‹ Discours de l'Honorable M. ChapleauChapitre 9 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

SOMMAIRE

Arrivée de M. de la Vérendrye à Montréal (1740). — Procès qu'on lui intente. — Le gouverneur du Canada le traite avec bonté et lui rend sa confiance. — M. de la Vérendrye passe l'hiver à Québec. — Quelques considérations sur son œuvre. — Départ pour l'Ouest au printemps.

A Montréal, M. de la Vérendrye trouva qu'on lui avait intenté un procès au sujet des postes qu'il avait établis. " Moi, dit-il, qui les ai en " horreur, n'en ayant jamais eu de ma vie, je " m'accommodai à ma grande perte n'ayant, " cependant, à beaucoup près, aucun tort." (i)

Il ne dit pas ce qu'on lui reprochait au sujet de ses postes, mais il est bien probable qu'on l'accusait de les multiplier inutilement et de retarder ainsi l'entreprise de la découverte.

Cependant, en i 740, neuf ans après le commencement de l'exploration, M. de la Vérendrye n'avait encore bâti que quatre postes et ils étaient tous les quatre indispensables au succès de l'entreprise.

Ceux qui, plus tard, ont succédé à M. de la

(i) Mémoire de M. de la Vérendrye

M. DE LA VERENDRYE

Vérendrye se sont promptement aperçus qu'il était plus facile de critiquer cet homme de génie que de continuer son œuvre.

Le gouverneur auquel M. de la Vérendrye rendit compte de ses travaux et des difficultés sans nombre qu'il avait eues à surmonter, comprit que l'envie seule faisait parler ses accusateurs. Aussi, il le traita avec égard, le reçut chez lui et lui témoigna une grande confiance.

M. de la Vérendrye passa l'hiver à Québec, et, au printemps, le gouverneur lui donna de nouveau l'ordre de continuer ses découvertes. Encore une fois les plans de ses ennemis étaient déjoués. Ceux-ci avaient écrit à la cour de France des lettres pleines de calomnies, accusant M. de la Vérendrye de passer tout son temps à faire la traite, à son profit, avec les indiens, et d'amasser une immense fortune aux dépens de la France et de la colonie.

Il est digne de remarque que toutes le œuvres qui doivent contribuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes, sont marquées du sceau de la persécution. La découverte des pays de l'ouest devait apporter le salut aux indiens, en ouvrant le chemin aux apôtres de l'Evangile. Ces peuples nombreux qui jusqu'alors avaient vécu dans les ténèbres de '-l'ignorance, allaient entrer dans le sein de l'Eglise et participer aux bienfaits de la rédemption : c'en était assez pour désigner à

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la rage de l'enfer les instruments dont Dieu voulait se servir pour opérer cette œuvre.

Christophe Colomb, en découvrant le Nouveau- Monde, avait ouvert les voies aux missionnaires porteurs de la bonne nouvelle ; pour cela, Dieu permit que la haine des méchants se déchainât contre lui. Les envieux, après l'avoir poursuivi pendant sa vie . avec un acharnement féroce, continuèrent à le calomnier après sa mort, et vouèrent son nom à l'oubli pendant des siècles.

Le nom de M. de la Vérendrye sera, lui aussi, oublié pendant un siècle et demi, et les grandes compagnies marchandes qui, plus tard, exploiteront les richesses de ces immenses contrées de l'ouest, ne donneront pas à sa mémoire le plus léger souvenir. Bien plus, il se trouvera des historiens qui lui disputeront la gloire d'avoir découvert la Rivière Rouge.

" Je suis mal connu," écrivait-il lui-même. " Je " me suis sacrifié avec mes enfants pour le ser- " vice de Sa Majesté et le bien de la colonie. " On pourra connaître par la suite les avantages " qui en pourraient résulter. Au surplus, ne " compte- t-on pour rien le grand nombre de " gens à qui cette entreprise fait gagner la vie ?"

" Dans tous mes malheurs, j'ai la consolation " de voir que M. le gouverneur-général pénètre " mes vues, reconnaît ma droiture et continue de

M. DE LA VERENDRYE

" me rendre justice, malgré les oppositions qu'on " voudrait y mettre."

