‹ Discours de l'Hon. L.P. Pelletier sur la question des asiles d'aliéné s [microforme]Chapitre 34 sur 36 · LA RAISON DE TOUT CELA · texte numérisé non relu

LA RAISON DE TOUT CELA

Je vois d'ici le geste fatidique de l’incrédulité qui se demande : mais pourquoi les Sœurs font-elles toutes ces dépenses, pourquoi se donnentelles tout ce trouble pourquoi se font-elles si prodigues de bonté ? et j'entends la réponse que l’on fait quelque part : l'intérêt et la eupidité. On ne comprend pas, et à cause de cela, on trouve mauvais, que des religieuses puissent ainsi édifier un asile qui est tout un monument, faire des dépenses si considérables pour l’entretien des malades, pour les services des médecins, leurs voyages en Europe, les cadeaux distribués aux malades etc. lorsqu'elle ne reçoivent du gouvernement que la somme minime de $100 par chaque aliéné. On se dit qu'il y a là une chose difficile à réaliser, On s’insurge même contre la prospérité de la Communauté et contre le dévouement des religieuses.

D'abord, si la Communauté est riche, qui en profite ? Ce ne sont pas les religieuses elles-mêmes, elles n’ont besoin de rien, ce sont les œuvres qui leur sont chères et qui sont chères aussi à notre population. En second lieu. si on se demande pourquoi tout ce dévouement et tous ces sacrifices, on se pose une question que la charité chrétienne a résolue par tout ou elle a pénétré. Pourquoi les Sœurs de Charité vont-elles passer la nuit au chevet des malades pauvres ? Pourquoi nos communautés gardentelles dans les grandes villes sept à huit cents petits infortunés qu'elles font vivre de la charité publique, alors qu’elle ne savent pas si elles auront du pain pour le lendemain et qu’elles en manqueraient de fait sans les secours qu’elles reçoivent ? Avez-vous vu passer dans nos rues cette humble voiture sur laquelle sont inscrits les mots : “ Hospice des Sœurs de Charité” et qui s'en va une fois par semaine arrêter à la porte de toutes les maisons riches pour y chercher un pain, que le propriétaire a

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vera, C’est la charité chrétienne ambulante et organisée. Elle touche le cœur de celui qui s'arrête pour la voir passer.

Avez-vous vu les Sœurs de la congrégation, qui pourraient se contenter d'enseigner les enfants des riches dans leurs beaux couvents, établir dans nos grandes villes des académies ou des milliers d'enfants pauvres recoivent l'éducation gratuite et bien souvent des livres et des habillements ? Avezvous vu dans des temps d’épidémie, alors que les amis les plus chers vont réfugier au loin leur sécurité personnelle, les religieuses se mettre dans la

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rue, à la recherche des malades que tout le monde fuit et leur porter à manger au nom de Celui qu'elles représentent sur la terre ? Cet amour du sacrifice, ce besoin de dévou«ment c'est une vocation, et il serait bien à plaindre celui qui croirait que les Sœurs de la Providence ne les possèdent pas dans l'asile Saint Jean de Dieu.

Je l'ai déjà dit et je le répète: allez y et vous y verrez des choses que jamais de votre vie vous n'oublierez; des malades qui pleurent lorsqu'on les sépare de leurs gardiennes, des religieuses adorés de leurs inalades et s'en faisant écouter à cause de l'amitié qu’elles leur inspire, des Sœurs se aisant les servantes des patients, se pliant à tous leurs caprices, leur parlant toujours avec un sourire sur les lèvres et les traitant à chaque instant avec l’espoir de faire luire dans leurs yeux un indice de bonheur, de faire briller une lueur d'intelligence et ranimer par là des facultés qui s'éteignent.

Vous y verrez bien d’autres choses encore que l'afgent on le contrôle scientifique seraient impuissants à produire. Lorsque je suis passé là, je me suis arrêté devant des tableaux difficiles à rendre. Je me souviens l'une pauvre idiote dont la manie était de manger d'une manière tellement lente qu'il lui fallait deux ou trois heures pour prendre son repas. Près d'elle se tenait une petite religieuse qui la servait et allait réchauffer ses aliments de temps à autre. Elle me faisait penser au Divin Mattre à enoux aux pieds de ses disciples et leur lavant les pieds. En pénétrant dans la salle des furieuses un autre spectacle m'attendait. L'une de ces malheureuses, profitant du fait que la religieuse qui les gardait était détournée, lui donna un violent soufflet. En voyant comme cela fut enduré et tendrement réprimé, je me demandai en quelle autre place on pouvait voir des choses comme celle-la Cette femme qui passe sa vie au millieu de ces malheureux, qui n’en retire aucun bénéfice, qui souftre pour elle et à cause d'elle, c'était la répétition du grand drame qui a régénéré le moude Admirons ces femmes, inclinons nous devant elles. et d'avance donnons leur une place dans le Panthéon de l’histoire.

Mais quelles sont-elles ces f:mmes qui se dévouent ainsi ? Ce sont les lles de nos premières familles canadiennes ; elles auraient vécu parfaiteent heureuses, riches, honorées, adulées. La Nœur Thérèse de Jésus,

eur Supérieure et leur modèle, aurait joué un role brillant dans le monde, Elle s’est enfermée dans cetté maison bénie pour être ignorée et faire le bien loin du regard des hommes ; mais voilà qne son nom et sa réputation pnt éclaté au dehors ; son nom provoque des haïines de sectaires, mais aussi ] est honoré et apprécié par ceux qui connaissent bien celle qui le porte,

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I] est des noms dans Je monde qui sont bien beaux par eux-mêmes, mals il y en a d'autres aussi auxquels on s'attache instinctivement à cause de celles qui l'honorent. Celui de Sœur Thérèse de Jésus est de ceux-là. Cette femme est l'âme de St. Jean de Dieu. Tout y est imprégné de son nom et du cachet de grandeur qu’elle sait imprimer à tout ce qu'elle fait.

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