‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 237 sur 459 · SUR UNE PÉTITION DU FAUBOURG SAINT-ANTOINE · texte numérisé non relu

SUR UNE PÉTITION DU FAUBOURG SAINT-ANTOINE

l'insurrection était nécessaire; songez que la loi est à côté de nous, et que votre tête tombera si vous provoquez une insurrection qui serait funeste à la liberté. (1)

Je demande donc que l'Assemblée, digne d'elle-même, digne du peuple qu'elle représente, passe à l'ordre du jour motivé sur l'explication des citoyens du Faubourg Saint- Antoine, et qu'elle admette les pétitionnaires aux honneurs de la séance (2); et croyez qu'un pareil décret produira plus d'effet sur de bons et généreux citoyens, que ne le ferait une excessive rigueur (3).

[Après quelques débats, la proposition de Danton est décrétée.]

(i) Mon. : « Les habitants du Faubourg Saint-Antoine vous ont dit qu'ils vous feraient un rempart de leurs corps; après cette déclaration, comment n'avez vous pas répondu aux pétitionnaires : citoyens vous avez été dans l'erreur; ou bien, si vous êtes coupables, la loi est là pour vous punir. » Merc. un. : « Il devait leur dire : citoyens vous êtes égarés, la loi est là, et votre tête tombera si vous tentez de renversez la liberté. »

(2) Merc. un. : « Mais s'il est prouvé que le peuple du faubourg Saint-Antoine n'ait pas eu de mauvaises intentions, il n'y a là qu'une erreur, et le peuple en apprenant un décret de générosité sera sensible et dira : ils méritent notre confiance ! Je demande l'admission de tous les pétitionnaires, et l'ordre du jour sur le tout motivé sur l'explication qu'ils ont donnée.» Mon. :« Je demande l'ordre du jour, et j'observe que quand il sera notoire que la Convention a passé à l'ordre du jour motivé sur l'explication qui lui a été donnée, Âdd. il n'y aura pas de pusillanimité dans sa conduite. «

(3) Mon. : « Croyez qu'un pareil décret produira plus d'effet sur l'âme des citoyens qu'un décret de rigueur.

Add. Je demande qu'en accordant les honneurs de la séance aux pétitionnaires, l'Assemblée passe à l'ordre du jour et sur le tout. »

D'après le Moniteur (2).

(Convention, mercredi 8 mai 1793.)

[La situation devient grave en Vendée. Une députation du département d'Indre-et-Loire vient exposer à la Convention les maux dont souffre le pays et les progrès des rebelles. — On discute sur les moyens de les combattre. — Barailon (3) monte à la tribune : « Je ne vous proposerai pas la mesure de favoriser les lâches qui savent parler et non partir. Je vous proposerai de faire une réquisition générale dans toute la République et d'envoyer deux commissaires dans chaque département pour y faire ces levées ; pour seconde mesure, je vous proposerai une amnistie générale pour tous ces êtres égarés... {Murmures dans la Montagne), à condition que leurs chefs seront chassés de la République. Ils n'attendent qu'un pardon pour rentrer dans le sein de la patrie ; cette mesure est prudente, elle est politique. Vojant un grand appareil de force sans répandre le sang, vous les verrez rentrer dans leurs foyers. » (4) — Danton reprend l'idée de Barailon.]

Danton. — C'est une vérité puisée dans l'histoire et dans le cœur humain qu'une grande nation en révolution ou même en guerre civile, n'en est pas moins redoutable à ses ennemis. (5) (On applaudit.)

(i) La veille, mardi, Danton avait proposé à l'Assemblée de discuter à l'instant les moyens d'accélérer le recrutement de Paris. {Merc. un., Aud. nat.).

(2) A part les variantes, les textes du Moniteur, du Républicain français et du Journal des Débats, sont identiques.

(3) Jean-François Barailon, député de la Creuse à la Convention, modéré.

(4) D'après le Mercure universel.

