EN SYMPATHIE AVEC LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL
Je ne veux pas que cette Chambre reste sous l'impression, comme on a essayé de le faire croire au dehors, que le gouvernement fédéral n'approuvait pa* notre politique sur celte question. Je suis heureux, M. l'Orateur, de pouvoir proliter de cette occasion pour déclarer que nous nous accordions parfaitement avec le gouvernement fédéral, et que les efforts que nous avons faits pour arriver à un résultat satisfaisant pour notre province, ont été approuvés par ies autorités fédérales et vivement secondés. Je dois dire que c'est à cette amicale coopération que nous devons les bons résultats de la proposition de la Compagnie du Pacifique, car le gouvernement de Québec et le Pacifique étaient partis de deux points assez éloignés l'un de l'autre.
A la session de 1881, à Ottawa, quant nous mentionnions au Pacifique une ofire
de six millions et trois quarts qui nous était faite pour notre chemin, les gens du Pacifique nous répondaient tout bonnement que c'était une offre folle et extravagante ; et six mois à peine avant la conclusion de notre traité avec eux, ils n'en étaient arrivés encore qu'à faire des offres pour une seule section, la section ouest, et à limiter les offres à $3,000,000, se basant sur le fait qu'ils pouvaient construire eux-mêmes une ligne pour ce montant. C'est à la suite des instances conjointes de nos amis d'Ottawa et de nous-mêmes, que ces messieurs finirent par augmenter leur prix de $600 000 et par consentir à faire pour $400,000 de travaux. C'est sur cette détermination finale que le gouvernement prit aussi la sienne.
5e accusation : Celte Chambre est-elle uc/ielee ?
M. l'Orateur, il est une accusation plus grave encore, — plus basse et plus lâche que les autres, s'il est possible.
Je me trouvais en France durant la dernière période électorale. Dans cette France républicaine, dans ce Paris socialiste, j'ai vu bien des extravagances, bien des choses étranges, j'ai vu les funestes aberrations auxquelles peuvent arriver certaines couches sociales à un moment donné ; mais je dois dire que je n'y ai connu rien d'analogue à ce qui a été publié dans certains journaux de cette Province. Je n'ai jamais, en France, entendu déclarer que le pays était pourri, que la nation était vendue et que les députés qui se mettaient en vente se comptaient par douzaines. J'ai vu ridiculiser des hommes, mais je n'ai jamais vu outrager la FYance.
Comment ! oser dire que notre Chambre a été en partie recrutée au moyen de l'argent de certains agents exerçant un monopole sur la députation, oser dire que les billets de banque, les centaines et les milliers de piastres, prix de leur honte, circulaient entre les mains des élus du peuple ! Oui, je le constate avec regret, tout cela a été imprimé dans une certaine presse qui avait l'effronterie et l'impudence de dire : " Que le premier ministre nous traduise à la barre de la Chambre et l'on verra bien si nous sommes capable de prouver nos accusations. " On était ainsi brave parcequ'on savait bien qu'on ne serait pas traduit à la barre de cette Chambre. On agissait comme ces bravaches qui disent: *' Je veux me battre, " mais qui en même temps ont la précaution de dire à ceux qui les entourent : " Tenez-moi bien."
Lorsqu'on lançait à notre députation des injures aussi sanglantes, on savait qu'on disait un mensonge, car on savait parfai-
tement bien que noire députation nes'et-ai: pas vendue.
6e accusation : Cvlle vente a été faite à la hâte.
Comme je le disais, monsieur l'Orateur, il y a quelques instants, puisqu'il faut dégager du débat tout ce qui ne fait pas partie essentielle de la question soumise à cette Chambre, je relèverai un autre reproche qu'on a fait au gouvernement : celui d'avoir hâté la vente du chemin de fer du Nord, et cela sans venir consulter le Parlement. Je vous parlerai plus tard de celoi de nos honorables amis dans cette Chambre qui s'est fait, je ne dirai pas le prophète, mais le missionnaire de cette idée : que le gouvernement ne doit pas être le gouvernement, que c'est la Chambre qui doit gouverner, et que le ministère ne vient qu'après la Chambre. La théorie que la Chambre doit gouverner et que le ministère ne vient qu'après la Chambre est tout à fait nouvelle. Celui qui l'a émise en cette enceinte n'a pas pris la peine de l'étudier suffisamment. 11 s'agissait peut-être pour lui de plaire en ce moment à la plèbe, car c'était flatteur ; mais cette théorie sentait un peu trop la démagogie.
Mous sommes heureux d'être régis par la constitution anglaise et nous devons l'accepter telle qu'elle est.et cette constitution pose en principe que le gouvernement administre, et ensuite ses actes sont soumis à la Chambre qui blâme ou approuve ie gouvernement. Ainsi, le gouvernement travaillera, étudiera une mesure, la mûrira, lui donnera toute la perfection possible, puis viendra l'expliquer à la Chambre, qui l'approuvera ou la désapprouvera selon son mérite ; mais ce n'est pas à la Chambre à faire la besogne du gouvernement.
