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pour lui demander de recevoir quelque part ces aliénés dont on ne savait que faire. La Communauté ne recula pas devant cette tâche. Avec un dévouement incomparable et au prix des plus grands sacrifices, elle s'engagea hardiment dans une voie qui serait aujourd’hui sans issue pour elle, dans un travail herculéen dont elle serait bien mal récompensée en ce moment si on voulait en arriver à exclure virtuellement les Sœurs de chez elles comme le désirait la loi de 1885. Mais les religieuses n'ont pas craint l'avenir ; la Communauté de la Providence, ayant choisi une de ses enfants, celle qu'elle crut la mieux qualifiée pour accomplir cette grande œuvre; elle lui demanda de la conduire à bonne fin. La Sœur Thérèse de Jésus, choisie entre toutes, partit avec quelques coopératrices pour s’en aller, en
.1873, habiter les anciennes casernes d'Hochélaga et y soigner nos aliénés à
$100 par tête. Deux ans après, elles faisaient poser la première pierre du superbe édifice que nous voyons aujourd'hui. Peu de temps après elles entraient avec leurs malades dans le soubassement du ‘corps central de l'édifice actuel.
Depuis lors, toujours pour ce prix modique de $100, elles ont construit, agrandi, amélioré, conservant toujours une dette énorme, escomptant même l'avenir pour l’augmenter, afin de donner plus de confort à nos malades. La femme dont j'ai parlé qui a fait poser la première pierre de l'édifice, qui en à tout fait superposer les autres, qui à produit ce monument en est aujourd'hui la Supérieure et la Directrice.
C’est juste dix ans après le commencement de cette œuvre, au moment ou venait de se terminer ce grand édifice, qu'un gouvernement inal avisé s’en est venu essayer, par une loi, de briser tout cela, d’arréter l'œuvre dans sa marche progressive, d'intervenir dans une administration qui faisait des merveilles.
Il se passe des choses bien tristes dans le monde, et disons le, celle-ci en est une qui n’est pas à ia gloire de ses auteurs.
Maintenant, ce n'est pas tout que l'édifice soit beau, qu'un dévouement sublime ait présidé à sa fondation, à son agrandissement. Il faut encore qu'il soit bien tenu, bien géré, bien administré.
Comment est tenu l’Asile de la Longue-Pointe ?
Voilà une question importante, de la solution de laquelle dépend le vote que nous allons donner, et aussi un peu, beaucoup même, la législation de l'avenir. Si l'asile est mal tenu, la loi de 1885 avait sa raison d’être : l’expropriation virtuelle pour des fins d'utilité publique pourrait être justifiable, mais, s’il est bien tenu, pourquoi changer ?
On dit que nos asiles sont mal tenus. Voilà un cri qu'a poussé l’ignorance et le fanatisme, et, comme toutes les calomnies, celle-ci a fait son
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chemin. Nous la retrouvons produisant ses fruits un peu partout, même chez des personnes excessivement bien disposées du reste, mais qui ont pu se laisser circonvenir par le préjugé ou le défaut de renseignements certains. |
D'abord, s’il était vrai que nos asiles sont mal tenus, ou pourrait dire sans crainte de se tromper: payons donc mieux, on a toujours pour son argent. On parle des asiles des Etats-Unis, et on tombe en extase. Voyons d’abord ce que cela coûte'là-bas et ici.
L'Etat paie pour l'entretien annuel de chaque aliéné :
Aux Etats-Unis... ss ose 8295.00 Dans Ontario... RTS en ET A DM 21 EC D Dans la Nouvelle-Ecosse..…......... sde dits os es | SAQUU , Au Nouveau-Brunswick...........,,......,. 150.00 À l'Ile du Prince-Edouard..........…...........,...... 184.00 À. St. Jean de Dieu... RÉ NRA TT PONT UE 100.00
Ces chiffres’ ne sont-ils pas éloquents ? Rappelons nous de plus que cette somme de $100.00 représente non pas seulement le soin des aliénés, leur entretien etc., mais aussi l'intérêt sur le capital de près d’uu million de piastres que cet asile a coûté.
Le rapport de la majorité de la Commission est obligé d'admettre ce fait. Cette majorite de la Commission qui n’était pourtant pas trop bien disposée, nous dit à la page 48:
‘ Eu égard au prix payé par le Gouvernement, cent piastres par année et par tête, la Commission est d'opinion que les propriétaires ont fait beaucoup d'efforts pour donner aux patients, sous le rapport physique et moral, tous les soins requis.” A la page 41 : ‘“ Le succès de l’adminis- “ tration générale de cet asile... résulte du fait que le service est cons- “ famment exercé par un personnel composé: presqu’en totalité de Reli- “ gieuses, depuis l’humble tertiaire jusqu’à la Supérieure en qui se résume “ l'autorité. La Commission reconnaît d’ailleurs les admirables aptitudes ‘“ de ces bonnes Nœurs ainsi que le dévouement et la charité qui les dis-
“ tinguent et qui constituent autant de garanties pour le public.”
Êt plus loin, à la page 50, elle est obligée de conclure, malgré son peu de bonne volonté, “omme suit : ‘ Vu l’état de choses act tuel, la Commission ‘ ne croit pas devoir demander au Gouvernement de prendre sous sa charge “ tous les asiles de la province. Nous sommes d'opinion que l'établissement ‘ dirigé par les Sœurs de la Providence, avec les modifications imposées ‘aux conclusions générales, pourra donner satisfaction au Gouvernement, ”
Que nous dit maintenant le rapport de la minorité:
‘ Nous avons visité minutieusement St. Jean de Dieu, et nous n'avons rien épargné pour nous rendre compte, sous tous les rapports, de la manière dont cet asile est tenu. Nt. Jean de Dieu est celui de nos asiles qui est le mieux tenu, bien qu'il soit celui qui a été le plus accusé. Sous le rapport de l’ordre et de la propreté, t. Jean de Dieu n’a pas de supérieur.
