LES GARDIENS
Maintenant, pour seconder les efforts et le travail de ces médecins, il est une classe de personnes dans un asile qui doivent être aussi très bien qualifiées ; je veux parler du service des gardiens. Il faut que ces derniers soient compétents, qu'ils soient en nombre suffisant et de plus, qu'ils soient suffisamment rémunérés pour garder longtemps leur position, acquérir de l’expérience et se rendre de jour en jour plus utiles. Quel est l’idéal de la majorité de la Commission sous ce rapport ? Le voici à lu page 165. |
‘ Les gardiens sont les bras droits du service médical. Dans plusieurs établissements, on leur donne des instructions spéciales sous forme de lectures, sur les devoirs qu’ils ont à remplir, des notions générales sur l'hygiène, l'observation des malades, ete. Dans plusieurs asiles aux Etats- Unis, les gardiens sont tenus de passer un examen comme tous les autres employés civils. Le but que l’on cherche à atteindre en s’assurant les services de gardiens instruits, compétents, est de les mettre en harmon.e
avec le traitement suivi, d'obtenir plus de facilité pour une bonne classification et d'abolir graduellement l'usage de la contrainte. Le gardien est l'agent du médecin aussi bien que du malade ; sa douceur ou sa sévérité, la forme qu’il donne à ses soins, font partie du régime physique et moral prescrit. Tout cela s'apprend à condition d’être enseigné par le service médical —Rapport, P. 165.
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C’est très beau, n'est co pas. Mais ce qui est moins beau, c’est de constater que la majorité d: la (’ommission, qui a du pourtant agir de bonne foi, n’a pas suffisamment tenu compte de ce qui se fait dans nos asiles sous ce rapport. Ainsi, on a fait des avancés qui, s'ils n'étaient pas ici réfutés, pourraient être préjudiciables à une cause sacrée. Je me permettrai ici de citer, aux pages 37 et 165, les conclusions suivant moi erronées auxquelles on en est venu sous ce rapport :
‘“ La tenue des gardiens est bonne ; mais on leur donne aucune instruction pour les renseigner sur la nature des devoirs qu'ils ont à remplir, quant à ce qui regarde le traitement des malades confiés à leurs soins.
“ Dans nos asiles, le personnel des gardiens, insuffisamment rémunérés, sc recrute généralement parmi cette classe de désœuvrés qui n’ont rien de mieux à faire pour gagner leur vie. D'ailleurs, le nombre est insuffisant. De là des actes de négligence ou de brutalité trop fréquents. Pour assurer un service de gardiens efficace, il devrait y avoir un ou plusieurs surveillants des gardiens qui feraient rapport tous les jours au médecin en chef sur leurs subordonnés. (P. 165.)
On ne trouvera pas mauvais, je présume, que je puise dans le même rapport de la majorité pour rétablir les faits d’une manière exact. Parlons d'abord de la rémunération des gardiens ce qui est un point important, comme j'ai dit tantôt. Les salaires des gardiens, à St. Jean de Dieu, sont de $15 à $25 par inois, en y comprenant la pension. Ce fait est facile à constater et je l’affirme en connaïssance de cause. Or quels sont les salaires payés dans les asiles d’un pays riche comme les Etats-Unis, où les salaires en général sont élevés et où la vie coûte plus cher qu'au Canada? Quels sont aussi les salaires payés à Ontario, province qu'on dit plus riche que la nôtre? La Commission va vous répondre elle-même :
A St. Elizab«th, Washington :
“ Leur salaire est de quinze à vingt-cinq dollars.” P. 82.
A Mount-Hope R: “eat, Baltimore :
“ On paye les gard.ns de douze à quinze piastres par mois.” P. 86.
A Norriston, près Philadelphie :
“ La moyenne des gardiens reçoivent chacun, hommes et femmes, un salaire de quinze à vingt piastres par mois.” P. 89.
Pensylvania Hospital, Philadelphie :
‘ On leur paye un salaire de vingt piastres par mois.” P. 95,
Butlers Hospital, Providence, R. T:
“ Les hommes reçoivent un salaire variant de dix-huit à quarante-cinq piastres, en moyenne trente piastres par mois, et les femmes de seize à trente piastres, moyenne vingt piastres. P.104 (Mais on ne dit pas s'ils sont pensionnés.)
Worcester, Massachusetts :
“ Les hommes recoivent de viagt à vingt-cinq piastres de salaire par mois, et les frmmes de quatorze à dix-huit piastres.
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Utica, New-York State Lunatic Asylum :
“ Les gardiens ont un salaire variant de douze à dix-neuf piastres ; les hoïñmes commencent à vingt piastres, après six mois on élève leur salaire à vingt-deux, puis progressivement jusqu'à vingt-huit piastres. Les gardiens en chef ont trente-cinq et quarante piastres.
London, Ontario :
‘“ Le salaire payé est de vingt piastres pour les hommes et de douze piastres pour les femmes. Le gardien en chef a quelques piastres de plus. P. 117.
Toronto, Ontario :
“Tous ces gardiens ont une certaine éducation et reçoivent, les hommes de dix-huit à vingt-six piastres par mois et les femmes dix ou onze. P. 122.