(5) Merc. un. : «... et même dans le cœur humain, que les nations en révolution sont funestes à toutes les nations, et à ceux qui les attaquent. »

Ainsi donc, loin de nous effrayer de notre situation, nous n'y devons voir que le développement de l'énergie nationale que nous pouvons tourner encore au profit de la liberté.

(1) La France entière va s'ébranler[...] (On applaudit.) Douze mille hommes de troupes de ligne, tirés de vos armées (2) où ils seront aussitôt remplacés par des recrues (3), vont s'acheminer vers la Vendée (4). Avec cette force (5) va se joindre la force parisienne (6). Eh bien, combinons avec ces moyens de puissance, des moyens politiques. (7)

(8) C'est de faire connaître à ceux que des traîtres ont égarés, que la Nation ne veut pas verser leur sang, mais qu'elle veut les éclairer et les rendre à la patrie... (9) {On applaudit). (10)

Les despotes ne sont pas toujours malhabiles dans leurs( 11) moyens. Dans la Belgique, l'Empereur traite les peuples avec la plus grande douceur, (12) et semble même flatter ceux qui s'étaient déclarés contre lui avec le plus d'énergie (13). Pourquoi n'agirions nous pas de même pour rendre des

(i) Add. /. de Perlet : « Il faut tourner à notre profit ces malheureux événements. Prenez de grandes mesures, des mesures sages surtout. Républicain. 'Les révoltés ne sont formidables que parce qu'on ne leur a point encore opposé un mouvement régulier. Eh! bien ... »

(2) /. de Perlet, Républicain. « ... de l'armée du Nord... »

(3) /. des Débats : «... par des volontaires... »

(4) Add. /. de Perlet : «... par ordre de votre Comité de salut public. »

(5) Rép. fr., J. des Débats : « A cette force,... »

(6) Merc. un. : «... et les forces de Paris, celles qui vont s'y joindre vont suffire. » Républicain. : « A ce secours va se joindre celui que fournira Paris. »

(7) Rép. fr. : «... avec nos moyens politiques. »

(8) Add. Rép.fr.,J . des Débats : « Quels sont-ils ces moyens politiques? »

(9) Points de suspension dans le texte.

(10) Républicain. : « Mais quand nous déployons des forces pour terrasser les rebelles, sachons aussi déclarer que nous ne serons point inhumains envers les hommes égarés. »

(11) /. des Débats : « ... ces... »

(12) Ibid.: «Voyez la Belgique : l'Empereur traite les peuples avec douceur... »

(13) Aud. nat. : « Si le tyran d'Autriche traite avec douceur, dans la Belgique les hommes qui ont montré le plus d'ardeur à embrasser et à défendre la cause de la liberté... »

hommes à la liberté? (1) Il faut donc créer une Commission ayant pouvoir de faire grâce à ceux des rebelles qui se soumettraient volontairement avant l'action de la force armée.

Cette mesure prise, il faut faire marcher la force de Paris.

Deux choses se sont un moment opposées à son recrutement : (2) les intrigues des aristocrates (3) et les inquiétudes des patriotes eux-mêmes (4).

Ceux-ci n'ont pas considéré que Paris a une arrière-garde bien formidable; elle est composée de 150.000 citoyens que leurs occupations quotidiennes ont éloignés jusqu'ici des affaires publiques, mais que vous devez engager à se porter dans les sections sauf à les indemniser de la perte de temps qu'ils essuieront. Ce sont ces citoyens qui, dans un grand jour, se débordant sur nos ennemis, les feront disparaître de la terre de la liberté. (5) (Applaudissements.)

Que le riche paye, puisqu'il n'est pas digne, le plus souvent, de combattre pour la liberté; (6) qu'il paye largement, et que l'homme du peuple marche dans la Vendée.

