CHAPITRE VII
SOMMAIRE
Voyage des fils de M. de la Vérendrye aux Montagnes Rocheuses, — Découverte des Montagnes le 1er janvier 1743. — Retour au fort La Reine. — Etablissement d'un fort à la rivière Paskoyac. — Rappel du Chevalier de la Vérendrye à Montréal. — M. de la Vérendrye, père, est remplacé au Nord-Ouest par M. de Noyelles. — Le Chevalier retourne dans l'Ouest en 1747. — Le Gouverneur confie de nouveau à M. de la Vérendrye l'exploration.
. Au printemps de i 742, les deux fils de M. de la Vérendrye et deux français, (quatre voyageurs en tout) partirent du fort la Reine pour se rendre chez les Mandanes dans le but de poursuivre l'exploration jusqu'à la mer de l'Ouest.
Ils se mirent en route le 29 avril 1742 et le 19 mai ; vingt-deux jours après leur départ, ils arrivaient sur les bords du Mississipi où habitait cette tribu.
Il est assez difficile de préciser la route qu'ils suivirent de là pour atteindre les Montagnes Rocheuses et à quel point de cette chaîne ils touchèrent, après huit longs mois de marche.
D'après leur journal, ils s'orientèrent presque toujours vers le sud- ouest et l'ouest-sud ouest. L'historien Parkman dit que très-probablement ils aperçurent le sommet des montagnes à l'en-
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droit appelé : Big H or se Range, cent vingt milles à l'Ouest de Yellow Stone Park.
Ils ne rencontrèrent sur leur route aucune tribu hostile. La lenteur de leur marche ne vient que de la difficulté qu'ils eurent à se procurer des guides.
Ce fut le premier janvier i 743 qu'ils aperçurent les montagnes. Ils auraient désiré les gravir jusqu'à leur sommet dans l'espoir d'avoir de là une vue de la mer, mais les guides qui les avaient conduits, jusqu'alors, refusèrent d'aller plus loin " parce que, disaient-ils, les tribus féroces sur les terres desquelles ils étaient arrivés ne manqueraient pas de les massacrer."
Ce ne fut pas sans une profonde douleur qu'ils se virent obligés de retourner sur leurs pas. Après douze jours de marche, ils atteignirent à un endroit que M. Edmond Mallet, de Washington, suppose être la ville d'Helena, dans le Montana.
Puis se dirigeant vers le sud, les voyageurs passèrent Musselshell où ils rencontrèrent les Têtes Plates. Ils croisèrent le Yellow Stone jusqu'à la rivière du Vent, près du pic de Frémont (Wyoming) où les indiens Serpents leur parlèrent de la rivière Verte de l'autre côté des Montagnes Rocheuses et de la rivière du Vent qui est un tributaire du Colorado de l'Ouest tombant dans le golfe de Californie.
Le 19 mars, ayant regagné le haut du Missouri, ils prirent possession du pays chez une tribu
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appelée les gens de la petite Cerise. Le 2 juillet 1743, ils étaient enfin de retour au fort de la Reine. Leur voyage avait duré quatorze mois.
La longue absence des fils de M. de la Vérendrye avait inspiré à leur père de très sérieuses inquiétudes sur leur sort ; aussi ce fut pour lui une grande joie lorsqu'il les vit de retour.
Le Chevalier de la Vérendrye écrivit immédiatement à M. le Marquis de Beauharnois pour lui faire le rapport de ce voyage et lui prouver par là que les envieux qui accusaient le découvreur de passer son temps à faire la traite étaient des calomniateurs. Malheureusement ces calomnies étaient crues à la cour, car malgré l'immensité des services que M. de la Vérendrye rendait à la France, cependant ni lui, ni ses fils ne recevaient de l'avancement.
Monsieur le M'arquis de Beauharnois qui était favorable à M. de la Vérendrye et qui savait apprécier son dévouement comme celui de ses fils, s'empressa d'adresser au ministre des colonies le mémoire du Chevalier de la Vérendrye, auquel il joignit la lettre suivante :
27 octobre 1744.
" J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint le journal que le fils du Sieur de la Vérendrye m'a adressé à l'occasion du voyage qu'il a fait chez les Mandanes pour suivre la découverte de la mer
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de l'Ouest, suivant les ordres et instructions que le sieur de la Vérendrye lui avait donnés et dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte l'année dernière. Quoiqu'il ne soit pas encore parvenu au but qu'il s'était proposé, il ne paraît pas, Monseigneur, qu'il ait rien négligé sur la diligence qu'il devait y apporter et il ose se flatter que vous voudrez bien en juger ainsi, si vous avez la bonté d'attacher quelque considération aux oppositions qu'il a eu à surmonter, soit pour se concilier l'amitié des nations chez lesquelles on n'avait point encore pénétré, soit pour parvenir même à s'en servir, comme il était indispensable de le faire, afin d'avoir d'eux les secours et les connaissances qui sont nécessaires pour cette entreprise.
