PRODUIT DE LA VENTE AFFECTÉ AU PAIEMENT DE LA DETTE
Monsieur l'Orateur, nous n'avons pas été enrayés de tout le bruit qui a été fait à oropna dp la vp.nr.o <1p nnt.rp ligne1 provinciale. Je me suis dit ceci : tout ce fracas n?est pas sérieux, ce bruit n'est pas sincère, car tout le pays a approuvé l'opinion formulée par mon honorable ami ,e chef de l'opposition, par mon honorable ami le député de St. Hyacinthe et aussi par les deux gouvernements qui ont précédé celui-ci, savoir : qu'il faut vendre notre ligne de chemin de fer provincial. Le pays était unanime sur ce point.
J'ai eu le témoignage d'hommes d'affaires les plus distingués dans les rangs du parti libéral. Tous s'accordaient à dire que le gouvernement avait parfaitement léussi dans cette affaire. J'oubliais de vous dire, M. l'Orateur, que l'honorable député de Saint-Hyacinthe avait ajouté que le danger qui menacerait peut-être le gouvernement après avoir accompli cette vente, serait les tiraillements qu'il éprouverait de tous côtés pour l'emploi de la somme réalisée. Sur ce point, je m'accorde parfaitement avec lui, ainsi qu'avec l'honorable chef de
l'opposition. Dès les premiers jours de la campague électorale, et chaque lois que j'ai eu occasion de traiter cette question, j'ai annoncé la ferme détermination du gouvernement d'employer le prix de la vente du chemin au dégrèvement de la j dette publique. Mon honorable ami, le I députe de Lotbinière, doit se rappeler à ce propos la déclaration explicite que j'ai faite en sa présence à la grande assemblée de Bellechasse, à Saint-Raphaël. En réponse, non-seulement à Montréal, mais à îMontmagny, et à Beliechasse, l'honorable chef de l'opposition faisait la déclaration suivante : " Si le gouvernement vendnot e " chemin $8,0! 0,000, je suis prêt à lui " prêter mon concours. Mais je crain~ qu'il " ne confie les fonds à une homme qui n'a " pas la confiance du pays, à M. Senécal, " qui peut ruiner bien des gouvernements. i< Mais si le gouvernement actuel voulait " nous promettre que le prix de vente ne •' sera pas mis comme fonds dans le trésor, " mais sera appliqué rigoureusement à " payer nos créanciers, je promets au pre- " mier ministre mon support et celui de " mes amis sur cette question."
Avec la permission de mon collègue l'honorable tré.-orier de la Province, je dirai à mon honorable ami le député de Lotbinière, qu'un bill sera présenté à cette Chambre statuant que pas un sou des sommes qui pourront revenir au gouvernement de cette transaction, ne sera appliqué à l'administration ordinaire des affaires de la Province, mais que le produit de la vente des deux sections du chemin devra être appliqué au payement de la dette provinciale exclusivement.
La nécessité . ù nous étions d'équilibrer nos finances, nous a amenés à la décision de vendre notre chemin. Le grand bruit qui s'est fait dans le public n'a pas eu pour cause l'intérêt public seulement. Le mouvement était dirigé par des mécontents, et l'on a prolitè d'un moment de faiblesse de quelques membres du parti conservateur; on a prolité d'un moment d'écart, d'une erreur de jugement d'un ex-ministre, pour satisfaire de vieilles rancunes. Et l'on a jeté à tous les vents un cri d'appel aux mécontents, aux jaloux et aux ambitieux.
RfcTUE DE LA POLITIQUE DES CHEMINS DE FER.
Mais avant de pénétrer dans les considérations multiples que notre politique entraine, je demanderai à faire un peu l'historique de la question, M. l'Orateur. C'est toujours avec plaisir que je me reporte à ce que je dois appeler le commencement de la politique des chemins de fer dans ia Province de Québec. Dans le premier discours
que j'eus .'honneur de prononcer dans cette chambre, le 29 décembre 1867, j'eus l'audace de parler de chemins de fer et de «dire que notre rive nord était le bock bone ■de la Province de Québec et de l'ancienne Province du Canada. Non pas que je veuille, en aucune façon, diminuer l'importance et la valeur des autres parties du pays, mais on sait qu'il y a dans tous les pays certains endroits privilégiés, que l'on considère comme des remparts dans le cas où des malheurs viendraient à fondre sur la patrie. J'espère que nous n'aurons jamais de telle calamité, mais si le destin nous réservait des jours aussi mauvais, la rive nord serait le véritable rempart de notre nationalité. Je me demandais, puisqu'il en était ainsi, pourquoi cette même rive nord, •qui avait si longtemps rêvé un chemin de fer, n'en serait pas dotée.
