LA PRÉTENDUE PRESSE POLITICO- RELIGIEUSE
L'opposition que nous font ces hommes ne serait pas importante, sans “le-caractère qu’ils ont donné à ce qu'ils appellent leur mission politique. Ils se sont affublés du manteau de la religion, et avec cette dépouille, ils en ont :imposé à nombre de gens honnêtes qu’il est difficile de désabuser,
LES. à SR TEE"
Une singulière maladie s'est produite depuis quelques années dans notre pays. Du moment qu'un jeune homme lit dix pages de Veuillot ou de Joseph de Maistre, qu’il écrit deux ou trois lettres à un curé ct un article dans la presse, ne voilà-t-il pas qu'il croit avoir une mission ? Il se fait apôtre ; il lui faut de suite une croisade.
Or comme les barbare: et les ennemis de la foi sont loin et que les: projectiles du jeune Croisé ne sont pas de longue portée, ceux-ci tombent dans le voisinage ; et si un voisin charitable des lui rapporte en lui faisant remarquer qu’il a manqué le but, que les paiens sont plus loin, vite il s’emporte, cherche querelle au voisin, l’accuse de pactiser avec l'ennemi et de trahir les grands intérêts religieux. Pas d'explications, pas de réponse, vous êtes marqué du sceau fatal,
C'est vraiment ainsi que s’est produit ce que l’on a appelé la presse. politico-religieuse, presse sans autorisation, presse malveillante, qui a fait plus de tort que beaucoup d’ennemis naturels de la religion, parce qu’elle. n’a fait que froisser, que diviser les consciences, en faisant de l’exclusivisme, et en posant comme seul défenseur intelligent des doctrines et de la. hiérarchie.
Il y a deux choses dans la province de Québec qu’un gouvernement n’osera jamais attaquer ; c’est la nationalité canadienne-françaisé, c'est la religion catholique. Il y a trop de force dans ces deux puissances, il y a. trop d'unité de sentiment à ce sujet dans la population pour qu’on aille s’y heurter. Voyez les gouvernements libéraux sortis des luttes politiques des trente dernières années. Malgré leurs dénonciations dans la presse et sur les hustings, lorsqu'ils n'étaient que l’opposition, malgré les idées de libre-pensée qu’affichent leurs plus puissants amis, vous les voyez se montrer dociles lorsque les questions religieuses viennent à se soulever. Ce n’est pas leur sympathie qui les fait agir, ce n’est pas leur bon vouloir ce sont leurs intérêts, c’est parce qu’ils savent que l’immense majorité de notre peuple est profondément et sincèrement catholique.
Et d’ailleurs, y eût-il des dangers, n’avons-nous pas des sentinelles vigilantes, des chefs expérimentés, pour nous signaler le danger, pour nous garder dans la défense ?
L’épiscopat a montré à toutes les époques de notre histoire un zèle digne de sa mission élevée, une prudence admirable, une vigilance constante, avec une modération et un tact qui lui ont valu l’immense respect dont tous les pouvoirs l’ont entouré et les succès étonnant qui ont couronné ses efforts, aux moments les plus difficiles. Avec la vaste puissance dont l’épiscopat dis-pose par son clergé, il n’y a pas à avoir de crainte pour les libertés de l’Eglise ; et c’est une témérité que de s’immiscer sans mission spéciale dans des discussions où le moindre faux pas peut compromettre toute une cause, où la moindre vivacité peut provoquer des divisions profondes comme celles dont notre province a été malheureusement la victime depuis quelques an: nées.
Et malgré ces rudes enseignements de l’expérience, un certain nombre: de.nos jeunes gens semblent prendre plaisir à recommencer ces luttes funestes. Il est temps que la réaction se fasse dans l’opinion avant que le mal nedevienne plus général. Malheureusement le mal prend son intensité à la source même qui devrait le guérir. Ce que l’épiscopat déplore, une partie du clergé l’encourage et lui donne contenance.