" Cet officier, Monseigneur, m'a paru dans la dernière mortification, de ce que l'on ait essayé de donner à la pureté de ses sentiments pour parvenir à cette découverte un caractère opposé aux vues qu'il avait. Je ne prendrai point la liberté d'entrer dans les détails des raisons qui peuvent justifier sa conduite ; mais je ne puis lui refuser les témoignages qui paraissent lui être dus, qu'il n'a, dans cette découverte, fait que l'avantage de la colonie par le nombre d'établissements qu'il a faits dans des endroits où personne n'avait encore pénétré, qui produisent aujourd'hui quantité de castors et pelleteries,
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dont les anglais profitaient, sans qu'il ait occasionné aucune dépense à Sa Majesté pour ces établissements ; que l'idée qu'on s'est faite des biens qu'il avait ramassés dans ces endroits tombe d'elle-même par l'indigence où il est, pouvant vous assurer, Monseigneur, sans aucune complaisance, ni prédilection pour lui, que les douze années qu'il a passées dans ces postes, ne lui produisent pas environ 4,000 livres, qui sont tout ce qu'il a et qui pourront peut être lui rester après qu'il aura payé les dettes qu'il a contractées pour cette entreprise, et qu'enfin, Monseigneur, les choses, dans l'état où il les a mises, me paraissent toujours entièrement dignes de vos bontés sur lui. C'est aussi dans l'espérance où je suis que vous voudrez bien les lui accorder, que je vous supplie, Monseigneur, de lui donner des marques sensibles, en lui procurant son avancement à la première occasion.
Je ne connais aucun endroit par lequel il ait pu mériter la mortification, qu'il a eue, de n'être point avancé, et j'oserais même ne l'attribuer qu'à l'oubli que vous avez fait, Monseigneur, de la proposition que j'ai eu l'honneur de vous faire du sieur de la Vérendrye, comme le plus ancien des lieutenants et le sujet qui me paraissait être le plus digne des grâces du Roy. En effet, Monseigneur, six années de service en France, trentedeux en cette colonie, sans reproche, du moins
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je n'en sache aucun à lui faire, et neuf blessures sur le corps, étaient des motifs qui ne m'ont pu faire balancer à vous le proposer pour remplir une des compagnies vacantes et si j'ai eu lieu de me flatter, Monseigneur, que vous étiez persuadé que je n'admettais sur mes listes que des officiers capables de servir et qui méritaient vos bontés, c'était particulièrement dans l'attention que vous auriez bien voulu faire en faveur du sieur de la Vérendrye.
" Je suis avec un profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serveur, " Beauharnois."
Malgré cette haute recommandation, la calomnie avait si bien fait son chemin, qu'on va voir bientôt M. de la Vérendrye et ses fils complètement dépouillés du fruit de leurs travaux.
Quelques tribus sauvages des bords de la Saskatchewan continuaient encore à porter leurs pelleteries aux anglais de la baie d'Hudson, même après la construction des forts Dauphin et Bourbon.
Les anglais avaient usé de tous les moyens pour indisposer les sauvages contre les français. Un mémoire présenté par M. le chevalier de la Vérendrye à Mgr Rouillé, ministre des colonies, nous apprend que les officiers, employés dans les postes de la baie d'Hudson, allaient jusqu'à offrir
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de l'argent aux sauvages pour faire la guerre aux traiteurs de M. de la Vérendrye.
Si les français firent concurrence aux anglais, dans le commerce des pelleteries, ce fut toujours de leur part une lutte loyale dans laquelle ils respectaient les droits de chacun et les lois de l'humanité. Pour bénéficier du commerce des indiens de la Saskatchewan, M. de la Vérendrye envoya son fils aîné bâtir un fort à l'embouchure de la rivière Paskoyac. Celui-ci travailla en même temps, par de bons procédés, à effacer de l'esprit des indiens les mauvaises impressions qu'y avaient jetées les anglais ; il les invita à venir, sans crainte, échanger avec les français les produits de leur chasse et il réussit à ramener chez eux la confiance. C'est au fort de la Reine qu'il revint passer le reste de l'hiver.
