SUR LES. « MASCARADES ANTI-RELIGIEUSES
Henri IV avait âi cette époque affermi sa puissance; celle du peuple ne l'est pas encore entièrement (1). Mais, lorsqu'il jouira sans contrariété de la plénitude de sa puissance souveraine, il saura ramener sans rigueur les citoyens égarés et les immobiles; il saura faire connaître qu'en voulant la liberté il a voulu des lois.
Ce qu'il veut maintenant, c'est du nerf dans le gouvernement. (2) Ce nerf est le sien, puisque, chaque année, il nommera ses représentants, (3) ses fonctionnaires publics, et que d'un souffle, il fera disparaître tout ce qui oserait attenter à sa majesté.
Sous le grand rapport politique, nous ne sommes qu'une Commission nationale, dont le peuple consacre (4) les travaux par ses applaudissements. (5) Que chacun de nous médite (6) ces grandes vues; (7) que le Comité de salut public se dégage des détails (8). Donnons au peuple les résultats de sa Constitution; c'est lui jusqu'ici qui a tout fait. (9) Il est bon que ses représentants s'humilient devant lui (10); il est bon aussi qu'ils sachent s'élever
(i) Add. Mon. : « ...; le temps n'est pas venu où le peuple pourra se montrer clément; le temps de l'inflexibilité et des vengeances nationales n'est point passé. »
(2) Add. Mon. : « Il faut un nerf puissant, un nerf terrible au peuple. »
(3) Add. Mon. : « ... ses magistrats,... »
(4) Mon. : «... encourage... »
(5) Add. Mon. : « Le peuple veut, après avoir fondé la République, que nous essayions tous les moyens qui pourront donner plus de force et d'action au gouvernement républicain. »
(6) Add. Mon. : « ... donc tous les jours... »
(7) Mon. : «... ces grands objets. »
(8) Mon. : «... il faut que le Comité de salut public se dégage de beaucoup de détails, Add. pour se livrer tout entier à ces importantes méditations, »
(9) Mon. : « Donnons enfin des résultats au peuple. Depuis longtemps c'est le peuple qui fait toutes les grandes choses. » Add. Républicain : «Depuis quelques temps, nous semblons nous laisser désarmer par lui; c'est lui dont la raison vient de détruire les autels du fanatisme, Merc. .un. et quand il a renversé la superstition, brisé l'autel du fanatisme, nous ne devons pas rester en arrière, non, certes,... »
(10) Mon. :« ... il est beau que ses représentants s'humilient devant sa puissance souveraine. » Add. Républicain : «... et reconjifiissent leur néant devant sa majesté. »
CONVENTION, 20 NOVEMBEE I793 597
à la (1) hauteur (2). — Marche serrée, méditation sur lesloisà faire; que la Convention charge ses comités d'un prompt rapport sur la dernière conjuration. (3) Nous frapperons les coupables, nous frapperons avec force, et le peuple reconnaîtra que nous sommes dignes de lui.
En me résumant, je demande un rapport sur la conspiration récemment découverte, et un plan de gouvernement provisoire. (4)
Fay AU (5). — Je ne m'oppose pas à la motion de Danton, mais je déclare qu'il a laissé échapper, involontairement sans doute, des expressions qui ne me plaisent point ; il n'a pas méconnu cette grande vérité que le peuple est souverain, mais tandis qu'il a besoin d'être terrible il l'invite à la clémence.
Plusieurs voix. — Danton n'a pas dit cela!]
Danton. — (6) Je n'ai point dit cela, je n'ai point prononcé le mot clémence; je n'ai pas prétendu qu'il fallût être indulgent envers les coupables. J'ai demandé au contraire un gouvernement énergique et révolutionnaire. J'ai provoqué une rigueur salutaire jusqu'au moment où la souveraineté du peuple sera universellement reconnue. (7)
(i) Lire : sa.
(2) Add. Républicain : «... ; il faut qu'ils se montrent dignes de lui, et répondent à sa confiance. Mon. Il serait plus beau qu'ils s'associassent à sa gloire, qu'ils prévinssent et dirigeassent ses mouvements immortels. »
(3) Add. Républicain : « Mettons donc sans relâche la main à l'œuvre, faisons l'essai du gouvernement républicain, donnons au gouvernement révolutionnaire plus d'énergie et de centralité, et que la loi frappe les traîtres qui ont trempé dans la conspiration que le Comité de sûreté générale nous a dénoncée. »
(4) Mon. : « Je demande que le Comité de salut public réuni à celui de sûreté générale fasse un prompt rapport sur la conspiration dénoncée et sur les moyens de donner une action grande et forte au gouvernement provisoire. »
(5) Joseph-Pierre-Marie Fayau, député de la Vendée à la Convention. — On voit poindre ici l'accusation qui servira de prétexte à la condamnation des Dantonistes.
(6) Add. Mon. : « Je demande à relever un fait. »
(7) Mon. : « Il est faux que j'aie dit qu'il fallait que le peuple se portât à l'indulgence; j'ai dit au contraire que le temps de l'inflexibilité et des
598 SUR l'instruction publique et les fêtes nationales
Sur le surplus, je n'entends point porter atteinte à la liberté des opinions.
Fayau. — J'ai entendu Danton parler d'un essai de gouvernement ; il semblerait que celui qui existe ne fût qu'un essai auquel on pourrait en substituer un autre. Je déclare que je veux la République...
Danton. — (1) La Constitution républicaine est décrétée, (2) et moi je suis républicain impérissable; (3) il n'a été question dans mon opinion que du gouvernement provisoire et révolutionnaire qui est maintenant à l'ordre du jour, et soumis aux méditations et à l'examen de l'Assemblée (4), et je proposerai moi-même les plus fortes mesures révolutionnaires.
[La Convention décrète les propositions de Danton, au milieu des applaudissements.]