‹ Discours de l'honorable M. Chapleau en proposant la vente du chemin de fer quebec, Montreal, Ottawa et Occidental a l'Assemblee LegislativeChapitre 18 sur 36 · FAUT-IL PERDRE LE COMMERCE DE L'OUEST · texte numérisé non relu

FAUT-IL PERDRE LE COMMERCE DE L'OUEST

Et le trafic de l'Ouest, comment vous l'assurez-vous ? M. l'Orateur, c'est là une grande question. Ce 'trafic de l'Ouest peut s'obtenir de trois manières. La première par le Pacifique ; or si vous rejetez la proposition du Pacifique vous vous en faites un ennemi. La seconde : [Le New-York Central qui offre de conduire nos chars à Chicago aux mêmes prix et conditions que le Grand Tronc ; seulement il offre le desavantage d'un plus long parcours, et puis nous ne pouvons atteindre les lignes américaines que par l'intermédiaire du Pacifique, à Brockville ou l'rescott. La troisième : Allons-nous passer par le Grand Tronc ? Nous ne | ouvons pas y songer ; car il est notre ennemi.

Il restait une chose à faire : c'était de prolonger notre route vers l'Ouest. C'était la grande pensée que les promoteurs du chemin de fer Q., M , O. et O., avaient dans l'espr;t. C'est le rêve de mon ami d'Hochelaga. C'est avec ce rêve qu'il a bâti lj< syndicat Allan-Hivard. Son enthousiasme pour la voie de la Baie Géorgienne est tel qu'il me disait l'autre jour que quand bien même le gouvernement devrait aliecter tout le prix de vente du Q. M. O. et O pour bâtir d'Aylmer à la Baie Géorgienne, ce serait une dépense rémunérative.

Seulement nous demandons comment le gouvernement pourrait, dans sa position financière actuelle, réaliser ce grand projet, lorsqu'il lui est à peine possible de subventionner las 80 milles demandes et promis de Hull à Pembrooke. Nous avons contracté cette obligation et elle est encore due, et malgré la position gênée du trésor, nous paierons ce subside, l'ayant promis ; car le gouvernement de Québec n'a pas l'habitude de répudier ses engagements.

On aurait voulu prolonger notre ligne à la Baie Géorgienne. Or, cela fait un parcours de 3 15 milles de long à partir d'Ottawa. Va-l-on dire que le gouvernement serait capable d'entreprendre la construction d'un tel chemin qui coûterait au moins vingt à vingt-cinq mille piastres par mille ? Lui donner un subside est une chose à laquelle même il ne faudrait pas penser.

îl y a bien encore les connexions que nous'pouvons obtenir avec l'Ouest par les lignes d'Ottawa à Toronto. Ces connexions

sont absolument contrôlées, l'une par la compagnie Goodherham soutenue par le Grand Tronc, dit-on, et l'autre par celle du Pacifique Canadien ; mais ces deux compagnies seraient nécessairement nos rivales si nous gardions notre chemin. Vous vous Voyez donc fermer toute issue vers l'Ouest, à moins que l'on pense à se servir du tunnel qui a été si maltraité lorsqu'il s'est agi d'en faire passer le bill par cette Chambre ; et même en supposant qne vous voudriez vous rejeter sur ce tunnel, vous auriez encore au moins quatre ans à attendre, avec la perspective de difficultés qu'il vous sera peut être impossible de surmonter. Si nous n'avons pas le Grand Tronc pour nous, si le Pacitique est contre nous, nous n'avons plus d'issue pour établir nos relations avec l'Ouest, et alors où irons nous pour les établir? Songeons donc bien à la position dans laquelle nous nous trouvons.

Nous venons d'obtenir du gouvernement fédérai la construction de l'embranchement de Saint-Charles pour le trafic de l'Iiitercolonial. Or si nous adoptons la théorie de ceux qui veu'ent garder le chemin, nous aurons contre nous les compagnies du Grand Tronc, du Richelieu, du chemin de Sorel à Montréal et du Pacifique Canadien. Alors que pourrons nous faire?

Et quand le gouvernement fédéral viendra vous dire : vous nous faites faire une dépense d'un demi-million pour l'embranchement de St. Charles afin de pouvoir bénificier du commerce de l'Intercolonial ; il vous faut maintenant vous mettre en communication avec l'Ouest. Or si vous ne pouvez obtenir cette communication, le gouvernement fédéral vous enlèvera cet embranchement — et vous perdrez le bénéfice de tout le commerce de l'Intercolonial et de l'Ouest et du Pacifique, à moins donc que vous n'aye* la prétention de bâtir un chemin de 315 milles sans argent au coffre. En y réfléchissant, je crois qu'on admettra que la théorie de ceux qui proposent de garder le chemin pour l'Etat, pour les cultivateurs et les commerçants, serait puérile, si elle n'était pa? malicieuse par calcul, émise simplement pour tromper l'opinion, fntter les préjugés, et faire naitre un sentiment déloyal chez le peuple au détriment d'un gouvernement dont on jalouse le succès.

Page 1