LES PREMIERS ESSAIS D EDITION IX
d'exemples typiques, peut se résumer en deux mots : comparaison, variantes. A son avis, on ne pouvait espérer retrouver les paroles des orateurs, qu'en comparant minutieusement entre eux les divers journaux qui les avaient rapportées, en choisissant parmi les comptes rendus, celui qui paraîtrait le plus satisfaisant, en notant les variantes des autres feuilles. Il estimait que, lorsqu'il s'agissait de reconstituer le texte des discours de nos grands hommes d'Etat, on pouvait se permettre « une partie des scrupules infinis avec lesquels l'érudition allemande pèse chaque syllabe du moindre rhéteur grec» (1), et il écrivait dans r avant-propos de ses Orateurs de> la Législative et de la Convention parus trois ans plus tard : « Ce qu'il y a de nouveau dans ce travail, c'est la critique des testes. Aux discours improvisés des orateurs révolutionnaires qui, antérieurs à, la sténographie, nous sont parvenus défigurés ou mutilés, nous avons appliqué avec respect la méthode qu'on applique chaque jour .aux textes anciens: en rapprochant les comptes rendus, nous avons pu établir des variantes qui permettent au lecteur, en plus d'un cas, de reconstituer en son esprit des formes improvisées. ».
Ainsi s'ouvrait un champ immense de recherches. C'était une œuvre urgente, et qui, normalement, eût dû précéder toute autre étude sur la Révolution, que d' « exhumer » ses principaux orateurs. Comment connaître la vie politique, les hommes, leurs actes, les événements auxquels ils ont été mêlés, si l'on ignore ce qu'ils ont dit? Pour certains individus, et Danton est de ce nombre, chaque discours, chaque phrase, chaque mot a la valeur d'un acte précis, et, tandis que les périodes filandreuses et vides des uns peuvent être passées sous silence sans grand dommage
(i) Cf. Le texte des discours de Danton, Rév. fr., t. III, 1882,
INTRODUCTION
pour l'histoire, chaque parole des autres porte et doit être précieusement retenue (1).
On a pu croire un instant qu'une aussi vaste entreprise allait se réaliser. Dès 1867 paraissait le premier volume de la première série (2) des Archives parlementaires, « recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises, imprimé par ordre du Corps législatif, sous la direction de MM. J. Mavidal et E. Laurent, sous-bibliothécaires au Corps législatif ». Dans un avertissement, très court mais catégorique, les éditeurs insistaient sur les promesses contenues dans le titre et dans le sous-titre de l'ouvrage. Ils expliquaient au public» qu'ils ne feraient pas double emploi avec la Réimpression de l'ancien Moniteur )); ils lui faisaient part des « instances réitérées, aussi nombreuses que pressantes, » dont ils avaient été l'objet de la part des érudits ou des hommes politiques qui souhaitaient que le Corps législatif français « n'eût rien à envier aux Parliamentary reports anglais » ; ils alléguaient l'insuffisance du Moniteur, l'importance que ne manqueraient pas d'avoir les tables chronologique et méthodique qui termineraient chacun de leurs volumes, et ils affirmaient modestement que leur publication, jointe aux Annales du Sénat, formerait « un ensemble complet des documents parlementaires nationaux, sans rival dans aucun pays du monde ».
(i) On a dit justement en parlant des discours de Danton : «... Cette parole où revit toute la Révolution... »
(2) Primitivement les Archives parlementaires ne remontaient que jusqu'à 1800 (le premier volume de ce qui devint, à partir de 1867,1a seconde série parut en 1862). A la suite d'un vote du Corps législatif on décida n que \es Archives parlementaires remonteraient non seulement à 1789, mais même à 1787, c'est-à-dire à la première Assemblée des notables. »