‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 279 sur 459 · RÉPONSE AUX DÉPUTÉS DE NANTES · texte numérisé non relu

RÉPONSE AUX DÉPUTÉS DE NANTES

D'après le Mercure universel.

(Ck)nvention, vendredi 2 août 1793.)

[Le maire de Nantes présente à la Convention l'acceptation de l'acte constitutionnel ; il donne lecture de pétitions des sections de Nantes redemandant Beysser comme commandant de la place (2) et se plai{*nant des décrets rigoureux lancés contre Coustard (3). Il termine par le vœu de voir tous les Français, réunis à l'époque du 10 août, jurer le respect des lois et l'extinction de toutes les haines, a Alors, dit-il en finissant, alors, et seulement alors, on pourra ne plus désespérer du salut de la patrie...» — Danton, président de l'Assemblée, répond au pétitionnaire.]

crois ma proposition salutaire. Au surplus je ne m'oppose pas au renvoi. Ou ma proposition est bonne, ou elle est mauvaise. Si elle est bonne, elle gagnera à être approfondie. »

{i) Républicain : « La proposition de Danton, accueillie d'abord avec enthousiasme, a paru mériter le plus mûr examen, et le Comité de salut public est chargé de la méditer. Danton lui est adjoint à cet effet. »

Dans la séance du lendemain l'Assemblée rendit le décret suivant : « La Convention nationale, après avoir entendu le rapport du Comité de salut public, décrète ce qui suit :

La Trésorerie nationale paiera, jusqu'à concurrence de 50 millions sur les ordonnances du Comité de salut public, signées du même nombre de membres que les arrêtés. » Cf. Aulard, Actes du Comité de salut public, t. V. p. 447.

(2) Jean-Michel Beysser, général en chef de l'armée des côtes de la Rochelle, avait repoussé l'attaque des Vendéens contre Nantes. Il avait été destitué.

(3) Anne-Pierre Coustard de Massy, député de la Loire-Inférieure à l'Assemblée législative et à la Convention, avait été envoyé en mission à Nantes en avril 1 793 ; on avait décrété son arrestation pour compU' cité avec les Girondins le 18 juillet,

Danton. — (1) Jamais il n'a été permis (2) de désespérer de la patrie (3)... (4) La Convention nationale a été pénétrée de cette vérité; elle a été à la même hauteur que le peuple. Le peuple accepte partout la Constitution. La Convention sait que les hommes égarés se réuniront toujours à la masse, mais elle a cru (5) différer à la conversion de ceux qui veulent fédéraliser le peuple. [...] {Vifs et bruyants applaudissements.)

Elle désire que le 10 août vous resserriez le nœud de la fraternité. (6) Elle saura séparerle coupable d'avecl'homme égaré.

Elle vous invite aux honneurs de la séance... (4)

[La discussion se poursuit sur la députation de Nantes et le maire ayant osé dire au député Fayolle (7) ; « Tu en as menti! »]

Danton. — Pétitionnaire, le Président de la Convention nationale vous défend d'interrompre.

[Cris : A l'Abbaye!]

Danton. — On propose que le pétitionnaire qui a insulté la Convention nationale dans un de ses membres en lui donnant un démenti soit mis à, l'Abbaye.

[La proposition est décrétée.]

(i) Add. /. de Perlet : « Le Président répond que la Convention nationale avait calculé d'avance les maux qui résulteraient d'une grande révolution, mais que ces considérations n'avaient pas dû l'arrêter dans sa marche ; que de grands sacrifices étaient nécessaires pour consolider la conquête de la liberté et l'établissement de la République, etc.. »

(2) Add. Mon., Rép. fr., J . des Débats : « ... sans être coupable... »

(3) Mon. : « Sans être coupable on n'a jamais pu dire qu'on désespérait du salut public. » Rép. fr., J. des Débats : « Jamais on n'a pu dire, sans être coupable, qu'on peut désespérer du salut de la patrie. »

(4) Points de suspension dans le texte.

(5) Add. «... [devoir]... »

(6) Add. Mon., Rép. fr., J. des Débats : « Vous venez réclamer la justice de la Convention en faveur d'un général qu'elle a destitué, d'un de ses membres qu'elle a accusé. La Convention distinguera toujours l'innocent du coupable. Le premier a tout à espérer de sa justice, le second doit la craindre... »

(7) Jean-Raymond Fayolle, député de la Drôme à la Convention.

D'après le Moniteur.

(Convention, vendredi 2 août 1793.)

[Collot d'Herbois raconte à la Convention une visite qu'il a faite au ministre de l'Intérieur, et dit qu'il a trouvé chez lui un nombre «énorme» de paquets renfermant une circulaire aux Conseils généraux des communes qu'il convoque. «L'objet de cette convocation était d'obtenir ce qu'on a appelé une solution sur une série de questions dont la plupart sont niaises et oiseuses par exemple : A quel âge les femmes sont nubiles ? Si la rougeole et la coqueluche sont fré([uentes ? — Mais il y en a aussi qui sont faites de manière à pervertir l'esprit public et à énerver les vertus républicaines : A-t-on confiance dans les assignats ? Y a-t-il du numéraire en circulation ?... En un mot quel est l'état des choses et quel est le moyen de les améliorer? » Ainsi le ministre sème dans la Républicpié les germes d'une division effrayante... Qu'arriverait-il si les communes donnaient chacune leur mode de gouvernement ? » — Le ministre mandé à la barre, paraît. — Le Président l'interroge.]

Danton. — Citoyen ministre il a été fait ce matin un rapport sur un écrit qui devait sortir de vos bureaux pour être envoyé aux 'Conseils généraux des communes. Dans cet écrit, vous proposez des questions qui ont paru captieuses et contraires à l'intérêt public. — La Convention a décrété que vous seriez mis en état d'ariestation, et traduit à la barre. Qu'avez-vous à répondre? — Vous avez la parole.