(i) Add. Aud. nat.. : « Nous, qui voulons donner à la République des lois fondées sur les principes éternels de l'humanité, serions-nous donc plus cruels que l'ennemi que nous combattons, envers des Français, envers nos frères, envers de simples habitants des campagnes qui ne sont qu'égarés? »

Var. Républicain. : a L'Empereur, dans la Belgique, ménage, flatte même ceux qui s'y sont montrés patriotes; et nous, Français nous ne saurions distinguer le frère égaré du scélérat qui ne veut que la ruine de la patrie! nMerc. un. : « L'Empereur... cherche à faire grâce. Pourquoi les nations libres ne seraient-elles pas plus justes, plus généreuses? Pourquoi confondrions-nous les frères égarés et ces hommes qui désirent la contre-révolution? »

(2) Rép. fr., J. des Débats : « ... s'y sont un moment opposées: ... »

(3) Républicin. : « ... les manœuvres de l'aristocratie... »

{4) Républicain. : « ... la défiance des patriotes Add. qui ont craint de dégarnir Paris. »

(5) Merc. un. : « Prenez y garde, l'ancien ban de Paris offrirait une masse de 150.000 hommes, qui écraserait encore tous ses ennemis. » Républicain : « Mais ils n'ont pas assez considéré qu'il restera une arriéregarde de 150.000 ouvriers, qui se lèveront quand votre voix le demandera, et qui, en se débordant, renverseront encore les ennemis de la République. » Add. Merc. un. : « Nommez donc des commissaires pour régler les opérations et faire grâce. »

(6) Merc. un. : « ... indigne, de l'honneur de combattre pour la liberté. »

Il y a telle section où se trouvent des groupes de capitalistes; il n'est pas juste que ces citoyens profitent seuls de ce qui sortira de ces éponges. (1)

Il faut que la Convention nationale nomme deux commissaires par section pour s'informer de l'état du recrutement. Dans les sections où le contingent est complet, ils annonceront que r on répartira également les contributions des riches. Dans les sections qui, dans trois jours, n'auront point fourni leur contingent, ils assembleront les citoyens et les feront tirer au sort. (2) Ce mode, je le sais à des inconvénients; mais il en a moins encore que tous les autres.

Il est un décret que vous avez rendu (3) en principe et dont je demande l'exécution pratique. Vous avez ordonné la formation d'une garde soldée dans toutes les grandes villes. (4) Cette institution soulagera les citoyens que n'a pas favorisés la fortune.

Je demande qu'elle soit promptement organisée, et j'annonce à la Convention nationale, qu'après avoir opéré le recrutement de Paris, si elle veut revenir à l'unité d'action, si elle veut mettre à contribution les malheurs mêmes de la patrie, elle verra que les machinations de nos ennemis pour soulever la France, n'auront servi qu'à son triomphe.

La force nationale va se développer; si vous savez diriger son énergie, la patrie sera sauvée, et vous verrez les rois coalisés vous proposer une paix honorable. (On applaudit.) (5)

(i) /. des Débais : « ... de ce qui sort de ces époques-là. » Add. /. de Perlet : « Ordonnez que toutes les collectes qui auront lieu soient versées dans une caisse pour être réparties également entre tous ceux qui s'armeront pour la défense de la patrie. »

(2) /. de Perlet : « ... autorisez-les, si le contingent d'une section n'est pas effectué sous trois jours, à convoquer extraordinairement les citoyens et à en opérer le complément par le tirage au sort. » Merc. un. : «... que vos commissaire fassent donc dans les sections tirer au sort. Add. Si le riche tombe il payera en faveur du pauvre. Vous présenterez d'ailleurs une armée imposante sur vos côtes; elle ôtera aux Anglais tout espoir. »

(3) /. des Débats : « Je reviens au décret que vous avez rendu. »

(4) Cf. le discours du 5 avril au soir, p. 377-379.

(5) Add. Merc. un. : « ... Revenez à un mouvement d'union, et si vous considérez que toutes nos têtes sont menacées par les despotes, montrezvous grands dans les circonstances difficiles, montrez-vous peuple,

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