Jaimerais beaucoup à voir les messieurs de la compagnie du Pacifique convoqués à la barre de cette chambre et discutant tour à tour avec les soixante-quatre membres de cette honorable chambre par l'entremise de l'Orateur, lisant leurs réponses non pas verbales, la procédure s'y oppose, mais écrites. Quel est l'homme d'atfaires fui se soumettrait à ce procédé ?
Le projet de la vente de notre chemin de fer provincial est soumis à la Chambre, et le gouvernement n'est pas engagé pour un seul sou dans cette transaction, au cas i où elle serait mise de côté par cette Chambre. Après avoir étudié et mûri l'affaire, nous la soumettons à la Chambre, qui décidera si elle doit être ratifiée ou non.
Eh bien ! je demande si ce n'est pas là ce que doit faire un gouvernement honnête, et si le ministère n'a pas agi en cette cir-
constance comme il le devait faire. On dit encore :
•* iSous n'aimons pas la précipitation que " le gouvernement met en cette affaire. " Chacun doit se demander : pourquoi ** vendre le chemin du Nord, cette belle, " cette immense propriété publique, cinq " .jours avant l'ouverture des chambres ? " Pourquoi faire des conciliabules de " députes, huit jours avant la discus- *' sion publique d'une si grave mesure ? 44 Craint-on la lumière? Ou bien a-t-on ** voulu engager d'avance la parole des " membres de la députation, bien que le 44 vote de chacun ne doive se donner qu'a- •' près le plus mûr examen ?
Il est vrai que le public n'est pas admis aux délibérations de l'Exécutif et qu'il n'a pas été mis au courant du détail des négociations qui ont eu lieu ; mais je puis assurer cette honorable Chambre que nous n'avons ménagé ni temps, ni travail.
Je voulais avoir une session en janvier.si en décembre tous les projets de vente eussent été prêts ; depuis plusieurs mois j'étais en correspondance avec tous ceux qui pouvaient s'intéresser à une telle affaire ; mais il est survenu d'autres offres, d'autres demandes, et le gouvernement, ne voulant pas faire d'arbitraire, a donné à ceux qui étaient venus au dernier moment, l'avantage de soumettre leur proposition au gouvernement ; voilà pourquoi la transaction ne s'est terminée que quatre jours avant la session. Ce n'est pas nous qui avons pressé la session ; mais c'est la session qui nous a pressés; car je voulais avant tout soumettre à cette Chambre les arrangements que nous avions conclus.
On ne me fera pas de l'autre côté de la Chambre un reproche d'en avoir agi ainsi, car le gouvernement qui nous a précédés avait fait exactement la même chose.
7e accusation : Il y a eu des conciliabules.
(i Craint-on la lumière ? Pourquoi faire "des conciliabules de députés, huit " jours avant la discussion publique d'une " si grave mesure ?" Je ne sais pas, monsieur l'Orateur.où l'on a trouvé qu'il y avait eu des concjjjabules de députés huit jours avant la session ; mais je connais bien des gens qui ont tenu des conciliabules, et qui se sont permis de discuter des choses dont ils ne connaissaient pas le premier mot, et qui ne devaient être discutées que devant cette honorable Chambre. En effet, je dois le dire, les réunions qui ont été faites à cette fin n'étaient pas du tout convenables, ces questions devant être étudiées et discutées par la députation. U ne s'agit pas ici d'une question de
: législation qui surgit tout à coup, d'une I manière subite et imprévue ; c'est la cotij séquence pratique de la politique de deux ! gouvernements ; c'est uu grand acte admi- ! nistratif que la députation doit discuter et i décider, après avoir entendu les explica- | tions du ministère. Mais au lieu de respecter ce principe constitutionnel, on s'est mis à faire des assemblées pour blâmer la conduite du gouvernement dans cette transaction, et même l'on est venu me dire, vendredi dernier, qu'on tenterait d'intimider le gouvernement. Je suis venu expressément ce soir-là dans cette enceinte pour déclarer que l'intimidation n'avait jamais eu et n'aurait jamais prise sur mon esprit, et si l'on croit me faire peur et surtout intimider la députation, on se trompe du tout au tout. Aussi longtemps que je serai chef de ce cabinet, ni moi, ni mes collègues ne permettrons que cette enceinte parlementaire soit souillée comme elle l'a déjà été il y a quelques années, et que l'on vienne briser les vitres de cette Chambre et renouveler de pareils actes de vandalisme. Aussi longtemps que je serai à la tête du gouvernement, je saurai prendre les moyens de réprimer de tels attentats. Une chambre d'assemblée qui perdrait le respect d'elle-même au point de se laisser ainsi intimider, troubler dans ses délibérations, ne mériterait pas de représenter la nation, et le gouvernement qui ne réprimerait pas de suite une telle atteinte au respect dû à l'autorité, ne mériterait pas de rester au pouvoir.