‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 304 sur 459 · SUR LA FORMATION D'UNE ARMÉE SECTIONNAIRE · texte numérisé non relu

SUR LA FORMATION D'UNE ARMÉE SECTIONNAIRE

Je demande donc que l'on mette aux voix :

D'abord la proposition de Billaud;

2° Qu'on décrète également que les sections de Paris s'assembleront extraordinairement les dimanches et les jeudis, et que tout citoyen faisant partie de ces assemblées, qui voudra, attendu ses besoins, réclamer une indemnité, la recevra à raison de quarante sous par assemblée; (1)

3° Qu'il soit décrété par la Convention qu'elle met à la disposition du ministre de la guerre cent millions pour des fabrications d'armes et notamment pour des fusils; que ces manufactures extraordinaires reçoivent tous les encouragements et les additions nécessaires, et qu'elles ne cessent leurs travaux que quand la France aura donné à chaque bon citoyen un fusil.

Je demande enfin qu'il soit fait un rapport sur le mode d'augmenter de plus en plus l'action du Tribunal révolutionnaire.

Que le peuple voie tomber ses ennemis; qu'il voie que la Convention s'occupe de ses besoins. (2) Le peuple est grand et il vous en donne en cet instant même une preuve remarquable : c'est que, quoiqu'il ait souffert de la disette factice, machinée pour le mener à la contre-révolution, il a senti qu'il souffrait pour sa propre cause, et sous le despotisme, il aurait exterminé tous les gouvernements. (On applaudit.) (3)

(i) L'idée de donner une indemnité de 40 sous aux citoyens pauvres, avait été suggérée à Danton bien avant le mois de septembre. Cf. Tuetey, Répertoire des sources manuscrites..., t. VIII, n9 2903.

(2) Add. Rép. fr., J. des Débats : « Que le peuple voit clairement enfin que la Convention s'occupe essentiellement de son bonheur. »

(3) J- des Débats : « Que ce peuple si grand, ce peuple qui, depuis si longtemps victime des manœuvres de ses ennemis, souffre avec une stoïcité rare, mais possible quand on souffre pour la liberté, ce peuple qui sous le despotisme eût à peine souffert deux jours de privation, que ce peuple si grand, dis-je, s'éclaire enfin sur ses vrais intérêts. » Rép. fr. : « Sous le despotisme, il eût renversé le gouvernement. » Républicain : « Voyez comme depuis plusieurs mois, ses ennemis ont cherché à l'affamer. Eh bien, il est resté immobile, et sous le despotisme il aurait renversé le gouvernement. »

Tel est le caractère du Français, éclairé par quatre années de révolution.

Hommage vous soit rendu, peuple sublime. (1) A la grandeur vous joignez la persévérance; vous voulez la liberté avec obstination; vous jeûnez pour la liberté; (2) vous devez l'acquérir. Nous marcherons avec vous; vos ennemis seront confondus; vous serez libre. (3)

(Des applaudissements universels éclatent à la fois dans toutes les parties de la salle. — Des cris de « Vive la République ! » se font entendre à plusieurs reprises. — Tous les citoyens qui remplissent la salle et les tribunes se lèvent par une même impulsion; les uns lèvent leurs mains en l'air; d'autres agitent leurs chapeaux; l'enthousiasme paraît universel.)

[Les trois propositions de Danton sont décrétées.]

(De nouvelles acclamations se font entendre. — La salle retentit des cris de « Vive la République ! » (4)

(i) Add. F. du salut public : « Tu es grand parce que tu aimes véritablement la liberté; tu es généreux, car, menacé dans tes subsistances, tu respectes les lois, l'ordre social et tes magistrats. «

(2) Add. Rép. fr. : « Vous avez versé votre sang pour la liberté... »

(3) /• des Débats : « Gloire te soit rendue, peuple magnanime; tu as souffert, jeûné pour la liberté; eh bien nous marcherons avec toi. — Et nous aussi nous voulons sauver la République, et elle sera sauvée. » Rép. fr. : « Hommage à toi, peuple magnanime ! Gloire vous soit rendue, Français ! A la grandeur vous joignez la persévérance; vous avez jeiiné pour la liberté,... »

(4) F. du salut public : « Danton qui avait été applaudi avant de parler, quand il a eu parlé est descendu de la tribune au bruit d'applaudissements universels qui l'ont accompagné jusqu'à sa place. La plus belle récompense de ceux qui ont acquis une grande popularité c'est de s'en servir dans les mouvements qui agitent le peuple, pour le diriger, pour combattre avec succès ceux qui veulent l'entraîner à des excès contraires à la liberté. »

570 SUR l'emploi des « moyens politiques

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