Non-seulement M. de la Vérendrye ne faisait pas fortune, mais, en 1 740, neuf ans après son premier voyage, il avait dépensé tout ce qu'il possédait et, de plus, contracté une dette de quarante mille livres (40,000) sans parler des chagrins qu'il avait éprouvés dans la perte de son neveu, M. de la Jemmeraie, mort de misère au fort Maurepas et de son fils, massacré par les Sioux au lac des Bois avec le Père Auneau et une douzaine de français.

Au printemps de 174.1, M. de la Vérendrye partit de Montréal accompagné d'un missionnaire, le Révd Père Coquart, Jésuite. Depuis la mort du Père Auneau, assassiné au lac des Bois, il n'est plus fait mention d'aucun prêtre dans l'expédition de M. de la Vérendrye au Nord-Ouest. On a vu que les deux premiers missionnaires, le Père Messaiger et le Père Auneau, n'étaient pas allés au-delà du fort Saint- Charles. Le Père Claude Coquart est le premier prêtre qui se soit rendu jusque dans les grandes prairies de l'ouest et qui ait offert le saint sacrifice de la messe sur les bords de la rivière Assiniboine, au fort de la Reine, là où est aujourd'hui la ville du Portage de la Prairie.

Cependant le Père Coquart n'arriva au fort de la Reine qu'en 1742. A Missilimakinaw les

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autorités ne lui permirent pas d'aller plus loin. " Des intrigues, ourdies par la jalousie, dit M. de la Vérendrye, empêchèrent le missionnaire de continuer sa route avec moi." {Mémoire de M. de la Vérendrye})

On se demandera, peut-être, quelle crainte pouvait inspirer aux autorités un pauvre religieux, missionnaire dans ces pays sauvages ?

Il est bien probable qu'une telle tracasserie venait de la part de ceux qui convoitaient la place de M. de la Vérendrye. Tout ce qui pouvait contribuer à le décourager était mis en œuvre par eux.

M. de la Vérendrye fut de retour au fort de la Reine le 13 octobre (1741.) Il s'était arrêté quelques jours au fort Saint-Charles pour pacifier les sauvages qui étaient en guerre. Comme toujours, ceux-ci firent mille promesses de garder la paix, afin d'avoir des présents ; mais ils ne tardèrent pas à manquer à leur parole.

Pendant le voyage de M. de la Vérendrye à Québec, ses fils, comme ils en avaient reçu l'ordre, étaient allés chez les Mandanes dans l'intention de se rendre à la mer de l'ouest ; mais n'ayant pas réussi à se procurer des guides, ils étaient revenus au fort de la Reine.

Ce contretemps obligea M. de la Vérendrye à diriger ses opérations d'un autre côté. Il envoya, dès l'automne de 1 74 1, son fils aîné construire le

M. DE LA VÉRENDRVE

fort Dauphin au lac des Prairies et le fort Bourbon, à la rivière aux Biches.

Voici comment le découvreur lui-même désigne la place de ces deux forts.

" Du fort de la Reine, il y a un portage de trois " lieues au nord-est pour tomber dans le lac des " Prairies. On suit le sud du lac jusqu'à la " décharge d'une rivière qui vient des grandes " prairies, au bas de laquelle est le fort Dauphin, " cinquième établissement fait à la demande des " Cris des prairies et des Assiniboines de canot. " Il y a une route de là au fort Bourbon qui est " mon sixième établissement. Mais le chemin " n'est pas avantageux. L'usage est, partant " du fort Maurepas, de passer par le nord du lac " Winnipigon jusqu'à son premier détroit, où l'on " traverse au sud, d'île en île, puis on côtoie les " terres jusqu'à la rivière aux Biches, où est le " fort Bourbon, près du lac du même nom. Du " fort Bourbon à la rivière Paskoyac, il y a trente " lieues."

Deux autres petits forts furent construits sur la Rivière Rouge par le fils aîné de M. de la Vérendrye, l'un à cinq lieues du lac Winnipeg et l'autre à l'embouchure de l'Assiniboine, mais ils furent tous deux abandonnés à cause de leur proximité du fort Maurepas et du fort de la Reine.

Les forts Dauphin et Bourbon furent terminés pendant l'automne et l'hiver de 1 741 à 1742.

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