On a dit que la majorité des actionnaires, ou si l’on veut des patrons actifs de l'£fendard, se compose de membres du clergé. A cela, nous n’a::
vons rien à redire ; mais nous croyons assez connaître les dispositions de notre clergé pour savoir qu’il aurait repoussé du premier coup celui qui serait allé lui dire : ‘ Je me propose de me servir de votre argent et de votre influence pour unir mes efforts à ceux de M. Mercier et des libéraux, dans le but renverser le gouvernement conservateur de Québec et de diviser celui d'Ottawa.” Evidemment quand M. Trudel s’est mis en tête de fonder un journal, il a fait vibrer la corde religieuse et ce n’est pas au nom de la politique qu’il a fait appel au clergé. Il a mis les grands principes de l'avant. [1 a fait valoir l'importance pour les esprits profondéments catholiques d’avoir un organe sûr. Et le numéro-prospectus de l’Æ/endard fait foi des représentations qu’il a dû faire. A ce point de vue, la lettre de M. Prendergast à M. ‘ Mackay a une grande importance : elle donne la note que l’on a fait résonner. Cette lettre est datée du: 22 août 1882, c’est-à-dire en plein travail de création, On faisait dès lors la chasse à l’actionnaire, et M.J. A. Prendergast, qui demande de l’argent à M. Mackay pour la fondation d’un journal à Montréal, s'intitule dans l'£fendard : ‘ Prendergast et Cie., éditeurs et propriétaires.”” Il n’y a donc pas d’équivoque ; c’est la direction actuelle de l’Æfendard qui a fourni à son public les raisons et les motifs pou: lesquels celui-ci devait donner de l'argent à MM. Trudel et Prendergast. Ces ruisons, les voici :
‘€ Depuis un certain nombre d'années, le clergé catholique en général, les catholiques de la province de Québec, ressentaient profondément le: besoin d'un journal quotidien qui ait pour principe celui de promouvoir /es intérêts catholiques. Les prétendus journaux catholiques actuels sont invariablement consacrés, en premier lieu à leurs partis politiques, et ensuite aux intérêts persounels. Il en résulte comme conséquence naturelle que lersqu’il devient nécessaire d’instruire la population sur d'importantes questions religieuses ou politiques, les journaux quotidiens qui existent actuellement re/wsent souvent de le faire, parce que ça pourrait nuire à des intérêts de partis, ou intervenir contre des opinions personnelles.
‘4 Ainsi, en 1878, à l'époque des troubles orangistes, on voyait la presse protestante se coaliser contre nous, tandis que les prélendus journaux catholiques traitaient les questions à un point de vue politique et suivant des intérêts de partis.”
‘ Je ne cite là qu’une seule circonstance, mais il en existe plusieurs autres où un journal catholique indépendant et quotidien aurait pu rendre d'éminents services.
‘£ Poussé par ceffe nécessilé depuis si longtemps réssentie, appuyé par de
. nombreux amis dans le clergé et agissant de plus conformément au désir : clairement exprimé par Pie IX et Léon XIII, que la presse jasse valoir et défende les droits de l'Eglise, un groupe de catholiques distingués essaie maintenant de prélever une souscription pour fonder un journal dévoué aux intérêts catholiques, et absolument indépendant des intérêts de parti ou de l’influence personnelle. Ye projet, pour pouvoir se réaliser, nécessiterait 17 capital de $100,000 et nos amis sont loin d'être riches.”
Voilà le cas bien posé, et afin qu’il n’y ait pas de doute, l’£/endara du 13 août 1883 endosse cette lettre, en disant :
‘Il n’y a qu'un mot pour apprécier la lettre :
‘€ Mais c’est cela !”” ‘* Mais c’est la pure et simple vérité!” ‘Mais ‘ c'est exactement ce que nous eussions écrit hous-même ! ”” ‘Mais M. Pren- ‘ dérgast a parfaitement résumé le sentiment public ! 177, . . , .