‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 281 sur 459 · DANTON PRÉSIDENT DE LA CONVENTION · texte numérisé non relu

DANTON PRÉSIDENT DE LA CONVENTION

D'après le Républicain français.

(Convention, mardi 6 août 1793.)

Danton, président. — Je dois donner connaissance à la

(i) Le Moniteur, ne signale pas cette réponse que nous n'avons d'ailleurs trouvée que dans le Républicain français.

Convention d'une note remise sur le bureau, la voici : Gamon, député à la Convention, demande la parole pour une motion d'ordre, dont le but est de réunir tous les Français autour de la Constitution.

Le Président annonce à la Convention qu'un très grand nombre de commissaires des assemblées réunies aux autorités constituées de Paris demandent à être admis à la barre...

[Ils entrent. — Un vieillard porte la parole. (1)]

(Convention, lundi 12 août 1793, 4 heures.)

Ltlne députation des commissaires des assemblées primaires est introduite. Ils réclament l'appel au peuple pour sauver la République. « Nous demandons, ajoutent-ils, que tous les gens suspects soient mis en état d'arrestation ; (ju'ils soient ensuite envoyés aux frontières en tête de la masse terrible des sans-ciilotlcs, et mis au premier rang.... Les femmes, les vieillards, les enfants des suspects seront gardés en otage parles léinnies,les enfants des sans-culottes. — Nous demandons que le principe de notre pétition soit décrété surle-champ et ([ue demain le Comité de salut public vous en présente la rédaction. N'accordez aucune anmistie aux coupables... Environnez-vous de la toute- puissance du peuple ; qu'il se lève en masse, et que devant lui les hordes des tyrans s'évanouissent comme un songe ! »

Danton. — Les députés des assemblées primaires, viennent d'exercer parmi nous (2) l'initiative de la terreur

(i) Add. Mon. : « Le Président le félicite de son civisme. » {j.) Rép. fr. : « ... au milieu de vous,...»

contre les ennemis de l'intérieur. Répondons à leurs vœux (1). — Non, pas d'amnistie à aucun traître ! (2)... (3) L'homme juste ne fait point de grâce au méchant, (4)

Signalons la vengeance populaire par le glaive de la loi sur les conspirateurs de l'intérieur; (5) mais sachons donc mettre à profit cette mémorable journée. (6) — On vous a dit qu'il fallait se lever en masse. — Oui, sans doute, mais il faut que ce soit avec ordre. (7)

C'est une belle idée que celle que Barère vient de nous donner, quand il vous a dit que les commissaires des assemblées primaires devaient être des espèces de représentants du peuple, chargés d'exciter l'énergie des citoyens pour la défense de la Constitution. (8) Si chacun d'eux pousse à l'ennemi vingt hommes armés, et ils doivent être à peu près huit mille commissaires, la patrie est sauvée.

(9) Je demande qu'on les investisse de la qualité nécessaire pour faire cet appel au peuple; que, de concert avec les autorités constituées et les bons citoyens, ils soient chargés de faire l'inventaire des grains, des armes, la réquisi-

(i) Ibid. : «... vues. »

(2) Add. Rép. fr. « {Vifs applaudissements.) »

(3) Points de suspension dans le texte.

(4) /. des Débats : « L'homme juste, aux méchants ne doit point pardonner. »

(5) Rép. fr., J. des Débats : « Promenez le glaive de la loi sur toutes les têtes coupables. »

(6) Rép. fr. J. des Débats, : « Sachez profiter de cette sublime journée. » Add. Rép. fr., J. des Débats : « Voilà les jours nouveaux marqués pour la victoire ! » — Danton fait allusion à la journée du 10 août où 400.000 personnes avaient acclamé la Constitution, dans le Champ de la Réunion « journée célèbre, dit le Républicain (voir la description qu'il donne de la fête.pp 1207- 1208) le plus heureux présage de la paix, de la gloire et du bonheur de la République. »

(7) Rép. fr., J. des Débats : « On vous a dit : Levons-nous en masse ! — Non, point en masse,' mais avec ordre. »

(8) Rép. fr. : « Barère a eu une idée très heureuse en proposant d'investir les commissaires du peuple français du droit d'appeler leurs concitoyens à la défense commune. » /. des Débats : « Investissons, comme l'a demandé très judicieusement Barère, investissons les commissaires du peuple du droit... »

(9) Add. J. des Débats : « J'appuie donc la proposition de Barère. »

tion des hommes (1) et (2) que le Comité de salut public (3) dirige ce suprême mouvement. (4) C'est à coups de canon qu'il faut signifier la Constitution à nos ennemis. (5)

J'ai bien remarqué l'énergie des hommes que les sections nationales nous ont envoyés; (6) j'ai la conviction qu'ils vont tous jurer de donner, en retournant dans leurs foyers, cette impulsion à leurs concitoyens. (On applaudit. — Tous les commissaires présents à la séance se lèvent en criant : Oui, nous le jurons !)

