LES PREMIERS ESSAIS D EDITION VII
avec le fameux rapport de Saint-Just, un extrait du projet de ce même rapport rédigé par Robespierre, des fragments du Bulletin du Tribunal criminel révolutionnaire (nos 19, 21, 22, 24, 25, 26), le discours de Saint-Just à la Convention du 15 germinal, et le jugement de condamnation prononcé contre « Danton et complices ». — Le Rapport sur le manifeste des Rois ligués contre la République avait été omis par une erreur de mise en page dans les Œuvres de Robespierre publiées antérieurement. Vermorel l'avait rétabli à, la fin de son édition de Danton que complétaient une table et un index sommaire.
Tous les discours, sauf celui que Danton avait prononcé comme substitut du procureur de la Commune, étaient des copies du Moniteur.
Aller vite fut le grand souci de Vermorel. A Bougeart, à Robinet,- à Despois, il emprunta une introduction historique comme il avait demandé au Moniteur un texte qu'il transcrivait plus ou moins fidèlement. Il n'a probablement jamais songé qu'un problème pût se poser relativement à ce texte même. Pour lui, pour les gens de son époque et malheureusement pour bon nombre de nos contemporains, le Moniteur était et est encore un recueil officiel (1). Il a semblé aussi naturel, aussi sûr, d'emprunter les discours de Danton à la feuille de 1793 que ceux de M.Thiers au journal de 1866. La Réimpression de Léonard Gallois ne pouvait que confirmer dans leur erreur les « historiens hâtifs ».
Pendant près de vingt ans, pas un doute ne s'est élevé sur la valeur du petit livre. Il fut entendu qu'il donnait
(i) L'expression de Journal officiel, pour désigner le M ont leur, échappe même à Bougeart. Les discours de Danton publiés par Stephens- Morse, dans ses The principal speeches of the Statesmen an orators of the french Révolution, Oxford, 1892, in-S», ne sont que des extraits du Moniteur.
VIII INTRODUCTION
un texte exact et, parmi les rares écrivains qui osèrent s'occuper des événements révolutionnaires, nul ne le suspecta.
Le premier, M. Aulard, alors qu'il préparait ses Orateurs de la Constituante, de la Législative et de la Convention (1), s'aperçut de l'insuffisance des éditions de Vermorel, et plus généralement de notre ignorance presque absolue de tout ce qui touchait à l'éloquence politique française des dernières années du xviii^ siècle. Il pouvait écrire en 1882 : « Quelques noms éclatants surnagent seuls dans notre mémoire, mais où sont les œuvres? La prudence et la peur les ont reléguées pendant la Restauration dans les poudreux in-folios qui les tiennent enfouies et les gardent. Il est vraiment temps d'exhumer et de faire revivre, je ne dis pas Mirabeau dont la gloire n'a jamais pâli, mais Barnave, mais Cazalès, en attendant Robespierre, Vergriiaud, Danton et Saint- Just; ce sont nos Démosthènes et nos Cicérons à nous, ou, si cette comparaison choque, ce sont nos Pitts, nos Sheridans et nos Fox... »
Il importait de définir la méthode à suivre pour établir scientifiquement les textes oratoires, et M. Aulard s'y appliqua dans des études qui parurent d'abord dans les Annales de la Faculté des lettres de Poitiers, puis dans la revue La Révolution Française (2). La méthode qu'il proposa, éclairée
(i) Aulard (F. -A.) Les Orateurs de l'Assemblée constituante, Paris, Hachette, in-S», 1882. (Cf. la 2^ éd., Paris, Cornély, in-80, 1905.) — Les Orateurs de la Législative et de la Convention. Paris, Hachette, 2 vol. in-80, 1885. (Cf. la 2^ éd. Paris;Cornély, in-80, 1906-1907.) D'une manière générale nous renvoyons au tome II de ce dernier ouvrage, pour tout ce qui a trait à l'étude proprement littéraire de l'éloquence de Danton. (Un premier essai sur ce sujet parut en 1882 dans la revue La Révolution Française (t. III, pp. 1 14-193).)
(2) Le texte des discours de Danton dans La Révolution Française, 1882 (t. II, p. 929). L'auteur signalait dans cet article l'importance du Logotachigraphe, et l'opposait au Moniteur, souvent inexact, incomplet ou tendancieux.