SUR L'EMPLOI DES « MOYENS POLITIQUES
D'après le Républicain français et le Journal ies Débats.
(Convention, vendredi soir 6 septembre 1793, 4 lieures.)
[La Convention est sous le coup des terribles nouvelles qu'elle vient de recevoir ; Lyon résiste toujours aux forces républicaines, et Toulon « travaillé par l'or de Pitt » vient cje se livrer aux Anglais. — On décrète une adresse aux départepients méridionaux, et la séancç va être levée quand Danton prend la parole :]
Danton. — S'il est vrai qu'aucun revers, quel qu'il soit, n' affaiblira jamais notre courage, je dois répéter, après l'avoir dit aux ministres et au Comité, qu'il faut joindre à l'énergie nationale les moyens politiques. (1)
Cinquante millions sont à la disposition du Comité. — Comment n'a-t-il pas ^euti qu'avec quatre millions on pouvait reconquérir Toulon à la République, et faire pendre tous les officiers aristocrates de la flotte. (2)
(i) Add. Républicain : « Où le canon ne pourra entrer, que l'or s'introduise ; et lorsque les guinées de Pitt ruinent les fondements de la liberté, pourquoi ne pas contre-miner ? Il est absurde de laisser à nos ennemis la ressource de moyens que nous pouvons employer comme eux. » — Var. Mon. : « Les revers que nous éprouvons nous prouvent qu'aux moyens révolutionnaires, nous devons joindre les moyens politiques. » Merc. un. ; « Si nous éprouvons des revers, il faut les attribuer au peu de soin que l'on a pris jusqu'ici...»
(2) Mon. : « Je dis qu'avec 3 ou 4 millions, nous eussions déjà reconquis Toulon à la France, et fait pendre les traîtres qui l'ont livrée aux Anglais.
Add. Vos décrets n'y parvenaient pas? — Eh bien, l'or corrupteur de vos ennemis n'y est-il pas entré? Vous avez mis 50 millions à la disposition du Comité de salut public ; mais cette somme ne suffit pas. Sans doute, 20, 30, 100 millions seront bien employés quand ils serviront à reconquérir la liberté, » — Var. Merc. un, : « Quatre millions
Il faut frapper les traîtres avec toutes les arjnes; il faut se servir de leurs propres moyens; il faut savoir jnettre à profit jusqu'aux vices des individus. Songez donc, il en est temps, à ces moyens nouveaux de faire triompher la cause populaire. (On applaudit.)
Si l'on se fût senà davantage des sociétés populaires, si les patriotes qui les composent, devenus missionnaires de la liberté, eussent parcouru toutes nos contrées, certes, vos 'ennemis seraient moins audacieux. (1) Quelques millions bien répandus suffisent pour les écraser tous par des moyens révolutionnaires.
Le Comité craint le reproche d'avoir fait des dépenses secrètes; mais loin de nous ces bas calculs, loin de nous toute pusillanimité. (2)
Je demande qu'il fasse un rapport sur les moyens politiques dont il ne peut se servir. (3)
Je ne suis, je ne serai d'aucun Comité; (4) mais je déclare que celui de salut public a les meilleurs patriotes, et que quiconque le calomnie est, à mes yeux, un mauvais citoyen ou un homme égaré. (5)
Je reviens à mon idée : employez enfin contre vos ennemis des moyens politiques et des mesures révolutionbien employés nous livreraient Toulon et nous donneraient le plaisir de nous venger de tous les aristocrates qui l'ont livré. Cent millions bien répartis eussent mis à notre disposition les fédéralistes. »
(i) Add. Mon. : « Si à Lyon on eût récompensé le patriotisme des sociétés populaires, cette ville ne serait pas dans l'état où elle se trouve. »
(2) Add. Mon. : « Certes, il n'est personne qui ne sache qu'il faut des dépenses secrètes pour sauver la patrie. — Merc. un. Oui, je le dis, s; le Comité de salut public eût pris de bonnes mesures secrètes, Lyon serait à nous, et nous ne serions pas obligés de bombarder nous-mêmes nos propres villes. »
(3) 7. 6?esD^fca/s:«.., dont il peut se servir. » AU. Mon. : «'Jedemande qu'il nous fasse un rapport sur les moyens nécessaires pour raviver l'esprit [public] dans les départements, et faire disparaître les aristocrates qui les infectent. » — Var. Merc. un. : « ... afin que nos ennemis soient à jamais pulvérisés. »
(4) Mon. : « Je ne suis d'aucun Comité, je ne veux être d'aucun;...»
(5) Mon. : «... mais pour le Comité de salut public, je sens combien il est intéressant pour le salut de la patrie, et quiconque l'attaque irraisonnablement est un mauvais citoyen, »
naires. (1) Si vous n'ajoutez pas ce ressort à votre Constitution, je vous le dis, vous ne savez pas gouverner et vous n'êtes pas dignes (2) du peuple que vous représentez. {On applaudit.)
Gaston. — Danton a la tête révolutionnaire! Lui seul peut exécuter son idée. Je demande que, malgré lui, il soit adjoint au Comité de salut public.
[Cette proposition est applaudie et décrétée.] ,
D'après le Journal de la Montagne.
(Club des Jacobins, vendredi 6 septembre 1793.)
[On lit une lettre de Rossignol qui se plaint de plusieurs perfidies employées pour lui aliéner la garnison de Mayencc qu'il doit commander et des moyens pris pour rendre ses efforts impuissants. — Elle est envoyée au Comité de salut public (3). — A l'occasion de cette lettre, Danton (4) prend la parole.]
Danton. — La Société connaît toutes les petites intrigues mises en œuvre pour destituer le général Rossignol. Je crois qu'elle devrait engager le Coniité de salut public à charger seul ce général sans-culotte du soin des opérations de cette guerre.
Tout le monde lui a rendu justice. Santerre lui-même qui, plus qu'un autre peut-être, devait se trouver suscep-
(i) Add. Mon. : « Adaptez une manivelle à la grande roue, et donnez ainsi un grand mouvement à la machine politique. Pour cela, employez les grands moyens que l'amour de la patrie suggère. »
(2) Add. Mon. : « ... des fonctions qui vous sont confiées,... »
(3) D'après le Républicain français.
(4) Le Journal de la Montagne dit seulement « ... un député... »
tible de toutes ces petites jalousies qui assiègent ordinairement le cœur humain, Santerre a écrit que Rossignol faisait des mei*veilles et développait les plus grands talents.
Bourdon de l'Oise ne doit pas être entendu dans cette affaire, puisqu'il a montré contre ce général, une partialité si révoltante.
Je me charge d'obtenir du Comité de salut public, au nom de la Société, que Rossignol seul dirige les opérations de la Vendée. (1) Qu'elle m'y autorise, (2) et je m'en acquitterai avec une énergie digne d'elle et de la République qui en est l'objet. (3) (Applaudi.)
[La Société arrête que Danton (4) et Lejeune (5) porteront au Comité de salut public, la demande de charger le général Rossignol seul du détail des opérations relatives à la Vendée.]