‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 38 sur 459 · TOUS QUATRE FRÈRES · texte numérisé non relu

TOUS QUATRE FRÈRES

(Conseil du 3 novembre 1787, à Versailles) (2).

[Les suppliants demandent le maintien de leurs privilèges de noblesse en s'appuyant sur un jugement rendu le 29 janvier 1700 par M. de Lamoignon, en faveur du père et de l'oncle de leur aïeul. L'avocat discute les divers degrés de la filiation et il ajoute :]

Quoique les suppliants aient été privés, étant encore fort

(i) Arch. nat., E 2639, 16 p. in-foi.

(2) Les membres de cette famille s'étaient glorieusement conduits dans toutes les guerres du siècle. Le père du client de Danton, avait combattu en Bohême et fait la retraite de Prague. Sous Lowendahl, il s'illustra à Berg-op-Zoom en 1747, devint brigadier-général, et mourut dans une île de la Zélande avec le quart du régiment des dragons de Septimanie qu'il commandait. — Pierre-Paul lui-même, page en 1750, avait fait les sept campagnes de la guerre d'Allemagne. Capitaine en 1760, chevalier de Saint-Louis en 1773, il s'était alors retiré après 23 ans de services. — Il avait trois frères. L'un fut capitaine de vaisseau; le second lieutenant-colonel sous Washington; le dernier, commandant des volontaires d'Afrique en 1784, mourut de la fièvre au Sénégal. — Enfin, il avait une sœur mariée au comte d'Albert de Rions qui fut le digne successeur du bailli de Sufîren. — - Le fils aîné du suppliant, à 22 ans, comptait déjà 7 ans et 4 mois de navigation effective et avait assisté à quinze combats (dont la prise de Tabago).

jeunes, de l'appui de leur père qui mourut en 1767, n'étant parvenu qu'à sa quarante-troisième année,... deux d'entre eux n'en ont pas moins déjà suivi l'exemple de leurs ancêtres, en entrant au service, pour chercher à se rendre dignes de leur naissance, et s'efforcer de marcher sur les traces du vicomte du Chayla...

Sans doute, Sa Majesté les confirmera dans la possession du plus précieux des biens qu'ils tiennent de leurs ancêtres, l'honneur dont leur famille jouit de temps immémorial de verser noblement son sang pour la patrie !

M. de Lamoignon n'aura point en vain prononcé sur la foi d'un arrêt du Conseil et sur les titres les plus authentiques que la branche de Langlade du Chayla de Montgros devait jouir comme celle du vicomte du Chayla de tous les honneurs et de tous les privilèges attachés à la noblesse d'extraction.

La main du vicomte du Chayla, chevalier des ordres, empreinte sur plusieurs des titres que les suppliants rapportent, n'aura point en vain constaté qu'ils doivent la vie à la même source dont il est sorti, parce que Sa Majesté ne trouvera rien de suspect dans l'attestation de ce généreux guerrier dont l'histoire a déjà consacré le nom, en transmettant à la postérité avec quelle valeur il contribua à mettre en déroute la redoutable colonne ennemie qui balança longtemps la fortune de l'auguste aïeul de Sa Majesté dans les champs de Fontenoy (1).

[Danton, pour justifier sa requête, fournit vingt-trois pièces.]

(i) Nicolas- Joseph-Balthasar de Langlade, vicomte du Chayla, né le 6 avril 1686, mort le 16 décembre 1754. Sur son rôle en 1745. Cf. Barbier, Chronique de la Régence, IV série, p. 61. Pinard dans sa Chronologie historique et militaire..., t. V, p. 225-sq, consacre une longue notice au vicomte du Chayla.

Page 1