‹ Discours de Danton. Edition critiqueChapitre 57 sur 459 · DANTON, PRÉSIDENT DES CORDELIERS · texte numérisé non relu

DANTON, PRÉSIDENT DES CORDELIERS

^ . D'après Thibaudeau (i).

(Assemblée du district des Cordelicrs, samedi 3 octobre 1789, au soir.)

[Le jeune Thibaudeau qui avait accompagné à Paris son père, député aux Etats généraux, et qui promenait partout sa curiosité passionnée, eut l'idée d'entrer à l'Assemblée du district des Cordeliers, le 3 octobre 1789, au soir, comme Paris frémissait à la nouvelle du repas donné à Versailles aux gardes du corps (2).]

Danton présidait; j'en avais souvent entendu jDarler, je le voyais pour la première fois. Le portrait qu'on m'en avait fait ne m'en avait donné qu'une idée bien imparfaite. Je fus frappé de sa haute stature, de ses formes athlétiques, de l'irrégularité de ses traits labourés de petite vérole, de sa parole âpre, brusque, retentissante, de son geste dramatique, de la mobilité de sa physionomie, de son regard assuré et pénétrant, de l'énergie et de l'audace dont son attitude et tous ses mouvements étaient empreints. Au premier abord, il me rappela Mirabeau, il y avait certainement de l'analogie, mais aussi en y regardant de plus près, de grandes différences. Le député était, dans ses manières comme dans sa diction habituellement noble, élégant, compassé, digne, toujours gentilhomme; il calculait ses mouvements oratoires; l'art gouvernait son éloquence. Chez Danton, c'était l'élan subit de l'âme, la fougue, tout l'abandon de la nature; l'effet en était prodigieux. Il présidait avec la décision, la prestesse et l'autorité d'un homme qui sent sa puissance; il poussait l'assemblée du district vers son but. On y adopta un manifeste.

(i) Biographie et Mémoires, p. iio, Niort, 1876, in-S". (2) Aulard, Etudes et Leçons, V^ série, p. 299.

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