Au printemps de 1745, le fils aîné de M. de la Vérendrye fut rappelé à Montréal par M. le Marquis de Beauharnois qui lui donna du service dans l'armée, sous les ordres de M. de Saint- Pierre.
La même année, le Révd Père Claude Coquart qui était dans les forts de l'ouest depuis trois ans, retourna à Montréal et jusqu'à l'année 1750, il n'est plus fait mention de missionnaire avec les gens de M. de la Vérendrye.
En 1746, M. de la Vérendrye, accusé de nouveau par ses calomniateurs, fut obligé de revenir
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à Montréal. On lui reprochait toujours de négliger les travaux de l'exploration et de passer son temps à faire la traite dans les forts.
On le remplaça par M. de Noy elles qui ne paraît pas avoir été plus loin que le lac Supérieur.
Après le départ de M. de la Vérendrye et de son fils aîné, les sauvages ne fréquentèrent plus les forts des français et reprirent le chemin de la baie d'Hudson.
Le chevalier de la Vérendrye, jusqu'en 1747, fut continuellement tenu en service sous les ordres de M. de Saint- Pierre, afin qu'il n'eut pas le loisir de retourner dans les postes de l'ouest pendant que son père restait à Québec pour répondre aux accusations de ses ennemis.
En 1747, il fit la campagne contre les Agniers qui venaient faire des prisonniers près de Montréal. A la suite de cette campagne, où il se distingua, il eut la permission de retourner dans les forts pour essayer d'y rétablir l'ordre, car les tribus étaient en guerre depuis le départ de M. de la Vérendrye.
Avant de repartir pour l'ouest, il reçut l'aiguillette en récompense des services qu'il venait de rendre à la colonie.
En arrivant à Missilimakinaw, il rencontra M. de Noy elles qui chercha à le détourner de ce voyage, sous prétexte qu'il n'était pas prudent d'aller chez les indiens pendant que
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ceux-ci étaient en guerre. Cependant, au bout de quelque temps, il prit sur lui de se rendre, non sans peines, dans les postes ; mais il n'y trouva pas de sauvages.
Il dut, pour les rejoindre, aller dans leurs camps, où il vint à bout de les persuader de revenir chez les français.
Déjà les anglais de la baie d'Hudson leur avaient donné des colliers et d'autres présents pour les décider à faire la guerre aux gens de M. de la Vérendrye et à se défaire de tous les français dans le Nord-Ouest. {Mémoire die chevalier de la Vérendrye. )
Le chevalier de la Vérendrye leur parla des bontés de son père pour les tribus sauvages et de tous les présents qu'il leur avait faits. Touchés de ces bonnes paroles, ils redevinrent traitables et mieux disposés.
Le cadet de ses frères fut laissé parmi les sauvages au fort Saint-Charles, tandis que lui revenait à Missilimakinaw, où il reçut avec les ordres de M. de la Galissonnière une expectative d'enseigne en second.
De là il repartit pour le fort de la Reine, qu'il trouva presque tombé en ruines. Il le fit rétablir et mettre en bon ordre ainsi que le fort Maurepas qui avait été brûlé par les sauvages.
Le chevalier de la Vérendrye, après avoir terminé ces travaux, entreprit, comme son père
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le lui avait ordonné, de remonter la grande Saskatchewan. A l'automne de 1 749, il se rendit avec de bons guides jusqu'à la jonction des branches nord et sud de cette rivière. Les sauvages désignaient cet endroit sous le nom de la Fourche. Là, toutes les tribus des prairies, des montagnes et des bois, se réunissaient au printemps chaque année pour délibérer sur les questions de chasse et de traite.
Le chevalier de la Vérendrye en profita au printemps de 1750 pour s'informer très exactement des pays plus à l'ouest. Il leur demanda d'où venait cette grande rivière : tous lui répondirent qu'elle venait de très loin, d'une hauteur de terres, où il y avait des montagnes très élevées ; que de l'autre côté de ces montagnes "il y avait un grand lac dont on ne pouvait boire l'eau."
M. le Chevalier fit alliance avec toutes ces différentes tribus ; il les invita à venir l'année suivante porter leurs pelleteries aux français, et recevoir les présents qu'il leur destinait.
Les réparations des forts et les dépenses des voyages avaient épuisé les provisions et les marchandises destinées à la traite. Le fils de M. de la Vérendrye descendit à Missilimakinaw pour s'en procurer de nouvelles, avec l'espoir de remonter immédiatement dans les postes avec son père, mais la Providence en décida autrement.
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