Plus tard, j"eus occasion de faire valoir les prétentions du chemin ue fer des Piles et du St. Maurice.
A cette époque, ]e défendais les prétentions, les réclamations et les droits de la ville des Trois-Rivières et de la division de Saint-Maurice. Le premier discours que je prononçai à propos de ce chemin, m'attira d'assez vertes remontrances du gouvernement d'alors, non pas que je fisse la lutte contre le gouvernement, mais parce que, disait-on, je me mêlais d'affaires un peu trop éloignées de mon comté. J'avais la prétention dans ce temps-là de m'occu- ;per un peu des affaires de la Province, et de croire que c'était là une question qui méritait la considération de la Chambre.
La prétention du chemin de fer des Piles fut d'abord repoussée avec vigueur. A la •suite d'assemblées et de réunions, le regretté M. Turcotte finit par obtenir un octroi considérable de terres ; mais cet octroi avait été obtenu parce qu'on avait ajouté au bill du chemin de fer des Piles une clause disant que l'octroi devait aussi 6'appliquer au chemin de la Rive Nord.
Depuis es temps-là le chemin des Piles a •été des plus modestes, et ce n'est que par le projet que nous allons soumettre à la Chambre qu'il verra son entière réalisation, tel que l'avaient conçu ses auteurs.
Plus tard la compagnie du chemin de fer du Nord s'organisa. On vint devant les comités, devant la Chambre pour obtenir des octrois pour sa construction, et c'est alors que commença le mouvement qui a fini par nous donner notre ligne provinciale. Mais avant cette époque était commencé le chemin de fer de Colonisation du Nord, de Montréal à St. Jérôme, et ce chemin, qui n'était qu'un roseau, adonné naissance à un arbre gigantesque, puisqu'il fut la cause déterminante du " Montréal, Ottawa
et Occidental," qui créa à son tour le Pacifique Canadien.
Il y eut en ce temps-là une espèce de croisade enthousiaste. Une compagnie se forma, et jeta les bases du plan gigantesque du Paciiique Canadien. Pendant 18 mois, presque toute la vallée du nord de l'Ottawa, à partir de Montréal jusqu'à Pontiac, fut littéralement emahie par les apôtres de l'entreprise, et à la fin, on parvint à faire accepter le projet, qui voit aujourd'hui sa pleine et entière réalisation. Deux compagnies se formèrent, l'une à Québec, construisant le chemin de la Rive Nord de Québec à Montréal, avec l'embranchement des Piles, l'autre à Montréal pour construire le chemin à lisses de Colonisation du Nord de Montréal à Ottawa. Voilà ce que l'organisation a pu produire dans l'espace de deux ans. Le travail fut immense. On avançait vigoureusement, mais plus on avançait plus les obstacles se multipliaient.
La même puissance qui avait empêché la construction du chemin de la Rive Nord depuis 1852 à 1872, se faisait déjà sentir, et les capitalistes importants qui s'étaient mis à la tête de cette entreprise, et qui étaient passés en Angleterre pour y trouver un appui monétaire, virent leurs efforts échouer, et revinrent au pays sans avoir pu négocier les bons, qui leur auraient procuré les fonds nécessaires. C'est de cette époque que date la première idée de la construction du chemin par le gouvernement. En 1875, l'administration qui avait suivi celle de l'honorable M. Ouimet, annonça au public qu'elle se chargeait de la construction du chemin de fer de Québec à Ottawa. C'était là, M. TOratPur, une politique vigoureuse, hardie, peut-être audacieuse.
Quoi qu'il en soit, nous apprécions aujourd'hui les bons résultats d'une entreprise dont on n'avait pas calculé les conséquencts. Car si, alors, il eut été possible, on aurait reculé devant la terrible responsabilité qu'assumail le gouvernement.