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* Pour le prix payé, c'est notre devoir de le dire, il est impossible pour le Gouvernement d'exiger plus qu'il ne reçoit. Nous dirons même que les Sœurs font plus, sous plusieurs rapports, qu’elles ne seraient strictement obligées de faire.
‘ Nous avons constaté que dans les salles de St. Jean de Dieu, on s'occupe avec beaucoup de soin de la ventilation, qui est généralement bonne partout.
‘ La nourriture est bonne et abondante ; les gardiens son compétents et raisonnablement payés. Il serait bon de les costumer. Leur empire sur les patients en serait augmenté. g
“ Les habits fournis aux patients ne laissent rien à désirer sous tous les rapports.
‘ Partout les murs sont ornés de gravures, de manière à présenter un gai coup d'œil.
‘# L'ameublement, les fournitures de lits sont des plus confortables, tant suus le rapport de la quantité que celui de la qualité. Tous les lits sont pourvus de paillasses à ressorts perfectionnés. il y à une bibliothèque à l'usage des gardiens. Un corps de musique et un orchestre peuvent charmer les loisirs durant les longues soirées d'hiver. Un professeur de musique special dirige ce département. Il y a aussi d'autres amusements, tels que jeux de dominos, de dames, de cartes, de bagatelles, etc.
‘* Les révérendes Sœurs ont aussi la louable coutume d'organiser pour les patients des soirées musicales et dramatiques. Une vaste salle est spécialement destinée à cet usage.
‘ Outre le travail ordinaire d'intérieur et de ménage, il y a des ateliers de couture, de cordonnerie. On y trouve une forge, une boulangerie, un abattoir, une menuiserie, une buanderie et une lingerie où travaille bon nombre de patients.
‘ Pendant les mois d'été, Les travaux de la ferme en occupe encore un grand nombre. L’asile est bien éclairé.
‘ Le système de chauffage à l’eau chaude fonctionne parfaitement et donne ample satisfaction.
‘“ La pharmacie est une des plus belles et des plus abondammant pourvues que nous ayions vues en Amérique.
‘“ Les magasins de provisions sont remplis et les friandises y abondent. Les magasins de vêtements et de couvertures sont des plus complets que nous ayions visités.
“ Nous devons dire un mot spécial de la chapelle qui surpasse toutes celles que nous avons vues dans les institutions du même genre, sous tous les rapports.
“ Nous ne sommes pas dans une position avantageuse pour recommander des améliorations dans cet asile, attendu que les propriétaires font déjà plus qu’elles ne sont tenues de faire en rapport avec le prix minime qui leur est donné.
“ Si toutefois la province croit pouvoir augmenter les dépenses du service des aliénés, nous émettrons l'opinion que le prix accordé à Nt-Jeande-Dieu soit augmenté afin de mettre les Sœurs en état de faire certaines améliorations qu’elles ont en vue, entre autres d'améliorer les cellules, ce qui est déjà commencé, afin qu'elles puissent se tenir constamment à la hauteur des progrès de la science.
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M Le nous devons le reconnaître, les révérendes Sœurs ont fait, sans atf que cela leur eut été demandé, des changements pour ainsi dire constant du et des améliorations considérables.
. “ Leur demander davantage, eut dépassé les limites des exigenc es rai- ; sonnables, attendu les minimes ressources mises à leur disposition.” 0! es] Ces compliments et ces éloges qui démontrent que cet asile est magni- les fiquement tenu, n'ont fait du reste que ré-éditer ce que disaient tous les l'é rapports antérieurs des inspecteurs des asiles et des prisons. Er Que disaient-ils dans leur treizième rapport ? CE . : Ke: . . CP . e
‘# Nous devons de suite déclarer, écrivent-ils, que les propriétaires de d * nos asiles continuent à se rendre dignes des éloges que nous sommes pr
obligés, en justice, de leur décerner chaque année.
* Rien de ce qui peut ajouter au confort et servir à la guérison de ce
leurs malades n'est négligé, ni oublié. Propreté, lumièrv, aération, jeux, gravures ornementations, fleurs lits, nourriture, surveillance; en un mot, tout ce qui peut paraitre utile et avantageux aux inforturiés confiés à leurs soins est acquis, conservé et reparti dans toute l'étendue de ces immenses édifices.
“Le corps dirigeant comme les sous-employés rivalisent de zèle, d'attention et de devouement. Ils traitent avec douceur les malheureux qui leur sont confiés, suivent avec ponctualité nos avis et nos instructions et tiennent facilement les livres que nous leur avons enjoint de tenir (18e rapport, pages 37 et 38).”
’ Et dans un rapport tout récent, le 17e, publié en 1887, nous lisons à la page 61 :
‘“ Les asiles de cette province ont continué leur œuvre avec autant de succès que par le passé.”
Après tout cela, n'est-il pas permis de conclure que l'asile de Saint- Jean de Dieu est bien tenu, et que, pour le prix payé, il est infiniment mieux que tous les autres visités par la Commission ? J'en reviens, en conséquence à la question : si cet asile est bin tenu, pourquoi changer le système ?