C'est l'instant de faire ce grand et dernier serment que nous nous vouons tous à la mort, ou que nous anéantirons les tyrans ! (7){De nouvelles acclamations se font entendre. — Tous les citoyens se lèvent, et, agitant en Vair leurs chapeaux : Oui, nous le jurons ! — Ce cri est plusieurs fois répété dans toutes les parties de la salle et dans les tribunes.) (8)

Je demande donc qu'on mette en état d'arrestation (9) tous les hommes vraiment suspects; mais que cette mesure s'exécute avec plus d'intelligence que jusqu'à présent, où, au lieu de saisir les grands scélérats, les vrais conspirateurs, on a arrêté des hommes plus qu'insignifiants.

(i) /. de Perlet : « ... et de présenter le tableau du contingent qui pourra se lever. »

(2) Add. Rép. fr., J. des Débats : « ... qu'à l'instant le ministre de la guerre,... »

(3) Add. Ibid. : « ,... de concert,...*»

(4) Rép. fr., J. des Débats : « ... dirigent le grand mouvement qui va s'opérer. »

(5) Rép. fr. : « C'est à coups de canon qu'il faut signifier aux tyrans alliés l'acceptation, par le peuple français, d'une constitution républicaine. »

(6) Rép. fr. : « Si j'ai bien jugé l'esprit qui anime les envoyés du peuple dont vous êtes environnés, Add. ils sont dignes de l'auguste mission dont vous allez sans doute les charger;.., »

(7) Rép. fr. : « ... et ils vont faire avec nous un seul et dernier serment, celui de maintenir le règne de la liberté et notre indépendance, ou de mourir. » /. de Perlet : « Jurons d'entraîner à la mort tous les amis de la liberté, ou d'anéantir les tyrans ! »

(8) Rép. fr. : « {L'Assemblée et les commissaires se lèvent spontanément et prononcent ce serment au milieu des applaudissements et des cris : Vive la République !) »

(9) Ihid. : «Je demande qu'on décrète à l'instant le principe de l' arrestation... »

Ne demandez pas qu'on les mène à l'ennemi (1); ils seraient plus dangereux qu'utiles. — Enfermons-les, ils seront nos otages. (2)

Je demande que la Convention nationale qui doit être maintenant pénétrée de toute sa dignité, car elle vient d'être revêtue de toute la force nationale, je demande qu'elle décrète qu'elle investit les commissaires des assemblées primaires du droit de dresser l'état des armes, des subsistances, des munitions et de mettre en réquisition 400.000 hommes contre nos ennemis du Nord (3). (On applaudit.)

[Après quelques débats, la Convention décrète que tous les gens déclarés suspects, seront mis en état d'arrestation, et que les commissaires sont autorisés à faire dans leurs départements un appel à tous les bons citoyens.]

(i) Add. /. de Perlet : « ... qu'ils serviraient par les cris : sauve qui peut! »

(2) Rép. fr. : « Nous les tiendrons en otages. . . » Républicain : « Assuronsnous toutefois de ces hommes qui conspirent dans l'intérieur, et gardons-les en otages ». Merc. un. : « Je demande l'arrestation des hommes vraiment suspects, non pas pour qu'on les mène à l'ennemi, car ils dérangeraient tout le bon effet qu'on devrait en attendre, mais bien pour les tenir enfermés dans l'intérieur. (Applaudissements.) »

(3) Merc. un. : « Je demande que vous investissiez par un décret tous les citoyens des assemblées primaires, du droit de faire appel à leurs communes, et de se concerter avec le Comité de salut public pour nous diriger 400.000 hommes vers le Nord. » Add. Républicain : « ...; investissons ces généreux citoyens qui viennent de la jurer avec nous [la Constitution], du pouvoir de sonner dans leurs communes respectives le tocsin de la mort, contre les satellites des rois ; qu'à leur voix, la Nation entière se lève, et la France agitée redeviendra tranquille en un jour ! »

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