Kingston, Ontario :
“ [ls ont un salaire, les femmes de dix ou douze piastres par mois et les hommes de vingt à vingt-deux piastres. P. 25.
Je n’insiste pas davantage sur ce point. Je crois qu'il est parfaitement établi, et tout à notre avantage.
Voyons maintenant, quant au nombre des gardiens, point bien important aussi. À l'asile Ste. Elisabeth, près de Washington, un des plus beaux asiles et un des mieux tenus des Etats-Unis, la Commission dit qu'il y à 170 gardiens et gardiennes pour 1861 patients. À Norristown, qui rivalise certainement avec Ste. Elisabeth, s’il ne le dépasse pas, il y a 142 gardiens pour 1700. Je n’en cite pas d’autres. Ils sont inférieurs à ceux-là sous ce rapport.
Quel est l’état de choses à St. Jean de Dieu? Voyons ce qu’en dit, à la page 82, le rapport de la Commission :
‘ Personnel—I]l est ainsi com posé :
Sœurs, 72; tertiaires, 91; total, 163, dont trois à la procure, deux au parloir et les autres dans les salles, la cuisine et les départements d'ouvrage,
et y surveillant les patients, soit........,.........,... ÉRÉRS COR ANSE TPE NES CO MIE Gardiennes séculières..….....…. TROT le a tee cr D a es le TS CR RS nn A de Eten BR Ed PRE VE NS QUEN cer ARE ren Vals 28 Gardiens de nuit... REA aber ROUE SR en TR LEE ide LEE) 4 Grardiennes de nuit... ‘ PES LES TS RAR
À part ces deux gardiennes, quatre Sœurs et tertiaires, en moyenne, veillent chaque nuit.
Employés sur les terres et y surveillant le travail des patients... 8 Employés dans les départements d'ouvrage et d'industrie et y surveillant les patients qui y travaillent, dix-neuf hommes, savoir : un cordonnier, un forgeron, deux menuisiers, deux ingénieurs, un boulanger, un jardinier, un tailleur, trois cuisiniers, un professeur de musique et de chant, cinq chauffeurs, un homme de cour. 19 Deux médecins... fete Waadei (helene ile EU RFO Ter rte te Et de Trois aumôniers.........…. TANT DD dut Dai UP MA ONU
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En faveur de qui est ici l'avantage de la comparaison ? St. Jean de Dieu a un personnel de 248 pour un nombre de malades qui, nous dit la Commission, à la page 86, n'excède pas 1200.
J'ai parlé de la rémunération des gardiens et de leur nombre, j'en viens maintenant à leur compétence.
Ignore-t-on par hasard dans cette province qu'il y a à l'asile de la Longue Pointe une communauté dont chaque membre a suivi. durant son noviciat de Sœur de Charité, un cours préparatoire de médecine, de chirurgie et de matière médicale durant trois ans? Ignore-t-on que la Sœur de Charité pour se dévouer aux soins de £es semblables, ne fait pas seulement le sacrifice de sa liberté et des plaisirs du monde, maïs qu'elle
prend encore la peine d'étudier la médecine pour se rendre parfaitement
compétente dans la vocation à laquelle elle se destine et qui consiste à dévouer toute son existence au soin des malades ? Ignore-t-on de plus qu'ily a à l'asile de St. Jean de Dieu, une clinique des maladies mentales que suivent les tertiaires et les g'ardiennes ? C’est avec les cliniques que l’on donne l'expérience à ceux qui étudient la médecine, et on y a recours, à St. Jean de Dieu, pour former des personnes parfaitement compétentes. La plupart des religieuses de cet asile ont acquis une scionce et une expérience tellement considérables sous ce rapport qu'elles sont aujourd'hui parfaitement capables par elles-mêmes de diagnostiquer le caractère de la maladie du patient qui arrive, et qu’elles se trompent rarement. Ces choses sont curieuses à constater. Ainsi, il arrive que des patients, qui sont envoyés à l'asile en vertu de certificats de médecins, y viennent avec des documents constatant un genre d’aliénation qui, la plupart du temps, n’est pas celui dont ils souffrent. La plupart du temps, la petite Sœur de Charité, qu'on veut faire passer quelque part pour ignorante et incompétente, voit d'elle-même, de suite, même avant que les médecins habituels ne se soient prononcés, que le médecin de la campagne s’est trompé, et qu'il n’a pas diagnostiqué la maladie du tout. Je ne dis pas ceci pour jeter un blâme ni du louche sur la profession. Il est admis que pour être fort eu matière d’aliénation mentale il faut avoir étudié spécialement cette branche et avoir une certaine expérience. Le fait que j'avance démontre plutôt la force de l’organisation et de la science médicale sous ce rapport dans un asile qui a toute mon admiration.
Que faut-il donc penser d'un service médical comme celui que je viens de décrire ? N'est-ce pas le plus complet qu'on puisse supposer et ne possède-t-il pas toutes les qualités désirables ? On ne s’objectera pas, je suppose, au fait que ce sont des femmes qui sont préposées aux soins généraux et à l'administration de l'asile; il suffit que ces dernières soient bien qualifiées. A Norristown, un des plus grands asiles Américains, c’est une femme, le Dr. Bennett, qui est un des principaux médecins de la section des femmes.