaires, contre les tribunes, contre le peuple... {[Des voix.] — Vous calomniez, nous révérons le peuple. C'est vous qui appelez les poignards du vôtre !...) »

Var. Merc. un. : « Beaucoup de membres sont absents ; vous ne l'ignorez pas et vous profiteriez de l'à-propos pour entamer cette partie de l'Assemblée? — Si Marat peut être coupable il n'a pas envie de vous échapper. — (Non, dit-il). «

(i) Points de suspension dans le texte.

(2) Merc. un. : « Jamais Danton ne monte à cette tribune sans évoquer les citoyens. »

(3) Add. Ibid. : « Danton quitte la tribune; il est très applaudi des tribunes. »

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