‹ Discours de l'honorable M. Chapleau en proposant la vente du chemin de fer quebec, Montreal, Ottawa et Occidental a l'Assemblee LegislativeChapitre 15 sur 36 · PEUT-ON GARDER LE CHEMIN DE FER SANS TAXER LE PEUPLE · texte numérisé non relu

PEUT-ON GARDER LE CHEMIN DE FER SANS TAXER LE PEUPLE

Mais, M. l'Orateur, il est une autre raison plus grave encore pour vendre notre chemin, la voici : c'est que nous n'avons pas d'argent pour rencontrer les dépenses qu'il y a à faire sur notre ligne provinciale. Cette raison prime toutes les autres. Les recettes du chemin de fer ne fournissent pas au gouvernement, déduction faite des dépenses dexj loitation, ce qui lui faudrait pour exécuter les travaux nécessaires à son parachèvement. Au nombre de ces travaux se trouvent ceux à faire dms la ville même de Québec et l'on souèverait toute une révoiution dans Québec si le gouvernement ne faisait pas ces travaux. Nous avons beaucoup de travaux à faire le long de la ligne, et l'ingénieur du gouvernement vienl de nous présenter un rapport par 1- quel nous voyons qu'une somme de $1,140,000 doit, de toute nécessité être immédiatement dépensée sur la ligne si le gouvernement veut garder son chemin, et mon honorable ami, le trésorier, à qui je m'adresse pour avoir ce montant me répond que nous ne l'avons pas et que nous ne pouvons le trouver.

On me dira peut-être : Empruntez, empruntez. Sur quoi emprunterons-nous ?

Si nous gardons le chemin, il nous faudra, pour combler nos déficits ei terminer les travaux à faire, emprunter une couple de millions. Or, il n'y a pas de fausse honte à le dire, à moins d'aliéner le domaine public ou d'avoir recours à la taxe directe, nous n'avons pas de quoi payer. Mon, monsieur l'Orateur, le gouvernement, je l'espère du moins, ne se mettra pas dans l'humiliante position de ne pouvoir donner pour toute réponse à la question que lui fera le capitaliste qui lui demandera avec quoi il la paiera : " Je vous paierai avec votre argent." Un trésorier qui en agirait ainsi ne serait pas honorable. Aussi, je déclare qu'il est impossible au gouvernement de contracter un nouvel emprunt dans les circonstances actuelles, sans nuire gravement au crédit de la Province. D'un autre côté, nous avons promis au corps électoral que nous n'imposerions pas de charges sur

la propriété. Nous ne pouvons pas tromper les électeurs, et je demanderais plustôt de retourner devant eux que de les charger du plus petit impôt direct. Et malgré toutes les perfidies, toutes les cabales de nos adversaires, le peuple sur ce point sera encore avec nous. Entre la vente du chemin et la taxe, je sais ce qu'il choisira.

Les dépenses encourues pour la construction du chemin s'élèvent à $12,615,000.

Pour l'année 1 880-8 1 .les comptes publics accusent une dépense bien plus considérable que ne l'est la dépense réelle. Car dans cette | ériode de temps-là, le gouvernement a été obligé de payer une foule de comptes et réclamations pour terrains, expropriations, règlements, etc. Les comptes publics indiquent une somme de $2,206.328 dépensée pour construction ; mais, n'eussent été ces anciennes réclamations pour des engagements contractés avant nous, le gouvernement n'aurait payé, pour construction,dans le cours de l'année que le montant de $1,368,002.51.

Il nous reste à peu près pour $1,140,000 de travaux à faire. Nos finances sont obérées et le déficit, celte année, sera de plus de $400.000.

Ah! le gouvernement doit garder le chemin de fer pour le commerce local et pour les cultivateurs. Mais ayez au moins le courage de votre opinion. Déclarez donc que vous voulez la taxe directe; allez le dire au pays. Dites aux commerçants et aux gensde la campagne qu'ils don ent s'imposer de nou veaux sacrifices pour conserver le chemin. Il y a huit à neuf cents paroisses dans la Province. Mettez pour la valeur de la propriété dans chaque paroisse une moyenne de $.'50.000 Vous arriversz à une somme de $225,000,000 de propriété. Eh! bien, taxez ces propriétés à un dixième de centin par cent piastres, vous aurez $225,000 par année. Si l'on veut laisser le chemin de fer pour les cultivateurs, il faut que l'on dise : •* Gardons le chemin, mais taxonsnous."

Un chemin de fer n'est pas fait simplement pour des intérêts de clocher, mais pour le grand commerce et le développement général du pays. Gomme le disait un journaliste d'esprit : " Si telle est l'intention de la Législature, il ne nous reste plus qu'à dire : " Paie, Jean- Baptiste. " En effet, si l'on veut garder le chemin, qu'on se taxe pour le garder.

Quant à moi, je m'empresse de le proclamer hautement, je n'en suis pas. Je suis déjà allé devant le peuple avec un projet de taxe qui demandait à peu près $175,000 par année. Je connais la réponse que le peuple m'a donnée. J'ai eu à faire la lutte contre l'honorable chef de

l'opposition, alors premier minisire, qui combattait l'idée d'augmenter les taxes. Si ses vues sont changées depuis, qu'il le dise. Moi, s'il le faut, je retournerai devant le peuple, pour lui dire que c'est pour éviter les taxes <jue je veux dégrever le budget au moyen de la vente du chemin. C'est sur cette question que nous avons fait les élections de 1881, et c'est fort de l'autorisation que ces élections nous ont donnée que je présente aujourd'hui le seul projet capable de sauver la situation. C'e;>t pour tenir la promesse que j'ai faite au peuple pendant les élections, pour éviter la taxe, que je me suis mis à l'œuvre pour trouver des acheteurs.

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