[Garât présente sa défense.]

Danton. — Je demande la permission à l'Assemblée de parler dans cetfe aiïaire.

[Danton descend dii fauteuil.] (1)

(i) /. des Débats : « Danton obtient la parole et descend du fauteuil. Il est remplacé. »

Danton. — J'espère que de cette discussion, il ne résultera, ni exaspération, ni division. (1)

Je le dis à, la Convention et à la Nation entière, personne plus que moi ne rend justice aux intentions du ministre de l'intérieur Garât; mais il a dans les bureaux une infinité de gens suspects, par exemple un Champagneux (2) qui a servi Roland dans tous ses projets de corruption; tous ces hommes auraient dû disparaître de ses bureaux. (3)

Je crois (4) que le ministre a outrepassé ses pouvoirs en convoquant les municipalités; il devait seulement tourner l'esprit public vers le grand développement de la force nationale. (5)

Quant à la question qu'il proposait sur les assignats, elle pouvait être nuisible; mais il ne faut pas ériger en conspiration ce qui n'est qu'une erreur. (6)

Garât a bien servi la chose publique, (7) lorsque la commission des Douze ourdissait sa conspiration. — Le ministre

(i) Ré p. fr. : « J'espère prouver à la Convention que dans cette matière il n'y a ni de quoi s'exaspérer, ni de quoi se soupçonner. »

(2) Luc-Antoine Donin de Rosières de Champagneux, avocat à Lyon, avait fondé dans cette ville, le ]<"" septembre 1789, le Courrier de Lyon, entra en 1791 à la Commune de Lyon, Roland lui confia, lorsqu'il fut ministre de l'Intérieur, la i^e division, « la plus importante de toutes, qui avait dans ses attributions, la correspondance avec les 83 départements de la République, etc.. ». Après la retraite de Roland, Garât avait conservé Champagneux au ministère (sur le besoin que Garât avait de Champagneux, cf. M"**' Roland, Mémoires, t. I, pp. 42, 224 et passim). — Champagneux avait envoyé sa démission au ministre la veille au soir; jeudi i^r août. — Voir la très complète notice que lui a consacrée M. Cl. Perroud, Lettres de Madame Roland, t. II, pp. 714-723.

(3) Rép. fr. : «... mais je distingue positivement entre lui et son premier commis. Champagneux a été l'artisan de tous les travaux de Roland, et sous ce rapport. Garât aurait dû s'en garantir. »

(4) /. des Débats : « Je pense Add. comme Collot... »

(5) Rép. fr. : « Je crois encore que le ministre eût dû s'attacher à tourner l'esprit public vers le grand développement de forces dont la République a besoin, Add. plutôt que de lui présenter des réflexions économiques. »

(6) Rép. fr. : « Il est incontestable qu'on peut nuire à la République en demandant si l'on a confiance dans les assignats; mais il ne faut par ériger en conjuration une précaution administrative. »

(7) Ibid. : « ... la liberté... »

a de la philosophie, (1) il aime la Révolution; mais il n'a pas reçu de la nature cette fermeté de caractère nécessaire dans une grande secousse pour lutter contre les orages. (2) Au moment où l'on frappait de grands coups, il a montré de la faiblesse; (3) il a été sur le point de donner sa démission. (4) Je lui ai dit de rester à son poste et de prendre pour règle de sa conduite ses opinions philosophiques.

(5) Lorsque vous avez frappé du décret d'arrestation les 32 membres conspirateurs, il dev dt disséminer des écrits où cette mesure fût justifiée, en montrant la vérité au peuple; il devait employer tous les moyens pour éclairer la Nation sur cette grande affaire. (6)

Mais le ministre ne doit pas être confondu avec ses commis. Il y en i qui ont concouru avec Roland à pestiférer l'opinion publique; il aurait dû les chasser de ses bureaux. (7)

Je crois que la Convention satisfaite (8) des bonnes intentions du ministre, doit rapporter le décret d'arrestation rendu contre lui, et renvoyer tout ce qui concerne cette affaire au Comité de salut public (9).

[On demande à aller aux voix.

Le décret d'arrestation est rapporté.]

(i) Âdd. Rép. fr. : « ...; il est né avec un caractère doux... »

(2) Rép. fr. : «... cette énergie, qui fait lutter contre l'orage »

(3) Âdd- Rép. fr. ; « ... lorsque vous sauvâtes la République, en frappant les conspirateurs qui étaient dans votre sein,... »

(4) Rép. fr. : « Il a été un moment faible et lorsque... il fut prêt à donner sa démission. »

Garât donna sa démission le 15 août pour des raisons de santé.

(5) Add. /. des Débats : « Il y resta — Rép. fr. Je lui dis qu'il fallait se raffermir et faire pour la liberté ce que Roland fit pour ses projets perfides. » C'est-à-dire répandre des libelles.

(6) Add. Rép. fr. : « Il faut écarter de soi le fer qui assassine, mais on doit employer le fer qui tue notre ennemi; Le ministre commença un travail que son envie de le polir a empêché de paraître. »

(7) Rép. fr. : w Le ministre doit donc purger ses bureaux de quelques commis qui ne sont que des créatures de Roland. Add. Mais il ne l'a pas fait; l'erreur n'est pas un crime. »

(8) Add. /. des Débats : « ... de la justification et... »

(9) Rép. fr. : « Je crois devoir vous proposer de rapporter le décret d'accusation lancé contre lui et de renvoyer le tout au Comité de salut public Add- pour qu'il en fasse un rapport. »

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